Main basse de Pékin sur Hong Kong

Par Didier Pujol | Publié le 25/04/2020 à 04:14 | Mis à jour le 25/04/2020 à 04:14
Photo : Luo Huining, nouveau représentant du bureau de liaison de Pékin à Hong Kong
opposition hong kong

Profitant apparemment de la crise du coronavirus qui a pour un temps fait taire la rue à Hong Kong, les représentants de Pékin à Hong Kong tentent d’imposer leurs décisions au territoire spécial.

Le retour de l’article 23

Le 13 avril, l’intervention d’un député de l’opposition au LegCo (Legislative Council), le parlement de Hong Kong, déclenchait des réprimandes de Pékin, suivies quelques jours plus tard d’une déclaration du représentant du bureau de liaison de Pékin à Hong Kong Luo Huining suggérant l’adoption du très contesté article 23 de la Basic Law. Cet article avait mis le feu aux poudres de la contestation en 2003 en introduisant la notion de “sécession” et de “trahison” destinée à museler les opposants à "la sécurité nationale". L’article 22 de la Basic Law stipule pourtant "qu’aucun département du gouvernement central (…) ne peut interférer dans les affaires de la Région Administrative Spéciale de Hong Kong, responsable de les administrer selon ses propres lois", faisait-on remarquer du côté de l’opposition, conduisant une nouvelle charge du bureau de liaison indiquant qu’il n’était pas plus soumis à l’article 22, que l’agence des affaires de Hong Kong et Macao dont il dépend.

 

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Arrestation de Jimmy Lai, Samedi dernier

 

Arrestations d’opposants

Ces gesticulations verbales pourraient sembler anecdotiques si elles n’avaient été suivies le 18 Avril d’une série d’arrestations au motif de participation aux manifestations de 2019 parmi les leaders les plus emblématiques du mouvement pro-démocratique dont Jimmy Lai, fondateur du journal Apple Daily et Figo Chan du Civil Human Rights Front qui avait lancé dans la rue 2 millions de Hongkongais soit un tiers de la population du territoire. En tout, ce sont 15 opposants notoires au gouvernement qui ont fait l’objet d’une véritable rafle coordonnée dans toutes les parties de la ville, les individus étant interpellés chez eux pour être emmenés au poste de police de leurs quartiers respectifs. Du jamais vu! Ce coup de force, manifestement destiné à intimider l’opposition à  six mois des élections au Parlement, a soulevé de nombreuses protestations à l’étranger dont les Etats Unis par la voix de State Secretary Michael Pompeo.

Remaniement ministériel

Suite à polémique sur la constitution qui a suivi l'intervention de Pékin et de ses représentants dans le débat hongkongais, la Chief Executive Carrie Lam annonçait Mercredi un remaniement de son équipe de ministres dont le premier à faire les frais est Patrick Nip, le ministre des "constitutionnal and mainland affairs" et  qui s'était illustré par des déclarations contradictoires quant au droit de Pékin d'intervenir dans les décisions du parlement hongkongais. Il est remplacé par Erick Tsang, précédemment directeur des services de l'immigration et surtout très apprécié de Pékin. En tout, ce sont 5 ministres sur les 16 qui sont remplacés, Carrie Lam assurant que ces changements ne sont pas dus à la crise politique mais plutôt à la gestion et priorités dans le domaine sanitaire. 

 

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Erick Tsang, le nouveau Secretary for Constitutional and Mainland Affairs prêtant serment Photo@HK gov

 

Marche du 1er mai

C’est dans ce contexte particulièrement tendu que, malgré les règles en vigueur sur la limitation des rassemblements dues au coronavirus, la confédération des syndicats a appelé à participer à la traditionnelle marche du Labour Day, le 1er mai. En effet, le gouvernement venant de prolonger de deux semaines les règles de distanciation sociale, la fin de l’interdiction des groupes de plus de 4 personnes dans les espaces publics court en principe jusqu’au 7 mai. Sur cette base, le chef de la police de Hong Kong a rejeté la demande de manifestation bien que les organisateurs proposaient de respecter la distanciation de 1,5 m entre les participants. La confédération a fait savoir qu’il était artificiel d’imposer une interdiction pour quelques jours de la fin officielle des restrictions et que la voix de l’opposition devrait pouvoir s’exprimer d’une manière ou d’une autre. Il promet par conséquent, sans encore en préciser la forme, "une action particulière". Alors que 17 districts sur 18 sont désormais contrôlés par le camp pro-démocratie à la suite du raz de marée électoral de Novembre dernier, les craintes sont en effet grandes de voir Pékin voler la prochaine élection en changeant les règles du jeu à son avantage.

A suivre

 

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Didier Pujol

Didier Pujol

Passionné de culture chinoise et présent en Chine depuis 2011, Didier a publié de nombreux articles sur la Chine avant de reprendre la direction de l'édition Hong Kong comme directeur et rédacteur en chef.
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