Mardi 30 novembre 2021
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Économie chinoise : vers un renversement de cycle ?

Par David Baverez | Publié le 17/10/2021 à 15:15 | Mis à jour le 18/10/2021 à 11:30
Une usine en chine

Alors que la Chine avait en premier trouvé le chemin de la sortie de crise, le verrouillage prolongé du pays et les mauvaises performances économiques accréditent l’idée d’un renversement de cycle.

2020 : la Chine est la grande gagnante de la crise du Covid

Forte de la maitrise des tests et du traçage, elle affiche un PNB en croissance quand celui de l’Occident s’effondre. 2021 : la roue tourne de manière surprenante… pour une fois en faveur de l’Occident ! La pandémie devenue endémique, le salut provient du traitement et d’une technologie de vaccination disruptive, l’ARN Messager, que seuls l’Europe et les États-Unis maitrisent. Conséquence : la Chine se voit contrainte de suivre la politique inopérante du “zéro Covid”, fermant certains de ses principaux ports et reconfinant partiellement sa population, aux dépens de son PNB, attendu seulement stable, ce trimestre. Au même moment, la Banque fédérale américaine peut enfin annoncer le ralentissement de ses achats de Bons du Trésor, compte tenu de la vigueur de la reprise.

Bien loin de contribuer à la recherche d’une solution mondiale au défi sanitaire, Pékin préfère s’enfoncer dans la fermeture du pays. La nouvelle loi forçant les autorités locales à allouer 20 chambres destinées à la quarantaine pour 10 000 habitants, tout comme la récente annonce en fanfare de la construction en un temps record dans le Guangdong de 5,000 chambres d’accueil, semblent bien confirmer les craintes d’une fermeture du mainland pour encore l’ensemble de l’année 2022. Au même moment, les États-Unis annoncent, eux, la réouverture de leurs frontières aux voyageurs vaccinés dès le mois de novembre.

Un verrouillage prolongé de la Chine problématique 

Ce verrouillage prolongé de l'Empire du Milieu détonne cependant avec la transparence surprenante des nouvelles nous parvenant en avalanche depuis quelques semaines : démographie en berne avec seulement 12 millions de naissances contre 20 millions projetées, croissance de la consommation atone à seulement +2.5% en août contre 7% attendus, stagflation meurtrière pour les marges des entreprises avec une inflation des coûts à +9% contre seulement +1% pour les prix, quasi-faillite du géant immobilier Evergrande dont le timing ne saurait être innocent, basculement géostratégique de l’Australie dans le camp américain… Et enfin, des coupures d’électricité pour près de la moitié de l’industrie manufacturière, obligeant à la reprise intensive de l’exploitation des mines de charbon… à quelques semaines de la COP26 ! 

La vraie question devient alors de savoir à partir de quand la mauvaise nouvelle devient en réalité la bonne, et permet aux différents contre-pouvoirs chinois – tant au sein du Parti, de la communauté des affaires que de la société civile – de faire valoir leurs contre-arguments de bon sens face aux décisions gouvernementales de l’été.

La jeunesse chinoise, elle, ne semble pas vouloir attendre. Ils sont 75 millions – un record ! – à avoir suivi la semaine dernière le live streaming MONDOGENIUS du groupe de luxe italien Moncler. Celui-ci invitait à un grand tour “metaversien” de 45 minutes, passant par Shanghai, Tokyo, New York, Milan et Séoul. Une perception de la “prospérité commune” sensiblement éloignée de celle du Parti, dont on se rend compte qu’il aura sans doute du mal à regagner l’"engagement" de millenials et d’une génération Z, habitués à évoluer dans un monde hybride où les réseaux sociaux ont remplacé le lien familial distendu par trois décennies de politique de l’enfant unique. Un peu comme si cette jeunesse chinoise semblait exiger le retour plus rapide de l’électricité, avant celui des Soviets. 

 

Note : article déjà publié dans la "Lettre d'Asie" du journal L’Opinion  le 8 octobre 2021

David Baverez dédicacera son dernier essai "Chine-Europe : le grand tournant" à la librairie Parenthèses le 29 octobre prochain

David Baverez

David Baverez

David Baverez est un investisseur privé français basé à Hong Kong. Expert reconnu de la Chine, il a publié de nombreux ouvrages sur ce pays.
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