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Pékin fait d'Alibaba un exemple

Par Le Vent de la Chine | Publié le 12/04/2021 à 18:15 | Mis à jour le 13/04/2021 à 11:23
Photo : @VDLC
Une employée chez Alibaba

Le couperet est tombé pour Alibaba : le numéro 1 du e-commerce chinois devra s’acquitter d’une amende record de 18,2 milliards de yuans (2,33 milliards d’euros) pour abus de position dominante depuis 2015. En outre, la firme de Hangzhou devra procéder à une refonte complète de ses opérations et sera tenue de réaliser des « examens de conformité » pendant trois ans.

Punir Jack Ma?

Cette punition intervient dans un contexte de reprise en main des géants de l’internet par les autorités, dont la première cible est le vaste empire de Jack Ma. Fin octobre dernier, le charismatique fondateur d’Alibaba avait suscité l’ire de Pékin en formulant d’acerbes critiques à l’encontre du système réglementaire chinois. Ces commentaires ont été sanctionnés quelques jours plus tard par la suspension brutale de l’introduction en bourse de son bras armé financier Ant, suivie de l’ouverture d’une enquête sur ses pratiques monopolistiques fin décembre.

Aujourd’hui, l’administration d’État pour la régulation des marchés (SAMR) punit le géant du commerce en ligne pour avoir exigé l’exclusivité de ses marchands. Cette pratique, prénommée « èr xuǎn yī » (二选一), force les vendeurs à renoncer à être présents sur les plateformes rivales d’Alibaba. « Un tel comportement a restreint la concurrence et l’innovation dans le secteur et violé les droits et les intérêts des entreprises et des consommateurs », a déclaré le régulateur le 10 avril.

Amende exemplaire

Le montant de l’amende, qui équivaut à 4 % du chiffre d’affaires d’Alibaba en 2019, dépasse largement toutes les précédentes pénalités infligées dans l’histoire antitrust chinoise. C’est le triple de celle écopée par le géant des semi-conducteurs Qualcomm en 2015, pour avoir exagéré ses prix : 6,1 milliards de yuans, soit 8% des ventes du groupe américain en Chine. L’addition aurait donc pu être encore plus salée pour Alibaba, les directives anti-monopole stipulant que les pénalités peuvent s’élever jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires annuel. Cette amende, loin de mettre Alibaba dans le rouge, est donc probablement le fruit d’un compromis entre les autorités et le géant du e-commerce, qui a fait preuve de bonne volonté depuis le début de l’enquête.

Le groupe a fait d’ailleurs preuve de contrition en indiquant accepter « sincèrement » le châtiment et s’y conformer « résolument ». Dans un communiqué adressé à ses employés, clients et actionnaires, le PDG d’Alibaba Daniel Zhang, a présenté cette sanction comme « un nouveau départ » pour l’entreprise. Publié une minute après l’annonce de la SAMR, un commentaire du Quotidien du Peuple expliquait que cette punition « n’est en aucun cas un désaveu du rôle majeur de ‘l’économie de plateforme’ dans le développement du pays, et ne représente pas un changement d’attitude à son égard ». « Juguler est aussi un acte d’amour », précisait l’organe de presse du Parti.

Intégration dans Tencent

Et les utilisateurs dans tout cela ? Ils devraient en sortir gagnants, puisque cette punition pourrait déboucher sur davantage d’intégration des services d’Alibaba aux plateformes de son grand rival, Tencent. Preuve en est : Taobao Deals, concurrent de Pinduoduo, et Xianyu, spécialisé dans les ventes de seconde main, viennent de soumettre une demande pour apparaître en tant que « mini-programmes » sur WeChat, l’application « couteau suisse » qui appartient à Tencent. Si la demande d’Alibaba est acceptée, ce serait une première, les deux ennemis jurés excluant systématiquement les applications de l’autre depuis 2013… Il serait mal venu pour Tencent de refuser, l’autre géant du numérique ayant toutes les chances d’être la prochaine cible des autorités antitrust. Prenant les devants, son PDG Pony Ma a d’ailleurs rencontré les dirigeants de la SAMR fin mars, notamment au sujet des acquisitions passées du groupe.

Cette sanction signe-t-elle la fin des ennuis pour Alibaba ? Rien n’est moins sûr… Au-delà de l’enquête antitrust, les autorités ont ordonné à la firme de se concentrer sur le e-commerce, son cœur de métier, et de céder ses actifs dans les médias – le groupe étant propriétaire du quotidien anglophone hongkongais, le South China Morning Post. Mais les conséquences de la restructuration des activités d’Ant – sommé de se plier aux mêmes règles que les banques traditionnelles – sont encore incertaines, si ce n’est qu’elles devraient fortement réduire sa valorisation… Pour le reste de la Big Tech chinoise, le message est limpide : l’ère du laxisme, qui leur a longtemps profité, vient de prendre fin et la croisade antitrust à leur encontre ne fait que commencer.

 

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