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Les coulisses du MMA, un nouveau film à Hong Kong

Par Arnaud Lanuque | Publié le 19/03/2019 à 14:01 | Mis à jour le 27/03/2019 à 23:42
Photo : Photo d'une scène du film We Are Legends de Daniel Chan
MMA hong kong

Rencontre avec Daniel Chan, le réalisateur du film We Are Legends qui revient sur sa démarche modeste et sincère de parler des coulisses du MMA à Hong Kong.

L’ambiance dans les gymnases est différente que celle des combats et ce film est dédiée à la communauté MMA de Hong Kong, afin de rendre justice aux milliers de pratiquants qui s’entrainent chaque jour avec ardeur. Depuis maintenant près de deux décennies et malgré des oppositions de principe toujours actives (dont en France), le MMA (arts martiaux mixtes) est un des sports de combat les plus populaires à travers le monde. Or, le cinéma a toujours été friand des disciplines martiales. Hollywood a ainsi produit de nombreux chef d’œuvre sur la boxe anglaise (Nous Avons Gagné ce Soir de Robert Wise, Raging Bull de Martin Scorcese…). Hong Kong n’a pas non plus été en reste en se concentrant davantage sur la boxe thaïlandaise et le kickboxing (Dreams of Glory: A Boxer’s Story de Lawrence Ah Mon, A Fighter’s Blues de Daniel Lee…). Et là aussi, le MMA tend à gagner des parts de marché et de nombreux films de qualité sur la discipline sont apparus ces dernières années tels que le Warrior de Gavin O’Connor ou le Unbeatable de Dante Lam. We Are Legends parvient à se hisser au niveau de ces références grâce à la démarche à la fois modeste et sincère de son réalisateur, Daniel Chan. Le petit journal.com l'a rencontré au cours d'une interview ou il revient avec nous sur la création du film qui sort en salle ce mercredi 20 mars.

 

Propos recueillis par Arnaud Lanuque

 

Le petit journal.com: Il y a déjà eu beaucoup de films sur le MMA réalisés ces dernières années. Comment avez-vous envisagé We Are Legends pour qu’il se distingue de cette concurrence ?

Daniel Chan: Dans la plupart des films de MMA qui ont été fait jusqu’ici, il s’agit de devenir champion. J’ai décidé de me concentrer davantage sur la camaraderie au sein des gymnases. C’est vraiment un film que j’ai fait pour ceux qui s’y entrainent régulièrement. Il y a une énorme communauté à Hong Kong comptant plus d’une centaine de milliers de pratiquants. Si je peux faire un film qui rend justice à leur expérience, alors je pense que le reste du public pourra également l’apprécier.

 

MMA hong kong
Photo d'une scène du film We Are Legends de Daniel Chan

 

Comment vous est venu l’idée du film ?

Elle m’est venue un peu après avoir réalisé Triad [en 2012]. Durant le tournage, j’avais souvent les mains tremblantes et le cœur qui battait la chamade. Alors, quand un de mes producteurs m’a proposé de l’accompagner à son gymnase, je me suis dit que les arts martiaux pourraient m’aider à mieux me contrôler. En discutant avec les personnes qui s’entrainaient pour des compétitions, je me suis rendu compte qu’ils ne cherchaient pas la gloire ou l’argent. Ils avaient souvent des emplois à plein temps, leur famille et leurs amis ne les soutenaient pas dans cette démarche et pourtant ils continuaient à se battre dans un ring ou une cage. J’ai eu le déclic du film après avoir accompagné un de mes camarades de gymnase, Dixin Xiong, à son premier combat professionnel. Il n’avait jamais perdu de combat amateur. Quand il est venu à Hong Kong, personne n’osait se battre contre lui. Ça l’a rendu trop confiant et il s’est moins entrainé. Quand il a eu son premier combat professionnel, j’étais là pour le filmer. Il a perdu par KO en 14 secondes. Voir la manière dont lui et sa fiancé devaient affronter cette défaite m’a inspiré pour faire le film. Le personnage d’Edward Ma est basé sur lui. Je voulais également décrire l’ambiance de camaraderie au sein d’un gymnase. Dans l’environnement professionnel de Hong Kong, dans les bureaux, les gens sont calculateurs, ils essayent de plaire au patron et d’abaisser leurs collègues. Ce n’est pas le cas dans un gymnase ou c’est le respect qui domine. Toutes les gouttes de sueur que vous y dépensez, c’est pour aider les autres et c’est comme cela que vous devenez meilleur.

 

MMA hong kong
Scène du film We Are Legends de Daniel Chan

 

A partir de ces idées, comment avez-vous élaboré le script ?

J’ai accumulé dans ma tête un tas d’histoires réelles avant de les mettre sur papier. Par exemple, j’ai suivi une pratiquante de Ju Jitsu dans son parcours pour devenir ceinture violette, la première de Hong Kong. Elle a servi de base au personnage de Wiyona Yeung. Une fois que j’ai eu suffisamment d’histoires, l’écriture du script n’a pris que quelques semaines.

Vous êtes-vous également basé sur des combattants professionnels célèbres ?

Oui, je me suis beaucoup inspiré de Conor McGregor et de sa femme, comment sans emploi pendant plusieurs années, il a du compter sur celle-ci pour le soutenir financièrement. Nous avons aussi repris la manière dont il intimide ses adversaires. La plupart des combattants se créent un personnage quand ils vont dans une cage, ce n’est pas leur vraie personnalité. C’était un des aspects que je voulais montrer. Le personnage de Wiyona Yeung tient également un peu de Ronda Rousey.

Pourquoi avoir fait des personnages principaux des orphelins ?

L’inspiration m’est venue d’un vrai gymnase en Chine. L’entraineur est un ancien champion de gymnastique qui s’est tourné vers les arts martiaux. Il a ouvert son club aux orphelins, leur a donné de quoi manger et dormir et une motivation pour leur vie. Son gymnase a inspiré celui du film.

Votre approche est très ancrée dans le réel. Est-ce que les combats illégaux décrits dans le film se basent sur une réalité propre à Hong Kong ?

Non, ce côté-là était plus un artifice scénaristique. Je pense qu’ils existent mais pas de la manière dont nous l’avons décrit dans le film, c’est probablement bien plus dangereux.

Comment avez-vous sélectionné vos acteurs ?  

Comme cela faisait quelques années que je n’avais pas réalisées de film, je voulais être certain de bien m’entourer. Evidemment, les investisseurs avaient leurs propres idées. Mais prendre des acteurs connus aurait impliqué un plus gros budget et un risque de perte de contrôle. Je me doutais que des scènes comme celle où Wiyona retire le pus de l’oreille en chou-fleur d’Edward aurait probablement sauté. Or, ce genre de détail est très important parce que pour les athlètes, ce genre d’oreille est une preuve de leur valeur. Alors quand je rencontrais les acteurs proposés par l’investisseur, je décrivais des conditions de travail bien pires que la réalité pour les démotiver (rires). Au final, j’ai pu sélectionner les acteurs que je voulais et j’en suis très satisfait, il n’y a pas eu d’histoire d’ego durant le tournage, tout le monde était concentré sur le film à 100 %.

 

MMA hong kong
L'équipe du film We Are Legends de Daniel Chan

 

Comment se sont-ils préparés à leurs personnages ?

Ils se sont entrainés physiquement, Wiyona [Yeung] avait déjà pratiqué les arts martiaux mais Edward [Ma] et [Lam Yiu] Sing partaient de zéro. Ceci dit, j’ai surtout voulu qu’ils étudient la psychologie des combattants. Je voulais qu’ils soient capables de parler comme eux. Nous avons passé énormément de temps à affiner les dialogues pour être sûr que cela correspondait à ce qu’un vrai combattant pourrait dire. Je voulais qu’ils comprennent bien qu’il ne s’agissait pas de stéréotypes, de brutes violentes, mais de personnes humbles.

En combien de temps avez-vous tourné le film ?

15 jours de tournage à Hong Kong et 1 jour au Japon. Nous avions en permanence 2 caméras sur le plateau et tournions plus de 150 plans par jour.

 

MMA hong kong
Scène de tournage du film We Are Legends de Daniel Chan

 

Comment avez-vous approché les séquences de  combats ?

J’ai très vite fait le choix de me concentrer sur les petits détails réalistes. J’étais conscient que l’on ferait des comparaisons par rapport à d’autres films sur le MMA alors j’ai décidé que nous devions trouver notre propre niche. Par exemple, quand l’arbitre vient vérifier si vous êtes bien capable de voir, il y a un risque que le combat soit arrêté,  alors les entraineurs mettent leur main sur l’épaule de leur poulain et leur tapotent le nombre de doigts que leur montre l’arbitre. Je l’ai vu faire lors de vrais combats. Etant donné que j’en avais déjà filmé, j’étais conscient des meilleurs angles à choisir et je pensais que ce genre de détails rendrait les scènes de combat plus intéressantes. Dans les films de Hong Kong, l’action est généralement plus stylisée. Moi, je voulais mettre l’accent sur la douleur et sur les efforts fournis par chaque combattant. Dans un sens, le fait que nous ne puissions pas nous permettre de doublures à cause du budget limité nous a aidé à atteindre nos objectifs. Tout a été fait par les acteurs eux-mêmes à l’exception de deux plans nécessitant l’utilisation de câbles.

 

MMA hong kong
Scène du film We Are Legends de Daniel Chan

 

Si vous pouviez recommander un combat de MMA mettant en avant les mêmes valeurs que celles du film, lequel choisiriez-vous ?

Robbie Lawler contre Rory Mac Donald [à l’UFC 189].

Vous avez commencé votre carrière en faisant des films commerciaux. Mais il semblerait que vous vous orientiez maintenant  vers des petites productions réalistes qui vous tiennent à cœur. Pourquoi un tel changement ?

C’est un choix que j’ai fait après avoir tenté de réaliser un film en Chine. Evidemment, il y avait beaucoup plus d’argent à la clé mais, au bout du compte, le film n’a pas pu sortir à cause de la censure. Je me suis dit que si je devais mettre mon cœur et mon âme dans un projet, je ne voulais pas que les efforts déployés par mon équipe soient vains. A Hong Kong, il y a toujours des possibilités de faire des films pour un faible budget tant que votre histoire peut être racontée. C’est comme ça que je veux approcher mes prochains films, tout en travaillant avec des gens qui aiment le cinéma et en ne me laissant pas enfermer dans le label catégorie III [interdit aux moins de 18 ans].

 

Remerciements : Hillary Yuen

Sortie en salle Mercredi 20 mars 2019

Arnaud Lanuque

Arnaud Lanuque

Couvre l’actualité du cinéma de Hong Kong depuis plus de 15 ans. Il a participé à de nombreux sites (HKCinemagic, Asialyst...) et magazines (So Films, L'Ecran Fantastique...) et a écrit le livre Police Vs Syndicats du Crime
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