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So French So Green : la Team France veut accélérer la ville durable à Hong Kong

Comment décarboner les milliers de bâtiments existants de Hong Kong sans faire exploser les coûts ? Et comment conjuguer mobilité, innovation et qualité de vie dans une ville aussi dense ? Réunis vendredi 11 septembre à ReThink HK 2026, les acteurs de la Team France ont défendu une approche très concrète de la transition écologique. Avec, en ligne de mire, un projet pilote mené avec HKUST qui pourrait servir de modèle à plus grande échelle.

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@Business France
Écrit par Didier Pujol
Publié le 11 septembre 2026

Organisé par Business France et les Conseillers du commerce extérieur de la France (CCE), le forum So French So Green 2026 – Sustainable Solutions for Green Cities: Buildings and Mobility a réuni au Hong Kong Convention and Exhibition Centre des représentants du gouvernement hongkongais et des entreprises françaises autour de deux sujets très locaux : la rénovation énergétique du parc immobilier et la mobilité durable.

Aux côtés d’Antoine Oustrin, directeur Industrie et Technologie de Business France en Chine et maître de cérémonie, Benjamin Hubin, consul général adjoint de France à Hong Kong et Macao, et Victor Tai, sous-secrétaire au Logement du gouvernement de la RAS de Hong Kong, ont ouvert la conférence.

 

Partenariat, créativité et potentiel

Pour Benjamin Hubin, trois mots résument la démarche engagée par la Team France : « partenariat, créativité et potentiel ». Une coopération née d’un constat partagé : Hong Kong comme l’Europe visent la neutralité carbone à l’horizon 2050, alors qu’une grande partie des bâtiments qui constitueront la ville à cette date existent déjà aujourd’hui. La question n’est donc plus seulement de construire mieux, mais de rénover l’existant et de trouver les moyens de financer cette transformation.

C’est précisément ce que tente de démontrer le partenariat engagé entre HKUST (Hong Kong University of Science and Technology) et un consortium d’entreprises françaises. Après un premier protocole d’accord signé en septembre 2025, un contrat de travaux et un second protocole ont été conclus en juillet 2026. Le projet pilote du Lee Shau Kee Business Building est désormais entré dans sa phase opérationnelle.

Plus qu’une vitrine technologique, le projet doit servir de preuve de concept. Benjamin Hubin a notamment souligné son potentiel de déploiement à plus grande échelle et les opportunités que pourrait représenter le développement de la Northern Metropolis pour les entreprises françaises.

 

table 1

 

Le logement public est un laboratoire grandeur nature

Côté hongkongais, Victor Tai a rappelé l’ampleur du défi. Les bâtiments concentrent environ 90 % de la consommation électrique de Hong Kong et plus de la moitié de son empreinte carbone. Pour le sous-secrétaire au Logement, le logement public, qui accueille près d’un tiers de la population, doit donc être à l’avant-garde de cette transformation.

La Hong Kong Housing Authority combine déjà équipements plus performants, photovoltaïque, méthodes de construction modulaire, infrastructures pour véhicules électriques et, de plus en plus, capteurs connectés et intelligence artificielle. Son ambition : passer d’une maintenance réactive à une gestion prédictive des bâtiments.

« Le logement public est bien plus qu’un toit. C’est un laboratoire grandeur nature pour des solutions durables centrées sur les habitants », a résumé Victor Tai, appelant à renforcer la collaboration entre gouvernement, industriels, entreprises technologiques et acteurs financiers.

 

Nous ne manquons pas de technologies

La première table ronde, animée par Yannick Mahé, de French Tech Hong Kong–Shenzhen, a réuni Bruno Botella, Bouygues Bâtiment International, Laurent Pelletier, Veolia, Eric Wong, Saint-Gobain, Jonathan Chiu, Schneider Electric, et Carmen Tsang, Crédit Agricole CIB.

Leur constat est largement partagé : les solutions existent. Le véritable enjeu consiste désormais à les assembler, les financer et convaincre les propriétaires de les déployer.

Sur le projet HKUST, Bouygues, via sa filiale Dragages, et Veolia jouent notamment le rôle de chefs de file, avec l’idée d’offrir au client un interlocuteur unique capable de réunir ingénierie, travaux, exploitation et financement. Veolia travaille déjà sur une première phase du projet, notamment avec Schneider Electric, pour réduire la consommation énergétique sans dégrader le confort des étudiants.

Parmi les opérations en cours : le remplacement d’environ 800 moteurs des unités de ventilation et l’utilisation de données et d’algorithmes pour adapter la climatisation à l’occupation réelle du bâtiment. L’objectif est simple : ne refroidir que lorsque cela est nécessaire, tout en maintenant température et humidité au niveau attendu.

« Aujourd’hui, nous ne manquons pas de technologies. Ce dont nous avons besoin, c’est de les adopter plus rapidement et à plus grande échelle », a résumé Jonathan Chiu. Pour le représentant de Schneider Electric, la prochaine étape sera de faire communiquer entre eux des systèmes encore trop souvent organisés en silos et d’utiliser davantage l’IA pour passer d’une gestion réactive à une gestion prédictive des bâtiments.

 

table 2

 

Rendre la rénovation mesurable, finançable et reproductible

Reste la question qui peut décider du passage à l’échelle : qui paie ?

Pour Carmen Tsang, de Crédit Agricole CIB, l’enjeu n’est plus simplement de financer de nouveaux immeubles verts. Il s’agit désormais de « rendre les rénovations énergétiques plus mesurables, finançables et reproductibles à grande échelle ».

Prêts verts, financements liés à des objectifs de performance ou encore contrats fondés sur les économies d’énergie : plusieurs modèles peuvent permettre de réduire le poids de l’investissement initial. Le projet HKUST pousse cette logique plus loin en cherchant à transformer les économies d’énergie réalisées en flux financiers contractuels sur lesquels peut être construit le financement.

Laurent Pelletier, de Veolia, a insisté de son côté sur l’importance de la confiance. Grâce à l’IoT et aux données d’occupation en temps réel, il devient possible de construire des « références dynamiques », permettant de mesurer plus précisément les économies réellement générées.

Et le pilote commence déjà à changer d’échelle. Selon Bruno Botella, après un premier bâtiment, les équipes ont audité entre 25 et 30 bâtiments du campus. HKUST et le consortium travaillent désormais sur dix résidences étudiantes, avec plusieurs scénarios permettant d’envisager différents niveaux d’économies d’électricité.

 

Chaque étape permet de passer à la suivante 

C’est justement cette capacité à monter progressivement en puissance qui constitue l’un des enseignements du projet. Selon Bruno Botella, les scénarios étudiés vont d’une rénovation légère, permettant d’économiser environ 15 à 20 % d’électricité, à une transformation beaucoup plus ambitieuse pouvant viser 60 à 70 % d’économies.

« Chaque étape permet de passer à la suivante », a résumé le modérateur en conclusion de cette première table ronde. L’enjeu est aussi financier : plus les projets prennent de l’ampleur, plus ils deviennent susceptibles d’intéresser les banques et les investisseurs.

 

Le tramway, c’est aussi une histoire de durabilité

Changement de décor pour la seconde table ronde, consacrée à la mobilité et animée par Stéphanie Dodin, directrice exécutive de la Chambre de commerce et d’industrie française à Hong Kong. Autour d’elle : Derek Chung, Artelia, Olivia To, Invest Hong Kong, et Paul Tirvaudey, Hong Kong Tramways.

À Hong Kong, difficile de parler de mobilité durable sans évoquer les célèbres ding ding. Pour Paul Tirvaudey, leur avenir passe précisément par leur capacité à conjuguer patrimoine et innovation. Les tramways sont toujours fabriqués localement, dans l’atelier de Sai Ying Pun, l’une des rares installations industrielles encore présentes sur l’île de Hong Kong.

L’entreprise cherche aussi à transmettre ce savoir-faire aux nouvelles générations, notamment aux jeunes Hongkongais qui, vivant davantage dans les Nouveaux Territoires ou à Kowloon, n’ont pas nécessairement développé le même lien avec le tramway que leurs parents ou grands-parents.

« Transmettre le patrimoine du tramway à la prochaine génération, c’est aussi cela, la durabilité », a expliqué Paul Tirvaudey, en insistant sur le rôle de l’éducation dans la sensibilisation aux enjeux environnementaux.

Derek Chung, d’Artelia, a pour sa part apporté l’expérience internationale du groupe, notamment dans les infrastructures aéroportuaires en Asie du Sud-Est et sur le tramway T10 du Grand Paris. Olivia To, d’Invest Hong Kong, a présenté Hong Kong comme une plateforme permettant aux entreprises européennes de tester et démontrer leurs technologies avant d’envisager un déploiement plus large en Asie.

Au-delà de la seule technologie, les échanges ont aussi replacé le piéton et la qualité de vie au centre de la ville durable : davantage d’espace pour marcher ou faire du vélo, des arbres, des transports publics intégrés et une conception urbaine capable d’attirer talents et innovation.

 

Transformer ce qui existe déjà

En conclusion, Patrick Delpy, président du comité de Hong Kong des Conseillers du commerce extérieur de la France, a replacé cette mobilisation dans une histoire plus longue : celle des entrepreneurs et entreprises français implantés à Hong Kong depuis plus d’un siècle.

Son message résume assez bien l’esprit de cette édition : « L’approche française ne consiste pas simplement à construire de nouvelles structures, mais aussi à transformer ce qui existe déjà. »

Bâtiments, énergie, intelligence artificielle, matériaux, finance ou transports : la « French touch » défendue à ReThink HK repose moins sur une solution miracle que sur la capacité à faire travailler ces expertises ensemble.

Et le laboratoire HKUST sera particulièrement observé. Car si le modèle démontre qu’il est possible de financer une rénovation grâce aux économies d’énergie qu’elle génère, puis de reproduire cette approche à l’échelle de dizaines de bâtiments, So French So Green pourrait bien passer du slogan à la démonstration grandeur nature.

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