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SAI YING PUN à l'heure du changement

Écrit par Lepetitjournal Hong Kong
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 11 avril 2015

 

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30 ans après la création de la Island Line en mai 1985, Sai Ying Pun accueille enfin depuis le dimanche 29 mars sa station de MTR tant attendue. Chance ou malédiction pour ce petit quartier résidentiel coincé entre Sheung Wan et Kennedy Town qui a su jusqu'ici préserver ses traditions séculaires.

Le "camp militaire de l'Ouest"

En 1840, dès les débuts de la colonisation, Sai Ying Pun est réquisitionné comme base militaire. Les soldats de Sa Majesté peu habitués à l'humidité et à la chaleur y vivent dans des conditions difficiles. Moustiques et malaria sont en effet le lot quotidien des Chinois et des premiers colons installés sur l'île britannique. Deux vagues d'épidémies, la variole en 1888 et la peste bubonique en 1894 éloignent définitivement de Sai Ying Pun les riches Anglais qui lui préfèrent les Mid-levels.

Le camp militaire et les épidémies nécessitent rapidement la construction d'hôpitaux. D'où la présence aujourd'hui encore dans le quartier de plusieurs établissements historiques, comme l'infirmerie de l'Hôpital Civil, ouverte en 1892 (située aujourd'hui sur la High Street), ou la maternité Tsan Yuk, construite en 1922. Après la Seconde Guerre Mondiale, l'infirmerie est transformée en asile psychiatrique, jusqu'à sa fermeture en 1971. Le bâtiment victorien, qui surplombe le Mémorial George V, reste ensuite abandonné pendant presque trente ans. Les locaux le disent d'ailleurs hanté. Rebaptisé Sai Ying Pun Community Complex, il accueille de nos jours de nombreuses associations caritatives.

Un quartier en mutation

Aujourd'hui, l'ouverture d'une station de métro au c?ur même du quartier donne une nouvelle attractivité à Sai Ying Pun. La jeunesse locale et expatriée se retrouve sur High street et First street pour une vie nocturne trépidante. Un coin que certains se plaisent déjà à nommer le nouveau SoHo. Mais cette connexion au reste de l'île risque aussi de changer résolument l'atmosphère d'un quartier qui, selon Lau Kwok Kai, directeur de la Conservancy Association Centre for Heritage (CACHe), a "encore du caractère et une identité culturelle hongkongaise propre".

Depuis quelques années en effet, les échoppes centenaires ferment les unes après les autres, laissant la place à des franchises et restaurants internationaux ou bien à des hôtels et des résidences chic. High Street a ainsi changé de visage en seulement 3 ans. En cause, la flambée des prix de l'immobilier. Impossible, sourit tristement Mr Lau Kwok Kai, "d'augmenter un congee proportionnellement à la hausse des prix, de près de 50%". Dans la mesure où aucune politique gouvernementale n'est mise en place pour les protéger ces petites échoppes n'ont d'autre alternative que de laisser péricliter leurs commerces et de vendre au plus offrant.

Lau Kwok Kai énumère les récentes fermetures : magasin de riz, garages, boutiques de poisson séché, et même une institution du quartier, un petit restaurant à congee justement. Au total, ce ne sont pas moins de 20 à 30 boutiques qui ont mis en quelques années la clé sous la porte. Pour le directeur de CACHe, la disparition de ces enseignes traditionnelles est une "catastrophe", car selon lui leur fonction principale va bien au-delà d'une relation transactionnelle. « Ce sont avant tout des lieux de réunion, de petits centres communautaires. Les magasins ont pignon sur rue, les clients s'asseyent, discutent avec le vendeur : la relation est avant tout humaine", rappelle-t-il.

Résultat : une communauté fragilisée, et des perspectives bien pessimistes. Car si Hong Kong se modernise, les locaux ont souvent le sentiment que ce développement se fait au détriment de la population. Pour Lau Kwok Kai, c'est la preuve de la "gentrification" qui est en marche: ce néologisme emprunté à la sociologue Ruth Glass souligne la boboïsation massive des quartiers populaires de Hong Kong, qui change en profondeur leurs composantes économiques et sociales. "Sai Ying Pun risque de voir disparaître tous ses vieux bâtiments, ses compétences et ses commerces s'il n'y a aucun effort concret pour préserver son héritage", soupire le vieil homme. Cinq immeubles de caractère sont d'ailleurs actuellement en instance de destruction, sur la Western street.

La reprise du flambeau

Mais si la flambée des prix est la principale responsable de cette brutale transformation du paysage urbain, elle n'est pas seule en cause. Beaucoup de jeunes refusent aussi de reprendre les enseignes familiales. Pourquoi ? Il y a bien sûr les conditions de travail difficiles et les horaires contraignants, mais il y a aussi pour ces jeunes la perspective alléchante d'une vente lucrative.

Pourtant, si les nouvelles générations sont souvent enclines à abandonner les logements anciens dans lesquels elles ont grandi, les jeunes Hongkongais ne tournent cependant pas tous le dos à leurs racines : certains souhaitent assurer une pérennité au "vieux Hong Kong".

Sur la Des Voeux road West, qu'on surnommait autrefois le « salted fish market » en raison des nombreuses boutiques de poisson séché qui s'y succédaient, on ne trouve plus guère aujourd'hui que quelques commerces de "dried seafood". Monsieur Choi est le gérant du grossiste Yuen Chuen Dried Seafood et il est fier de voir son frère et son fils reprendre l'entreprise. "Les jeunes générations qui reprennent le commerce des anciens seront un pilier pour la préservation de l'unique senteur de la rue, de son histoire et de sa culture", déclare-t-il solennel. Point de survie des savoir-faire et des traditions sans une reprise de flambeau.

Il y a seulement 30 ans, Centre Street grouillait de ces marchés de rue et de ces restaurants rudimentaires, les dai pai dongs. Aujourd'hui, les étals se sont déplacés vers les nouvelles halles couvertes. Et rien dans la rue ne rappelle ce que fut ce quartier. Rien d'autre qu'un escalator qui relie High Street à Bonham road. Qu'à cela ne tienne, les résidents redonnent un coup de frais à la vie communautaire. Des festivals ont ainsi vu le jour ainsi que des concours de dessin, ou encore des séances de cinéma de plein air pendant la Fête de la Lune, comme ce fut le cas en 2013. Car si les traditions de Sai Ying Pun sont menacées par la boboïsation à l'oeuvre, sa communauté locale milite pour la préservation de ce "vrai quartier hongkongais".

Estelle Tchernychev (www.lepetitjournal.com/hong-kong) vendredi 10 avril 2015

Crédits photos Wikimedia Commons, Estelle Tchernychev

Bonnes adresses:

- Association CACHe
Pour en en savoir un peu plus sur le quartier et plus généralement sur Hong Kong et ses traditions. En avril, exposition temporaire sur le tram de Hong Kong.
Annex Building, Block A, 36A Western street. Tél. : 2291 0238
Du mardi au samedi 10h/18h.

- Tuck Chong Sum Kee Bamboo Steamer Company
Une des dernières entreprises familiales confectionnant à la main ces traditionnels paniers vapeur en bambou.
12, Western street. Sai Ying Pun.

- Spicebox organics
Des herbes et épices aromatiques bio. Prix un peu plus élevés que la moyenne mais la qualité est au rendez-vous.
72, Third street.

- Grassroots pantry
LE restaurant végétarien à la mode à Sai Ying Pun. Carte raffinée, terrasse.
12, Fuk Sau Lane. Tél. : 2873 3353
Fermé le lundi

- Yuan is Here
Petit resto Taïwanais. Une enseigne qui ne paye pas de mine, mais la file de clients en dit long sur la qualité !
Cuisine authentique.
73 Third street. Sai Ying Pun

Les adresses françaises de Sai Ying Pun:

-La Rôtisserie 
Poulets fermiers importés de France. 
G/F, 71, Third Street.
Tous les jours de 10:00 à 21:00
 
-Le Metropolitan
Cuisine française, nombreux choix de plats traditionnels et raffinés, mais aussi des assiettes de charcuterie à partager entre amis. Belle carte des vins.
46, High Street.
Tous les jours de 9:00 à 23:00.

 

lpj 20
Publié le 8 avril 2015, mis à jour le 11 avril 2015
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