Coco Pop, Drag Queen à Hong Kong

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 13/06/2022 à 13:35 | Mis à jour le 13/06/2022 à 13:34
Photo : Coco Pop nous dit tout (Photo@Patricia)
Hong Kong Drag Queen Coco Pop

À l’occasion du Mois des fiertés, the Hive Sheung Wan recevait ce 9 juin Coco Pop (alias Bryan Chan), personnalité phare du monde LGBT à Hong Kong. Depuis ses débuts comme Drag Queen en 2002, Coco a rajouté de nombreuses cordes à son arc (festival de cinéma, émission radio, monde des associations…). Un rendez-vous haut en couleurs sur scène et dans la salle. L’événement en présentiel a aussi été partagé en live streaming, donnant un peu l’impression d’être sur un plateau télé.

L’actualité de Coco Pop à Hong Kong

Coco Pop a fait des shows Drag Queens dans les Clubs les plus réputés : 97, Psychic Jack, Play, Petticoat Lane, Wink, Works et dans de nombreuses soirées et lieux LGBT de la scène locale. Elle joue un rôle clé dans le show d’ouverture de la Hong Kong Pride Parade depuis 2008. Elle a aussi joué pour Pink Dot HK, un carnaval outdoor doublé d’un concert gratuit, organisé pour la famille et les amis de la communauté LGBT, où tout le monde s’habille en rose. Enfin, elle a fait un show à Clockenflap 2015.

Depuis toujours attirée par les divas (Madonna, Whitney Houston, Anita Mui), les super models (Cindy Crawford), le souci de Coco était double : comment les imiter, en étant un homme ? Comment, aussi, en faire une profession ?

Coco a « tout essayé ». Elle est ainsi une Drag Queen qui fait du playback, mais aussi chante, fait des talkshows. Elle est tirée par son public. Chaque Drag Queen a ainsi son style, certaines privilégient la transformation et l’esthétique, d’autres la confiance, le toupet. Coco évoquait ainsi une rencontre choc avec une Drag Queen australienne, énorme et très masculine, avec un charisme fou.

 

Mois des fiertés Hong Kong Drag Queen Coco Pop
En pleine transformation (photo@Crossdresser, Pixabay)

 

Récemment, alors que les discothèques et lieux de performance restent fermés, Coco a dû apprendre à vivre online. Elle suit ainsi, et s’intéresse, à des transformations de Drag Queen sur la plateforme chinoise aiqiyi : comme un show, un artiste filme et partage sur aiqiyi son habillage et son maquillage. Internet permet aussi à Coco de suivre les tendances, alors qu’Hong Kong est isolé par la quarantaine.

Coco a aussi parlé de son âge. Jusqu’à quel âge une Drag Queen peut-elle charmer sur scène ? À près de 50 ans, elle a parlé de se retirer du monde du spectacle pour se consacrer à d’autres activités, et surtout de son souhait de former de nouvelles Drag Queens.

L’amour du contact avec le public aurait-il quitté Coco ? Pour cette reine de la nuit, un show Drag doit avoir lieu dans des discothèques. Celles-ci étant fermées, la motivation s’est sans doute émoussée. Un point commun que nous avons donc tous avec les Drag Queens : nous espérons que les restrictions vont bientôt s’arrêter !

 

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Le Mois des fiertés à Hong Kong (photo@Kon Zografos, Pixabay)

 

Une ambition qui dépasse le monde LGBT à Hong Kong

Au-delà de son métier de performer Drag Queen, Coco fait partie de l’équipe d’organisation du Hong Kong Lesbian & Gay Film Festival et présente la première émission radio LGBT “We are Family” sur RTHK2, à l’antenne tous les samedis soir. Cette dernière activité rappelle Sony Chan, humoriste transgenre franco-hongkongais, très active sur les plateaux radio.

Depuis son lancement en 2014, Coco mène aussi le groupe de rock « Coco and the Beasts » avec quatre autres musiciens. On devine sans peine que leurs costumes de scène sont à l’image de leur leader, mais dans un univers un peu plus sombre.

Au-delà d’activités festives, enfin, Coco est aussi un membre actif de la communauté LGBT. Elle produit notamment des vidéos éducatives dans le cadre de l’association AIDS Concern.

En fait, l’activité Drag Queen de Coco, on l’a compris, ne couvre qu’une partie de son ambition et de ses activités. Coco aime aussi faire de la lecture aux enfants, en créant sa propre voix et dans son costume, pour promouvoir l'acceptation des différences. Dans son émission radio, la partie dédiée au sexe n’est pas seulement pour les homosexuels ! On y parle aussi harcèlement sexuel et entourage parental. On voit que dans ces trois exemples, Coco agit sur l’éducation des enfants à l’inclusion, éducation des jeunes en pleine découverte sexuelle, et l’éducation de l’entourage. En fait, tout l’intéresse.

Je ne fais rien de très voyant, mais plein de petites actions ici et là.

Pour le besoin de ses performances, Coco a aussi développé une activité de designer. Après avoir imité les costumes de ses idoles, en utilisant des vêtements du prêt à porter (Zara, H&M) et des vêtements du style années 1980, elle a commencé à créer ses propres costumes, voire une image à part entière. Ayant autrefois travaillé pour le magazine Elle et collectionné les magazines de mode, Coco s’est ainsi mise à la couture et fabrique ses propres costumes. Elle encourage aussi le prêt entre Drag Queens, avec une vraie conscience écologique. Avec les produits sur le marché, elle fait aussi son propre design de maquillage. On peut ne pas aimer le style, mais on ne peut nier l’ambition.

Au-delà du costume, Coco Pop est surtout une artiste perfectionniste. Pour avoir confiance en soi sur scène, le costume ne suffit pas. Il faut beaucoup de préparation sur la chorégraphie.

Un costume parfait ne fait qu’ajouter à la confiance que la préparation crée.

Coco a aussi un esprit de partage très fort. Pour elle, la communauté Drag Queen est un refuge, notamment quand on n’a pas de bonnes relations avec sa famille biologique. On y obtient du soutien, on doit aussi y apporter du soutien aux autres : chacune a une ou plusieurs Drag Sister et Drag Daughter. En 2002, à ses débuts, il n’y avait personne à Hong Kong capable de l’aider. Des amis, qui s’étaient aussi lancé dans l’aventure Drag Queen, ont rapidement laissé tomber : trop dur, trop peu de soutien !

Comment se porte la communauté LGBT à Hong Kong ?

Alors que le monde fête les fiertés en juin, la « rainbow season » à Hong Kong a plutôt lieu entre septembre et décembre. Rainbow Market, Pride Parade, Hong Kong Lesbian & Gay Film Festival, Pink Dot HK, se déroulent tous sur cette période, avec une météo généralement plus clémente pour des événements qui se passent majoritairement en extérieur. Mais le mois international des fiertés reste une occasion de faire un point sur la communauté à Hong Kong.

Globalement, Hong Kong est plutôt ouvert, mais comme le dit Coco :

On ne sait jamais comment les gens réagissent quand ça impacte leur vie personnelle : que fait une mère quand son fils lui dit qu’il est gay ?

On peut rejeter, soutenir, mais à Hong Kong, souvent les parents font semblant d’ignorer, ils ne font rien du tout.

Coco a ainsi partagé l’histoire de son coming out, cette expérience parfois dramatique, le jour où un jeune dévoile son identité sexuelle à ses parents. Dans son cas, avec deux frères hétéros, la famille s’était vite rendu compte que Coco avait des goûts différents : ses choix vestimentaires, les posters qu’elle affichait dans sa chambre, les amis qu’elle invitait à dîner, n’étaient pas ceux de ses frères. Alors quand sa mère lui a demandé si elle était gay, et qu’elle a dit oui, il n’y a pas eu de drame. Mais pas non plus de soutien spécial, ni de conversation, juste beaucoup de non-dits.

 

Mois des fiertés Hong Kong Drag Queen Coco Pop
Homme ou femme ? La salle fait son show (Photo@Patricia)

 

La société présente, pour les LGBT, un aspect très appréciable : la sécurité. Beaucoup de gays venant de pays où le mariage gay est autorisé, disent qu’ils se sentent plus en sécurité à Hong Kong. Il y a indubitablement des agressions verbales, mais globalement, la communauté est englobée dans une certaine indifférence.

Après cette soirée où chacun a pu s’habiller un peu follement, démaquillés, ces Hongkongais un tout petit peu différents ont repris le cours de leur vie. Coco a repris le chemin de son travail dans un magazine d’architecture.

pat

Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et à la randonnée. Elle contribue à Lepetitjournal.com sur le volet culturel, entre autres...
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Didier Pujol

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