Mardi 4 août 2020
Hong Kong
Hong Kong

L’homme aux mille serpents

Par Didier Pujol | Publié le 29/06/2020 à 15:00 | Mis à jour le 29/06/2020 à 15:00
Photo : William retirant un serpent d'un jardin privé
william sargent serpents Hong Kong

Interviewer William Sargent, le "snake catcher" de Lantau, c’est un peu comme rencontrer une légende vivante. Les histoires qui entourent cet homme hors du commun ont en effet de quoi frapper l’imagination, voire de faire dresser les cheveux sur la tête.

C’est ma propriétaire, une résidente de Hong Kong originaire du village de pêcheurs de Tai O qui m’a parlé parmi les premières de William Sargent, un jeune Britannique élevé à Hong Kong depuis l’âge de deux ans et qui déjà tout jeune faisait parler de lui parmi les Chinois tant il était étonnant de voir se jeune garçon se passionner pour les serpents. Dès l’âge de 8 ans, on voit en effet le jeune William courir les chemins de randonnées ou les champs autour de la maison de ses parents, à Pui O à la recherche des reptiles, qu’il collectionne et ramène dans sa chambre. "A 12 ans, j’avais déjà à la maison une dizaine de serpents dont un cobra royal. Je faisais l’élevage de souris afin de les nourrir." Le groupe Facebook consacré aux serpents de Hong Kong qu’il anime aujourd’hui rassemble quelques 10.000 participants, photographes, experts ou amateurs, amoureux de la nature et des reptiles ou tout simplement curieux d’en savoir plus sur cet animal.

 

william sargent serpents Hong Kong
Le cobra roayl, très répandu à Hong Kong, affiche ses belles couleurs dorées

 

Quel est la place des serpents dans votre existence?

Cette passion me vient de très jeune. Je m’intéresse à la nature en général et la grande variété des espèces que l’on trouve a Hong Kong. Je partage depuis l’école cette passion avec David Williot qui est entre-temps devenu, lui aussi “snake catcher”. Je trouve cet animal particulièrement fascinant, bien qu’il soit assez méconnu. Les gens ont souvent peur par manque d’information mais lorsque l’on connait mieux leur mode de vie, il devient alors plus facile d’en apprécier les couleurs, formes et comportement. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, la matière disponible est massive pour qui s’intéresse vraiment à un sujet. Pour moi, cela reste avant tout une passion même si je consacre pas mal de temps à débarrasser les gens des serpents lorsqu’ils pénètrent dans les maisons et organise des sorties découvertes pour les groupes qui en font la demande. Le reste du temps, je le consacre à ma famille, une ONG pour l’éducation des enfants et mon métier d’organisateur de compétitions sportives.

A quelle fréquence êtes-vous appelé?

En ce moment c’est une ou deux fois par semaine car nous sommes en haute saison pour les serpents. La police me contacte lorsqu’un habitant les appelle suite à une incursion d’un reptile chez eux. Les serpents ne sont pas forcément dangereux mais beaucoup de gens ne savent pas les reconnaitre alors dans le doute, ils appellent et ils font bien car on ne sait jamais. Les pythons et cobras restent les plus impressionnants car ce sont des serpents de grande taille et dont la morsure peut être fatale pour le dernier. Dernièrement, j’ai dû déloger un cobra royal niché sous le tas de bois de l’espace barbecue d’une maison de Mui Wo. C’est probablement le plus gros spécimen de ce type que j’ai attrapé de toute ma carrière. Il mesurait 2,5 mètres de long et pesait son poids. On trouve aussi pas mal de serpents dans les endroits où il y a de la nourriture, comme dans les réserves des restaurants locaux mais c’est aussi le cas dans les bâtiments administratifs, l’animal se trouvant piégé par des portes à fermeture automatique.

 

 

Que faites-vous des serpents une fois attrapés?

La police de Lantau les récupère au centre de Mui Wo avant de les transférer à la ferme Kadoorie dans les Nouveaux Territoires. Je dois dire que le déplacement des serpents n’est pas très bon pour eux car ils ont en général du mal à s’acclimater à un nouvel environnement inconnu. Il arrive souvent qu’ils périssent car ils ne parviennent plus à s’alimenter. Ce sont en principe des animaux territoriaux. Quoi qu’il en soit la proximité croissante avec l’homme pose des problèmes de cohabitation, les habitations récentes et les agglomérations gagnant du terrain. Il serait pourtant mieux de pouvoir les laisser dans leur habitat d’origine. Quoi qu’il en soit, les snake-catcher se contentaient autrefois de tuer les serpents qu’ils revendaient ensuite pour la viande. Il y a donc une évolution bien que certains attrapeurs issus de villages continuent de les tuer comme ils avaient toujours vu le faire.

 

william sargent serpents Hong Kong
Sortie nocturne d'observation

 

Que faites-vous pour favoriser la protection des serpents?

Précisément, j’essaye d’informer sur les pratiques telles que celles-ci qui nuisent à l’environnement. Ma nouvelle notoriété me permet en effet aujourd’hui d’alerter les autorités sur des comportements inappropriés. Par ailleurs, je passe beaucoup de temps lors de mes sorties avec des groupes à expliquer le mode de vie des serpents et à sensibiliser à la protection du milieu. Mon nouveau projet est une fondation pour la protection de la nature basée sur les connaissances que j’ai acquises que je transmet. Je passe aussi un peu de temps à partager des informations et sensibiliser les gens sur le site hongkongsnakes.

 

Pour être sûr de recevoir GRATUITEMENT tous les jours notre newsletter (du lundi au vendredi)

Ou nous suivre sur Facebook et Instagram

 

Nous vous recommandons

Didier Pujol

Didier Pujol

Passionné de culture chinoise et présent en Chine depuis 2011, Didier a publié de nombreux articles sur la Chine avant de reprendre la direction de l'édition Hong Kong comme directeur et rédacteur en chef.
0 Commentaire (s)Réagir

Expat Mag

Bombay Appercu
CULTURE

Le saviez-vous : l'Inde est à l'origine du tissu provençal

Le textile est à l’origine d’un lien historique entre l’Inde et la Provence et notamment Marseille. Retour sur les cotonnades indiennes et la naissance du tissu provençal.