Édition internationale

« La Dernière Valse » , un film de Hong Kong sur la mort, arrive en France

Alors que le film phénomène La dernière Valse (The Last Dance) est arrivé sur les écrans français le 31 décembre dernier, Hong Kong redécouvre ses propres rites funéraires. Le succès historique de cette œuvre au box-office local a révélé une transformation profonde du rapport à la mort dans la cité de jade, où les traditions ancestrales doivent désormais composer avec les impératifs de la modernité et de l'espace.

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Écrit par Marion Burlaud
Publié le 27 janvier 2026, mis à jour le 28 janvier 2026

L’art de libérer les âmes

Le cœur des pratiques funéraires à Hong Kong reste profondément ancré dans le culte des ancêtres et les traditions religieuses, principalement taoïstes et bouddhistes. Ces rituels sont souvent longs et spectaculaires, visant à assurer le passage de l'âme et le confort du défunt dans l'au-delà, notamment par l'incinération de joss paper (répliques en papier d'argent, de voitures ou de maisons) pour que le défunt ne manque de rien. Le film La dernière Valse met brillamment en scène l'un des rituels les plus emblématiques et visuellement puissants : le Po Dei Juk, ou « briser les portes de l’enfer ». Ce rite taoïste, exécuté par le prêtre principal, symbolise la libération de l'âme des tourments souterrains, illustrant le conflit central du film entre la solennité de la tradition, incarnée par le Maître Man, et la modernité pragmatique de l'entrepreneur funéraire Dominic.

 

Quand mourir coûte plus cher que vivre

Cependant, la tradition se heurte de plein fouet à la réalité de la crise foncière de Hong Kong. Dans cette métropole ultra-dense, le manque d'espace a rendu l'inhumation quasi impossible et a créé une pénurie critique de niches dans les columbariums, dont le prix peut atteindre des sommes astronomiques, transformant la dernière demeure en un luxe inaccessible. Cette situation a engendré des délais d'attente de plusieurs années pour les familles, obligeant l'industrie funéraire à se réinventer. Le film reflète cette tension, montrant comment les services funéraires sont contraints de s'adapter aux demandes personnalisées et aux contraintes économiques, tout en soulevant la question de la place des femmes dans ces rituels millénaires, longtemps exclues de la prêtrise taoïste.

 

Vers des funérailles « zéro carbone » à Hong Kong

Face à cette impasse, les autorités et une nouvelle génération d'entrepreneurs encouragent activement les funérailles écologiques (green burials). La dispersion des cendres en mer, dans l'une des trois zones dédiées, ou dans les « Jardins du souvenir » paysagers, est désormais proposée gratuitement par le gouvernement. Ces pratiques, autrefois considérées comme un manquement à la piété filiale, sont en passe de devenir la norme, marquant un glissement culturel majeur : la mémoire du défunt s'affranchit de la matérialité de la niche pour s'inscrire dans un cadre plus spirituel et environnemental. En brisant les tabous et en explorant ces mutations, La dernière Valse ne fait pas que divertir ; il offre un miroir essentiel sur la manière dont Hong Kong gère l'ultime transition de la vie.

 

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