

Lors de leur voyage au Cambodge, les élèves de Seconde du Lycée Français International de Hong Kong ont rencontré Sunthary, partie civile dans le cadre du procès de l'ancien Khmer rouge Douch. Les élèves vous proposent ici un témoignage bouleversant
A Phnom Penh, nous avons rencontré Sunthary ; elle est partie civile dans le cadre du procès de l'ancien Khmer rouge Douch. Elle nous a raconté l'histoire d'une intellectuelle qui a survécu au régime Khmer rouge : un récit bouleversant, son histoire.
Photo : Bophana. Sunthary, un récit bouleversant?
Cambodge, 17 avril 1975. Sunthary avait 19 ans, et sa vie a basculé d'un coup. Elle était aux côtés de son grand-père et de toute sa famille lors de l'entrée des Khmers rouges à Phnom Penh. Une arrivée tout d'abord triomphale ; on les accueillait avec soulagement. Mais cela n'a pas duré très longtemps. Ils se sont peu à peu rendus compte des intentions des Khmers rouges : revenir à un Cambodge "sain et pur, dépourvu de tout esprit malfaisant". Son grand-père, homme avisé, ordonna à sa famille de s'échapper sans imaginer que ce serait un véritable exode. En l'espace de huit mois, la famille a été éclatée et comptait déjà trois morts. Chacun a été envoyé dans différents camps de travaux pour une rééducation totale de leur façon de vivre, de penser et même de parler.
Sunthary a vécu l'enfer pendant presque quatre ans, voyant ses proches mourir et perdant le contact avec les autres? Elle nous confie entre autres que "la mort aurait été moins douloureuse, mais on n'osait pas se suicider par peur des représailles sur notre famille"? Elle ne savait pas où les siens étaient ni qui était encore vivant. Pendant les derniers mois de sa séquestration, elle a réussi, par le plus grand des hasards, à s'échapper dans la jungle et à retrouver, à côté de Phnom Penh, sa mère et ses deux petits frères. Un jour de décembre 1978, alors qu'elle travaille sur une digue, elle est emportée par un flot de Cambodgiens qui fuient devant l'avancée des soldats vietnamiens. Elle retrouve sa mère et sa s?ur, puis ses deux frères et revient à Phnom Penh. Les rues de la capitale se repeuplent et les habitants retrouvent un peu de joie. Cette euphorie est très vite oubliée pour Sunthary car elle apprend alors que son père, juriste de renom, a été tué dans le camp S21, dirigé par Douch. Le choc fut d'autant plus terrible qu'elle pensait que son père était à l'abri en Suisse.
Aujourd'hui, trente-quatre ans après les événements, le procès de Douch se termine (plus de 15.000 personnes ont trouvé la mort à S21). Sunthary a pris part à ce procès en tant que partie civile, et elle est bien décidée aujourd'hui à honorer la mémoire de son père et de toute sa famille, et à travers eux les presque deux millions de Cambodgiens tués pendant cette période.
Paul Dumont 2nde B, (www.lepetitjournal.com/hongkong.html), mercredi 24 février 2010















