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Après avoir tourné avec "En douce!" pendant un an de Paris au festival de Royan où il vient de remporter le Prix de la presse, Tristan Lucas et son "one man show? drôle" débarque au Gecko bar de Hong Kong du 16 au 20 mars. Une parenthèse chinoise pour cet habitué des matchs d'improvisation à l'humour "cynique et bienveillant", déjà distingué par le Point virgule et le Jamel Comedy Club.
Après 7 ans de vie de troupe, monter seul en scène était une envie ?
C'est un truc qui trottait dans un coin de ma tête et je ne voulais pas avoir de regret. J'aimerais idéalement plutôt développer ma troupe d'impro (Les ours dans ta baignoire) ou une pièce de théâtre mais quand on est tout seul, on peut aller beaucoup plus vite au niveau organisation, écriture. C'était vraiment ce qui m'intéressait mais le one man show n'était pas une évidence. Quand j'ai pris des cours d'écriture au départ, je ne pensais pas à l'époque avoir un spectacle à moi complet. C'est marrant sur le papier mais finalement on ne sait jamais si ça va marcher. Ce n'est qu'après avoir fait quelques scènes ouvertes, où ça riait bien que je me suis dit que j'allais peut-être en faire quelque chose.
Pourquoi avoir intitulé votre one man show "En douce!" ?
Ça n'a rien à voir avec le spectacle. Comme vous pouvez-vous en rendre compte, j'ai un débit un peu lent et tout le monde se moque de ma façon de parler un peu flegmatique, deux de tension. Du coup, ça me correspondait bien. Mais ça colle plus à ce que je suis qu'au contenu du spectacle.
On est un peu intrigués car le teaser du spectacle ne dévoile quasiment rien. Sur quoi porte finalement "En douce!". Qu'est-ce qui inspire vos sketches ?
Le point de départ de mes sketches est toujours des expériences que j'ai eues, les relations hommes-femmes, une maison de retraite dans laquelle j'ai jouée... Dans un sketch, je parle par exemple à un SDF auquel je donne des conseils marketing pour mieux se vendre. Je fais une SWOT analysis de son cas ("outil marketing pour analyser une entreprise"), un truc que j'ai appris en école de commerce. Comme on voit beaucoup de SDF, je me suis dit que le décalage pouvait être intéressant.
Vous évoquez vos études. Beaucoup de comiques français actuels, François-Xavier Demaison, François Damiens, Régis Mailhot sont passés comme vous par une école de commerce. Est-ce simplement un signe du temps ou est-ce finalement une formation appropriée quand on veut faire rire ?
Je ne sais pas si c'est une formation appropriée quand on veut faire rire car j'ai un pote fiscaliste qui est bien plus drôle que moi. Mais moi ça m'a beaucoup ouvert l'esprit : ça donne une vision globale du monde, et pas seulement vénale comme le disent les clichés sur les écoles de commerce. C'est vrai qu'on est une génération qui se dit "Ok, on a un bagage". Moi, c'était surtout histoire de sécuriser mes parents et d'avoir un diplôme. Mais après, ça donne la liberté de faire ce qu'on veut, à condition d'avoir le courage de se demander si c'est vraiment ça qu'on a envie de faire de sa vie.
Qu'est ce qui vous a justement donné envie de vous lancer comme comédien-humoriste après vos études ? Des idoles du métier ?
Après l'école de commerce, je suis retourné vivre au Mexique. J'avais du temps et j'ai commencé à faire des vidéos dans ma chambre, des films "faits à la maison" (remarqués par TF1 et Canal +) avec les moyens du bord car ça me faisait marrer et je me disais, "si d'autres peuvent le faire, pourquoi pas moi ?" C'est là que je me suis dit qu'il était possible de faire des trucs soi-même. Je trouvais ça ambitieux et très narcissique de se dire qu'on peut faire rire les gens mais on se rend compte que, si on se donne un peu les moyens, c'est possible. Après pour les idoles, j'ai toujours bien aimé ce que faisaient Desproges, les Nuls. Je suis un grand fan de François Morel mais de là à dire que ce sont eux qui m'ont donné envie de monter sur scène? Moi, c'est vraiment passé par l'improvisation?
Quel est pour vous le sketch idéal ?
Pour moi, c'est "On me dit qu'il y a des Juifs dans la salle" de Desproges car il l'?il qui frétille. On voit le gamin qui s'amuse en disant des horreurs. C'est super bien écrit et il y a un fonds de vérité génial.
Croyez-vous que Pierre Desproges pourrait refaire un tel sketch aujourd'hui ?
On peut toujours rire de tout mais il faut que ce soit bien fait. Que ça choque n'est pas un problème. On peut tout se permettre, du moment que c'est drôle. Il n'y a finalement que Dieudonné qui a été interdit mais parce qu'il a perdu sa posture de comique, il fait aujourd'hui de la propagande. Je pense donc que Desproges pourrait refaire ce sketch. Il aurait sans doute quelques problèmes mais à l'époque, quand il le jouait, ça détonait déjà. La différence, c'est qu'il n'y avait pas les réseaux sociaux. Tout le monde ne s'enflammait pas pour un oui ou pour un non.
Vous pensez d'ailleurs que le comique doit jouer avec les frontières, avec ce qui fait mal ?
Avec Charlie hebdo, on a beaucoup parlé des dessinateurs et de leur rôle mais les humoristes aussi en ont un. Comme eux, ils doivent être des poils à gratter. Il y a des humoristes qui ont beaucoup de talent, et ça m'emmerde un peu de les voir passer une heure de leur spectacle sur les petits gestes de la vie quotidienne. Je me dis que quand on a ce talent-là, on devrait aller chercher des sujets un peu plus profonds et titiller la société.
Propos recueillis par Florence Morin (www.lepetitjournal.com/hong-kong) jeudi 5 mars 2015
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