« Atterrissage en douceur » : c'est l'expression employée en avril 2026 par le ministre chinois du Commerce Wang Wentao, en marge du salon Auto China à Pékin, pour décrire l'état des discussions avec Bruxelles sur les voitures électriques. Une formule qui n'a rien d'anodin : depuis janvier, l'Union européenne a ouvert une porte de sortie bien réelle aux surtaxes qu'elle avait imposées à la Chine en 2024 — et Volkswagen, via sa marque Cupra, en profite déjà.


Un « atterrissage en douceur » qui se précise
Le 12 janvier 2026, la Commission européenne publie un document d'orientation attendu depuis des mois : les constructeurs de véhicules électriques produits en Chine peuvent désormais soumettre des engagements de « prix minimum » pour échapper aux surtaxes anti-subventions instaurées en 2024, qui peuvent atteindre 35,3 %. Concrètement, il s'agit de vendre au-dessus d'un seuil calculé pour neutraliser l'avantage lié aux aides d'État chinoises, plutôt que de payer un droit de douane additionnel. Le porte-parole européen du Commerce, Olof Gill, précise alors que la piste est discutée avec Pékin depuis un an déjà, et qu'un premier constructeur en a fait la demande officielle fin 2025.
La première application concrète tombe dès février 2026 : Cupra, filiale espagnole de Volkswagen, obtient l'exemption pour son SUV Tavascan, assemblé dans l'usine d'Anhui et commercialisé jusque-là avec un droit additionnel de 20,7 % qui faisait grimper son prix au-delà de 46 500 €. D'autres constructeurs s'y intéressent depuis : BYD, qui ouvre au premier semestre 2026 une usine en Hongrie, et Chery, qui multiplie les projets d'assemblage dans l'UE, sont considérés comme bien placés pour en bénéficier à leur tour, la Commission ayant laissé entendre que des conditions plus favorables seraient réservées aux constructeurs investissant sur le sol européen.
C'est dans ce contexte qu'intervient, en avril 2026, la déclaration de Wang Wentao à Pékin : un signal d'apaisement assumé des deux côtés, après plus de deux ans de tensions sur ce dossier. Le ministère chinois du Commerce avait d'ailleurs salué, dès janvier, « un progrès » démontrant la capacité de la Chine et de l'UE à résoudre leurs désaccords par le dialogue.
Déjà deux ans d'incompréhensions
Tout est parti de l'enquête ouverte par la Commission européenne, qui conclut en juillet 2024 à l'existence de subventions publiques déloyales dans la chaîne de valeur des véhicules électriques chinois. Des droits compensateurs entrent en vigueur le 30 octobre 2024, en plus du tarif douanier standard de 10 % — de 17 % pour BYD jusqu'à 35,3 % pour SAIC. Pékin réplique dès janvier 2024 en ouvrant une enquête anti-dumping sur les eaux-de-vie de vin européennes, en particulier le cognac, dont la Chine est un marché stratégique pour les producteurs français, avant de cibler aussi le porc et les produits laitiers. Le mécanisme de prix plancher n'est donc pas une capitulation soudaine : il est discuté en coulisses depuis plus d'un an, et répond à une demande formulée dès 2024 par la Chine elle-même.
Pékin lâche du lest sur les terres rares
En avril 2025, la Chine durcit son régime de licences d'exportation sur les terres rares et les aimants permanents — une décision prise dans le cadre de son différend commercial avec les États-Unis, mais qui touche aussi de plein fouet l'industrie européenne, dépendante de la Chine pour la quasi-totalité de son approvisionnement. Plusieurs usines automobiles européennes doivent temporairement réduire leur production faute de composants. Réunis à Pékin fin juillet 2025 pour le 25ᵉ sommet UE-Chine, marquant les 50 ans de relations diplomatiques entre les deux blocs, Ursula von der Leyen et Xi Jinping annoncent un accord provisoire pour alléger ces restrictions côté européen, via un « mécanisme d'approvisionnement à l'exportation » permettant aux entreprises européennes de signaler tout blocage critique et d'obtenir un traitement accéléré.
L'UE a une carte à jouer en Chine
Ce dégel s'explique aussi par ce qui se joue de l'autre côté de l'Atlantique. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les tarifs douaniers américains sur les produits européens n'ont cessé d'augmenter : 20 % annoncés en avril 2025, un accord provisoire à 15 % conclu en Écosse fin juillet 2025, puis une nouvelle hausse à 25 % sur les véhicules européens en mai 2026. En mars 2026, Washington a même ouvert des enquêtes commerciales visant à la fois l'UE et la Chine, régulièrement présentées comme des partenaires placés dans le même viseur par l'administration américaine. Plusieurs analystes, dont ceux d'Euronews, notent que cette pression pourrait pousser l'UE, au même titre que le Canada ou le Japon, à se rapprocher davantage de la Chine. Début 2026, les diplomates européens décrivent d'ailleurs la relation avec Pékin comme entrée dans une logique de « ne pas nuire » : un dialogue prudent, mais un dialogue maintenu, plutôt qu'une rupture.
Les dossiers non tranchés
Cette dynamique positive ne gomme pas tous les différends : une enquête distincte sur les hybrides rechargeables chinois est toujours en cours côté européen, et Bruxelles a sanctionné en mars 2026 deux entreprises chinoises accusées de cyberattaques. Le mécanisme de prix planchers, lui, reste au cas par cas — rien ne garantit que tous les constructeurs chinois obtiendront une exemption, et la Commission a pris soin de rappeler qu'il ne s'agissait « que d'une orientation » à ce stade. Mais le fait que Bruxelles ait choisi d'ouvrir cette porte plutôt que de la fermer marque un contraste net avec la relation UE-Chine des années 2020-2021, largement gelée après une série de sanctions croisées.
Pour la première fois depuis l'imposition des surtaxes sur les voitures électriques chinoises, l'Union européenne a créé un chemin officiel pour en sortir — et une entreprise, Cupra, l'a déjà emprunté avec succès. Ce n'est pas une capitulation face à Pékin, mais un pragmatisme assumé, dans un contexte où Washington complique la vie commerciale des deux blocs. Pour les Français installés en Chine, c'est peut-être le signal le plus concret depuis deux ans que le dialogue commercial UE-Chine reprend, dossier après dossier, le pas sur la confrontation.
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