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Commerce Chine-Europe : ce que contiennent les accords d’octobre 2026

Le 9 octobre à Pékin, la Chine et l’Union européenne ont annoncé leurs premiers résultats concrets après quatre mois de discussions commerciales : une entente sur les voitures hybrides, des licences facilitées pour les terres rares et des baisses de droits de douane à l’étude. Voici pourquoi ces négociations ont lieu, ce qui a vraiment été décidé et ce qui reste en suspens.

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Écrit par Emma Cottereau
Publié le 28 octobre 2026

Pourquoi la Chine et l’Europe négocient

Tout part d’un déséquilibre. En 2025, l’Union européenne a acheté beaucoup plus de produits à la Chine qu’elle ne lui en a vendu : l’écart, appelé déficit commercial, s’élève à environ 360 milliards d’euros. Pour la Commission européenne, c’est un problème pour tous les pays de l’Union. Elle l’explique notamment par la production industrielle excédentaire et par un accès limité des entreprises européennes au marché chinois.

Pékin n’a pas la même lecture. Pour le ministère chinois du Commerce, un échange commercial se juge au choix des consommateurs et doit être rééquilibré « par le haut », en développant les échanges plutôt qu’en les réduisant.

Des tensions se sont installées sur plusieurs produits. L’Europe a relevé ses droits de douane (les taxes à l’importation) sur les voitures 100 % électriques fabriquées en Chine, jusqu’à 45 % au total depuis 2024. La Chine a appliqué des droits sur le cognac, le porc et les produits laitiers européens. Pour éviter une escalade, les deux parties ont lancé le 29 juin 2026 un cycle de consultations régulières, se décrivant comme des « partenaires commerciaux clés, stables et équilibrés ». Celui de Pékin était la deuxième réunion.

 

Ce qui a été obtenu, concrètement 

Les voitures hybrides. Ce sont des voitures qui combinent moteur thermique et moteur électrique. Elles n’étaient pas concernées par les droits de 2024, et les ventes de modèles chinois en Europe ont progressé. La déclaration commune dit que les deux parties « sont parvenues à une entente » sur le commerce de ces véhicules, dans le respect des règles de l’OMC (l’Organisation mondiale du commerce). Aucun chiffre n’est publié.

Les droits de douane chinois. La Commission affirme que la Chine baissera ses droits sur des produits européens comme les pièces automobiles, l’huile d’olive ou les chaussures. Cela représente près de 4 milliards d’euros d’exportations et au moins 225 millions d’euros d’économies de droits. Le texte commun est plus prudent : les deux parties disent explorer la possibilité de baisses.

Les terres rares. Ce sont des métaux utilisés dans les aimants des moteurs de voitures électriques, des éoliennes, des téléphones ou des disques durs. La Chine encadre leur exportation par un système de licences depuis avril 2025, comme beaucoup de pays le font pour des matériaux à usage civil et militaire. La Chine s’est dite prête à continuer d’accélérer ces licences pour l’Europe via une « voie rapide ». Elle a redit le 15 octobre qu’elle comptait poursuivre ces facilités, en espérant que l’UE en fasse autant pour des licences d’exportation vers la Chine dans le domaine du « double usage » (produits à la fois civils et militaires).

Une règle de transparence. Les deux parties ont aussi convenu de s’avertir à l’avance avant d’inscrire des entreprises sur leurs listes de contrôle à l’exportation, et d’améliorer les procédures pour en sortir. Pour une entreprise, une inscription soudaine peut bloquer ses relations avec ses banques, clients et fournisseurs : être prévenu à l’avance change beaucoup de choses.

 

Pourquoi c’est important ?

D’abord parce que c’est le premier résultat concret du dialogue. Il y a quelques semaines, une escalade paraissait possible : les dirigeants européens attendaient « des résultats tangibles » en octobre. Cet accord évite, pour l’instant, une confrontation sur les voitures hybrides.

Ensuite parce que les terres rares touchent presque tous les secteurs de la transition énergétique et du numérique, et que l’Europe en dépend très largement. Un système de licences plus fluide aide les industriels européens à planifier leurs achats.

Enfin parce que ce premier texte reste un cadre : il prépare des discussions plus difficiles sur les prix, les quotas et l’accès aux marchés. Pour les entreprises françaises installées en Chine, des sujets comme les cosmétiques, la pharmacie, les dispositifs médicaux et les produits agricoles font partie du programme des consultations. Les dispositifs médicaux européens auront d’ailleurs un événement de rencontre avec des acheteurs chinois lors de la 9e China International Import Expo, à Shanghai.

 

Deux façons de lire le même accord 

Les deux camps présentent le résultat différemment, et c’est le point le plus intéressant. À Bruxelles, le commissaire au Commerce Maroš Šefčovič parle d’« entente pour modérer » les exportations chinoises de véhicules hybrides, avec la perspective de les réduire de plus de moitié, et précise que ce n’est qu’un premier pas. À Pékin, le ministère du Commerce explique que les discussions ont évité l’escalade et préservé les intérêts d’exportation des entreprises chinoises et la stabilité des échanges de véhicules hybrides. Le ministre chinois Wang Wentao a aussi exprimé son inquiétude face aux mesures commerciales restrictives récemment introduites par l’UE.

Des chiffres précis circulent dans la presse sur les hybrides, mais ils ne figurent dans aucun texte officiel : ils sont donc à prendre avec prudence.

 

Ce qui reste en suspens

Les dirigeants européens se sont réunis les 15 et 16 octobre. Ils ont demandé à la Commission de poursuivre le dialogue avec la Chine tout en préparant de nouveaux outils de défense commerciale, notamment une proposition franco-allemande qui permettrait de réagir plus vite en cas de perturbation du marché. Selon un haut responsable européen, la Commission doit présenter d’ici la fin de l’année un instrument de diversification des approvisionnements et un mécanisme de solidarité.

Côté terres rares, une date approche : le 10 novembre. En octobre 2025, la Chine avait annoncé des règles de contrôle élargies, puis les a suspendues pendant un an, jusqu’à cette date. La déclaration commune n’évoque pas ce sujet, et je n’ai pas trouvé d’annonce officielle sur son sort pour l’Europe.

Les deux ministres se parleront en visioconférence en janvier, avant la troisième réunion prévue en mars 2027.

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