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FCCIHK - Rencontre avec Francis Gouten, président du comité Luxe & Retail

Écrit par Lepetitjournal Hong Kong
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 mai 2013

Après les Petites et Moyennes Entreprises, le Green Business et le Women on Board, lepetitjournal.com poursuit sa découverte des comités animés par les membres de la Chambre de Commerce française de Hong Kong en allant à la rencontre de Francis Gouten, président du comité Luxe & Retail.

C'est dans son bureau ouvrant sur Connaught Road à Central que Francis Gouten nous reçoit, une pièce chaleureuse et encombrée, marquée de la personnalité de son occupant qui siège derrière son bureau de ministre, entouré d'un choix de tableaux et de photos personnelles présentées dans des cadres Shanghai Tang. Un homme qui aime l'Asie dont il a vécu les transformations depuis plus de trente ans en ayant lui-même son histoire, une mémoire et un esprit vif au service de l'action : "Quand nous sommes arrivés à Hong Kong nous n'avions qu'une seule filiale. A l'époque Hong Kong était déjà Hong Kong mais il n'y avait pas de shopping mall, Pacific Place n'existait pas ? Je suis toujours resté dans le même groupe, au début c'était Cartier puis c'est devenu Richemont et j'y ai fait 35 ans de carrière. Il y a 7 ans on m'a dit que j'avais l'âge de la retraite et qu'il fallait que j'arrête mais moi j'ai dit non et j'ai continué à travailler en montant Gouten Consulting. Ici, on s'intéresse à mon savoir et je flotte dans quelque chose qui me régénère. J'aime l'Asie, il y a des opportunités extraordinaires et je fais bénéficier à mes clients de mes contacts, de mes connaissances et de mon réseau dans cette partie du monde."

Lepetitjournal.com - Quels services apporte votre société, Gouten Consulting ?
Francis Gouten - Nous aidons des entreprises qui veulent s'installer en Asie - surtout Greater China puisque la Chine est presque toujours l'objectif in-fine ? qu'il s'agisse de société qui ne sont pas du tout présentes ou celles qui sont déjà là mais veulent se remettre à niveau.
Nous leur faisons bénéficier de toutes nos connaissances et de nos réseaux pour leur permettre de s'introduire rapidement sur le marché, ce que nous avons fait par exemple pour "la Maison du Chocolat" qui n'était pas du tout présente en Asie.
Nous les aidons à s'adapter quand il s'agit d'entreprises déjà implantées mais qui ont un peu perdu pied par rapport à l'Asie parce que les gens ne se rendent pas compte de l'évolution et de ce que la Chine a apporté comme vitesse de réactivité ; depuis que le business du luxe a démarré il y a 10 ans en Chine, les choses changent très vite et les Européens doivent s'adapter à ce rythme de changement, certaines marques avaient besoin d'aide.
Nous travaillons également sur des développements immobiliers, associés à des groupes qui font des centres commerciaux, nous participons au marketing, au leasing et nous aidons aussi des gens à trouver des boutiques. Nous traitons de tout ce qui tourne autour du luxe.

Qu'est ce qui vous a amené à la chambre de commerce ?
Je suis un "engagé non engagé" et c'est ma partenaire, Marie-Hélène Prevot qui m'a poussé. En fait, j'arrive à un moment de ma vie où on peut transmettre et si je peux aider, transmettre, je le fais et le ferai tant que la chambre considère que je peux apporter quelque chose.

C'est la deuxième année que vous présidez le comité luxe & retail de la chambre de commerce, qu'y faites-vous ?
Un comité dans un métier aussi sensible que le luxe, très important en Asie, regroupe beaucoup de gens très différents : nous avons à la fois les grands membres pérennisés- les grands groupes, les grandes marques ? et nous avons aussi beaucoup de petites marques, des nouveaux venus qui cherchent à ce qu'on les informe. Chacun vient pour essayer d'apprendre quelque chose et moi j'essaye avant tout d'informer.
Parce que je dispose d'un système d'information sur le luxe au travers d'emails que je reçois, j'en fais bénéficier les membres du comité. Je pense qu'il est plus efficace d'envoyer de l'information en permanence plutôt que de se limiter à trois ou quatre réunions dans l'année, d'autant qu'il est difficile de réunir des gens qui passent beaucoup de temps à voyager sur la zone, les territoires se limitant très rarement à Hong Kong.
J'envoie un rapport chaque semaine, le plus important pour moi c'est l'échange d'information à tous les niveaux, l'information permanente ; vous la prenez à 100% ou partiellement mais elle vous permet d'avoir un jugement sur pas mal de choses. J'essaye de ne pas être trop dirigiste, de donner ce qui est bien et ce qui est mal, un peu tout ce qui se passe et se dit dans notre métier.

Quels autres types d'actions menez-vous avec ce comité ?
Nous nous réunissons au départ, en début d'année et le comité défini des sujets de conférences auxquels nous nous tenons. De temps en temps, nous avons aussi des conférences non prévues, en fonction des visiteurs qui viennent en Asie et qui peuvent être intéressants pour nos membres.
Nous avons des réunions du comité et des réunions plus élargies et nous essayons d'avoir une ou deux fois dans l'année une réunion du comité avec les petites marques pour qu'elles puissent poser toutes les questions possibles et imaginables sur la manière de fonctionner ici en Asie. Ça peut toucher à tous les domaines, aux loyers, aux emplacements, à la stratégie, comment on exporte, etc. Beaucoup de jeunes arrivent en ce moment, beaucoup de gens qui montent leur société et nous avons eu une réunion de ce type l'année dernière assez intéressante avec des questions auxquelles les grandes marques ont joué le jeu de répondre, de l'échange de savoir-faire très utile.

Vous dites que le marché du luxe a complètement changé depuis vos débuts et ces dix dernières année, pourriez-vous expliquer en quoi ?
Tout a changé. D'abord le luxe n'était pas globalisé comme aujourd'hui. Il y a 40 ans, les banquiers ne s'intéressaient pas au luxe; aujourd'hui, toutes les grandes banques ont un département spécialisé qui suit le luxe et publient des rapports sur les groupes de luxe. A l'origine, comme pour l'horlogerie suisse que j'ai bien connue, c'était un métier de marques et surtout de petits sous-traitants ; maintenant le luxe est complètement dominé par les grands groupes qui s'intègrent et verticalisent, tout le monde veut intégrer 100% de la chaine.
Le luxe est devenu quelque chose d'extrêmement important qui s'applique un peu à tout, repris par tout le monde et c'est d'ailleurs pour ça que je n'aime plus ce mot "luxe", il faudrait un autre mot. Après les horlogers, les bijoutiers qui ont été les premiers, il y a eu l'arrivée de la mode et des accessoires qui dépensent énormément d'argent. Lié à tout ça, il faut ajouter une image de luxe extrêmement forte pour ce qui est cosmétiques et jamais on a vu autant de dépenses faites sur les marques du secteur.
Le paysage du luxe a donc complètement changé et il faut s'informer pour être des "trend smellers", sentir et anticiper sur la façon dont ça va bouger.
L'Asie et la Chine en particulier brulent très vite. La Chine était il y a dix ans comme un phoque qui sort de la glace après l'hiver dans l'antarctique alors qu'aujourd'hui, on commence à voir des gens qui sont moins intéressés par les marques ou les logos, qui ont trop de boutiques ; pas tout le monde bien sûr et il reste un milliard 300 millions personnes qui rêvent encore mais on voit tout de même que ça va très vite. Je donne toujours l'exemple des malls : il y a dix ans, les marques pleuraient pour avoir un espace dans un mall décent ? aujourd'hui les malls pleurent pour avoir les marques. Le qualitatif va changer ainsi qu'un tas d'autres choses : il faut être à l'écoute de ce qui se passe dans le monde en général et en particulier sur l'Asie parce que c'est un révélateur extrêmement important. Il ne faut pas oublier que la Chine est le premier marché du luxe aujourd'hui, à l'intérieur et à l'extérieur. 53% des gens qui ont acheté en dehors de Chine l'année dernière sont encore venus à Hong Kong, 26% des gens qui vont en Corée sont des chinois pour dépenser de l'argent ; ils commencent aussi à aller en Europe, aux Etats-Unis, en Amérique du sud, on les voit partout. Ce sont des gens qui sont passés, c'est un cliché mais c'est vrai, de l'âge de pierre à Internet.

Si "luxe & retail" ne sont pas de bons mots? qu'est ce qui serait mieux approprié ?
Le luxe aujourd'hui, c'est devenu un mot générique et je fais toujours un distinguo entre le luxe éphémère et le luxe qui va rester. Ma montre ne va pas baisser de prix, elle ne va que prendre de la valeur alors qu'une robe ou un costume, la saison d'après c'est large, c'est grand, c'est petit, ils vont être vendus en soldes ? un parfum, un champagne ont aussi une image de luxe mais quand la bouteille est vide on va la jeter ? il existe donc différents types de luxe, celui de consommation rapide et celui de pérennité.
Et puis il y a du luxe autre, par exemple pour moi, être seul sur une plage déserte c'est aussi du luxe. On peut se rappeler d'une publicité pour vendre l'Espace, une voiture familiale par excellence qui disait "le luxe c'est l'Espace", c'est un jeu de mot mais je pense qu'il faudrait utiliser des mots plus justes comme "exclusivité". Dès que les gens arrivent à une certaine maturité de consommation, ceux qui ont un certain niveau de pouvoir d'achat, vont vers du "pour soi", "de la qualité" en cherchant autre chose qu'un logo ou une image de marque.

Il reste donc de la place sur ce marché du luxe, pas seulement pour des marques établies ?
Absolument, la vie est un éternel recommencement, pour reprendre l'exemple des grands groupes horlogers suisses, quand ils ont commencé à verticaliser la production, tout le monde a dit "c'est fini, il n'y a plus de petites marques" ? en réalité, il n'y a jamais eu autant de petites marques qu'en ce moment parce que quand vous essayez de consolider quelque chose vous laissez des vides et les autres entrent dedans.
Il y a donc toujours de la place pour tout le monde à condition de bien faire, de bien travailler et c'est de plus en plus difficile parce qu'il faut le faire d'une autre manière. Les petites marques horlogères pour rester sur cet exemple ont du mal à trouver de la distribution et c'est une autre approche à développer parce que les grands groupes les écrasent notamment.

Quelle importance doit être accordée à ce comité "luxe & retail" ?
La Chine et Greater China représentent le premier marché au monde du luxe et ce comité est extrêmement important au sein de la chambre. On ne peut pas vivre à Hong Kong et ignorer ce qu'est le luxe. On ne peut pas passer dans un shopping mall ou dans la rue et l'ignorer, il y a une présence du luxe qui est "anormale" parce qu'il y a pratiquement plus de boutiques de grandes marques ici que dans n'importe quelle capitale au monde. Cette présence du luxe est vraie à Hong Kong mais c'est la même chose en Chine où chaque grand shopping mall a une boutique Cartier, une boutique Vuitton, une boutique Gucci ? et tout ça fonctionne.

Et sur cette part, que représente encore celle des Français ?
On a une image très forte de la France, de l'Italie et de la Suisse aussi, même si beaucoup de marques n'appartiennent plus aux drapeaux, les marques d'histoire restent extrêmement importantes. L'image de la France reste très forte dans le luxe, le raffinement, la nourriture, même si elle est écornée par certaines images et les requêtes du gouvernement chinois qui demande au gouvernement français de mieux protéger les touristes chinois ?


Propos recueillis par Sophie Mabru (www.lepetitjournal.com/hong-kong) lundi 27 mai 2013

Crédit photo : Francis Gouten

Prochain événement du comité luxe :
The Bling Dynasty, The growing Chinese influence on Asian luxury markets
Présenté par Erwan Rambourg
Petit Déjeuner
Mardi 11 juin 2013 de 8h30 à 10h
Bankers Club, 43/F Gloucester Tower, 16 Des Voeux Road Central
Tarif membres: HKD250 - Tarif non-membres: HKD400
Inscriptions et details sur le site de la FCCIHK ICI

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lpj 20
Publié le 26 mai 2013, mis à jour le 27 mai 2013
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