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Et de trois! Hong Kong -critiqué- interdit une nouvelle candidature

Par Marc Schildt | Publié le 01/02/2018 à 19:34 | Mis à jour le 02/02/2018 à 01:05
Photo : Demosisto.Agnes Chow
Agnes Chow. Photo- Demosisto.Agnes Chow

La campagne électorale n’est pas ouverte à tout le monde, surtout pas aux indépendantistes, ni aux "localistes"! Voilà en substance ce que les autorités hongkongaises affirment et ce qui suscite la condamnation formelle de l’Union Européenne et de plusieurs autres pays.    

Trois candidats viennent d’être interdits coup sur coup dans les élections législatives partielles du 11 mars qui visent à remplacer quatre des six députés pro-démocrates destitués en 2016 par Pékin.

Samedi 27 janvier, Agnes Chow, une célèbre activiste pro-démocrate de 21 ans, s’est vue refuser sa candidature. C'était la première. Mercredi 31, c’est au tour de Ventus Lau Wing-hong, un jeune député localiste. Dernier rebondissement en date, le localiste James Chan subit le même sort hier au soir.

Dans les trois cas, la raison avancée par les autorités hongkongaises est la même: le fait de défendre l’indépendance de la ville de Hong Kong est "contraire avec [son] statut légal et constitutionnel", or un élu doit respecter la Basic Law (ie. la mini-constitution de Hong Kong qui fixe ce statut).

Cette récente interprétation est loin de faire l’unanimité chez les juristes, son application dans les cas présents non plus. Les trois candidats expliquent ne pas prôner l’indépendance. Agnes Chow et son parti Demosisto appellent à "l’auto-détermination" et à l’organisation d’un référendum sur l'avenir du territoire après 2047. Les deux localistes quant à eux expliquaient avoir abandonné leur référence au projet d’indépendance. 

Mais, les autorités n’ont pas cette vision. Ils estiment que l’autodétermination implique de poser la question de l’indépendance et que les localistes ne font pas preuve de sincérité lorsqu’ils disent avoir abandonné ce projet. 

Interrogée sur sa disqualification, Agnes Chow a pu dire que l’objectif de Pékin est de "disqualifier les opposants et les purger jusqu’à ce qu’ils soient maudits. Il ne s’agit pas de l’État de droit, mais de la loi du gouvernement de Pékin" (propos rapportés par le South China Morning Post).

 

James Chan disqualifié
Ventus Lau Wing-hong (gauche) et James Chan

 

Des protestations restées lettre morte

Dès le premier rejet, près de 2.000 personnes se sont rassemblées pour protester devant le siège du gouvernement, dimanche 28 janvier. 

Les avocats du groupe Progressive Lawyers ont par la suite exprimé leur "profonde déception". Pour eux, la décision a "non seulement privé injustement un candidat du droit constitutionnel à se présenter aux élections", mais a aussi "limité le droit du public de Hong Kong à voter pour son candidat préféré".

À l’étranger, le militant britannique Benedict Rogers énonçait: "La disqualification de Chow est un autre exemple de l'érosion de la liberté d'expression et des droits politiques du peuple de Hong Kong".

Dans un communiqué, publié lundi 29 janvier, l'Union européenne a critiqué la décision du gouvernement de Hong Kong.

Sa porte-parole pour les affaires étrangères, Maja Kocijancic a déclaré que cette décision "risque de ternir la réputation internationale de Hong Kong comme société libre et ouverte". 

"La protection des droits civiques et politiques à Hong Kong est une partie essentielle de la mise en œuvre du principe 'Un pays, deux systèmes' que soutient l'Union européenne" a t’elle ajouté.

"Empêcher les candidats de se présenter aux élections en raison de leurs convictions politiques est en contradiction avec le droit reconnu par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que Hong Kong garantie, de se présenter aux élections sans restriction déraisonnable".

Le geste est un peu moins solennel pour les Etats-Unis, un représentant du consulat des Etats-Unis a déclaré que "les Etats-Unis soutiennent la liberté d'expression et croient que les sociétés sont mieux servies lorsque diverses opinions politiques peuvent être exprimées."

Lors du second refus, le consulat du Canada publiait mercredi 31 sur sa page Facebook: "Le Canada est préoccupé par le fait que l'interdiction de se présenter aux élections pour des convictions politiques est incompatible avec les normes démocratiques faisant partie du système de Hong Kong."

Ces avertissements ont rapidement été repoussés par la cheffe de l’exécutif. Elle conteste toute implication de Pékin et rappelle qu’il s’agit de la simple application de la loi. "Ces accusations et allégations de pression de la part du régime chinois sont absolument infondées, s’est défendue Carrie Lam. Les directeurs du scrutin à Hong Kong ont agi conformément à la loi". 

En outre, le gouvernement soulignait que les "organisations et personnalités politiques étrangères" ne doivent pas interférer "sous quelque forme que ce soit, dans les affaires internes" de Hong Kong. La même position était adoptée par le ministère des affaires étrangères en Chine.

 

Marc Schildt Hong Kong lepetitjournal

Marc Schildt

En charge de l'édition de Hong Kong du site lepetitjournal.com
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