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Le plus vieux magasin de parapluies de Hong Kong

Par Karine Yoakim Pasquier | Publié le 30/07/2020 à 15:00 | Mis à jour le 30/07/2020 à 15:00
Photo : Le plus vieux magasin de parapluies de Hong Kong dans le Dragon Center de Sham Shui Po- Photo@Wikipedia
Histoire parapluie Hong Kong

Le parapluie est l’accessoire indispensable à avoir sur soi à Hong Kong. Jamais à l’abri d’une averse soudaine ou d’un soleil tapant, les Hongkongais se promènent tous avec leur petit parapluie sous le bras. Pour en savoir plus sur cet accessoire, nous avons interviewé la famille Leung, propriétaire du plus ancien magasin de parapluies de Hong Kong.

La boutique de la famille Leung se trouve depuis 26 ans, à Sham Shui Po, au 6e étage du Dragon Center. Entre les échoppes dédiées au K-Pop et les étals aux décorations flashy, se situe ce magasin discret. Pourtant, sous ses apparences modestes, ce commerce est l’un des plus vieux de Hong Kong !

Leung So Kee, une histoire de famille

Covid oblige, c’est via Skype que je rencontre la famille Leung. Calés dans un petit appartement, le père et la fille, souriants, apparaissant derrière l’écran. "J’ai commencé à travailler dans le magasin Leung So Kee en 1975. Avant cela, c’est mon père qui s’en occupait, et avant lui, mon grand-père." Monsieur Leung Mang Sing, 4e génération du magasin Leung So Kee a les yeux qui brillent et la fierté qui transparait quand il parle du commerce monté par son arrière-grand-père en 1885, à Canton.

 

Histoire parapluie Hong Kong
La famille Leung So Kee dans le magasin de Castle Peak Road.  - Photo@LeungSoKee

 

"Auparavant, les Chinois utilisaient des parapluies en papier. Mon arrière-grand-père, qui faisait du business avec les Occidentaux, a alors découvert leurs parapluies en toile. Il décida donc d’en fabriquer, mais avec le savoir-faire asiatique…". C’est immédiatement un succès et l’accessoire devient dès lors un symbole de luxe, que les plus riches s’arrachent.

Quand la guerre sino-japonaise éclate, la famille déménage à Hong Kong, emportant avec elle son entreprise. C’est le début d’une success-story hongkongaise.  

Un magasin centenaire

À Hong Kong, l’aventure continue. Le premier magasin ouvre ses portes en 1941, à Central, avant de déménager au fil des ans à Sha Tin, à Mongkok et à Sham Shui Po.

Depuis de nombreuses années, le succès est au rendez-vous et le parapluie Leung So Kee devient dès lors un produit recherché par toutes les classes de la société. "Tout comme aujourd’hui on exhibe sa montre ou ses bijoux, à l’époque, c’était ceux qui avaient un parapluie de notre marque qui étaient considérés comme des gens aisés et les parapluies Leung So Kee se retrouvaient souvent chez le prêteur sur gages.", nous dit Leung Mang Sing.

 

parapluie leung so kee hong kong histoire
 Une affiche datant des années 50 - Photo@Leung So Kee

 

Depuis plusieurs générations, le commerce propose donc des parapluies 100% faits à Hong Kong. "La particularité de nos parapluies, c’est qu’ils sont garantis à vie. Si vous achetez l’une de nos marchandises, peu importe qu’il s’abime après trois ou quarante ans. Vous pourrez toujours venir le faire réparer chez nous, gratuitement."

C'est d'ailleurs ce qui arrive à Leung Mang Sing il y a quelques années: "Il y a plus de 20 ans, une vieille femme est venue nous voir dans notre magasin de Sha Tin. Elle voulait qu’on lui répare son parapluie. Quelle ne fut pas notre surprise quand nous nous sommes rendu compte qu’elle possédait l'un des tous premiers modèles! Nous lui avons simplement échangé le sien contre un parapluie neuf et ce parapluie historique est désormais exposé au Hong Kong Museum of History, comme un élément emblématique de l’histoire de Hong Kong."

 

Histoire parapluie Hong Kong
Des ouvriers au travail - Photo@Leung So Kee

 

Au travers des décennies, le magasin passe par des hauts et des bas. La première crise les touche dans les années 60, alors que la sécheresse frappe la ville. "Ensuite, il y a eu le SRAS, en 2003. Là, les gens avaient peur de sortir de chez eux et nous avons donc vécu des moments difficiles. Maintenant, avec la Covid, c’est la même chose. La période est compliquée."

Kung Fu Umbrella

Bien qu’il s’agisse d’accessoires fonctionnels, les parapluies évoluent aussi avec le temps. "Au départ, les gens voulaient seulement des parapluies noirs ou bleu marine, grands et lourds, de style britannique. Comme les parapluies coûtaient le même prix, quel que soit leur taille, les clients pensaient que ce serait plus rentable d’acheter un grand parapluie au même prix qu’un petit. Aujourd’hui, les choses ont changé. Les consommateurs préfèrent du léger, du pratique."

 

 

Le parapluie le plus classique de la marque est le Wong Fei Hong, un long parapluie en bambou, traditionnel, aussi surnommé le Kung Fu Umbrella, en raison de son apparition dans le film Once Upon a Time in China, où le héros utilise un parapluie de chez Leung So Kee pour assommer son adversaire. "Tout d’abord, le réalisateur n’avait acheté que deux parapluies. Ils se sont brisés en un rien de temps. Les parapluies sont faits pour se protéger de la pluie, pas pour se battre. L’équipe de tournage a alors commandé 24 mêmes parapluies pour tourner la scène."

Ce n’est pourtant pas la seule œuvre cinématographique dans lequel un de ces parapluies apparaît puisque c’est dans le film Police Story en 1984, qu’on peut voir Jackie Chan s’agripper à un bus, avec la force de ses bras… et de son parapluie Leung So Kee.

 

 

Une clientèle fidèle, locale, mais aussi étrangère

Dans le temps, les clients étaient des locaux, des voisins. "C’était généralement des personnes âgées… des gens du quartier. C’était souvent autour de Chinese New Year que la période était la plus chargée, les clients souhaitant offrir un parapluie à leur famille. Mais maintenant, la situation s’est inversée: ce sont plutôt les Hongkongais de l’étranger qui en achètent pour les ramener dans leur pays."

Le magasin a aussi quelques clients étrangers. "La plupart de nos acheteurs veulent désormais nos parapluies pour son histoire, son symbole. Notre marque est devenue emblématique. Nous faisons partie de l’histoire de Hong Kong." Il y a dix ans, c’est ainsi que Leung Mang Sing se rend compte qu’il est célèbre même outre-mer. "Un jour, une femme est entrée dans le magasin. Elle voulait acheter un parapluie pour son fils, parti étudier à l’étranger. C’était le camarade de classe de celui-ci qui lui avait parlé de la marque. Il n’était pas Hongkongais, mais connaissait notre réputation et ne cessait de lui en parler… La femme a alors décidé de venir acheter un parapluie dans ce magasin!"

À l’avenir, c’est Kiki, la fille de Leung Mang Sing qui reprendra le flambeau. "Mais ce n’est pas pour tout de suite, me dit la jeune fille de 28 ans. Je dois apprendre à tenir un business. Pour le moment, je souhaite travailler dans d’autres compagnies… puis, quand ce sera le moment, je prendrai la relève." Le petit frère de Kiki, quant à lui, participe déjà à sa manière. Artiste dans l’âme, il a peint plusieurs motifs qui figurent désormais sur les toiles du parapluie centenaire.

 

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Karine Yoakim-Pasquier

Karine Yoakim Pasquier

Karine est Suisse francophone vivant depuis peu à Hong Kong. Elle tient un blog intitulé hotfonduepot.com, enseigne le français, vient de terminer son premier roman et met bien volontiers son talent au service du Petit Journal
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