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Chu Hing Wah ou l’émerveillement du monde

Par Gérard Henry | Publié le 09/01/2018 à 19:29 | Mis à jour le 09/01/2018 à 20:30
Photo : CHU Hing Wah - On the Beach, 1992 - Courtesy of the Artist and Hanart TZ Gallery
CHU Hing Wah On the Beach, 1992

Commencer cette nouvelle année par la vision d’une exposition qui vous enchante le cœur et les yeux ne peut être un meilleur départ pour 2018. 

Chu Hing-wah, né en 1935 dans le sud de la Chine est l’un des artistes les plus originaux de Hong Kong. Autodidacte, Chu Hing Wah a créé à l’encre de couleur et au pinceau un monde qui peut paraître au premier coup d’œil naïf et enchanteur, mais qui va bien au-delà et qui pénètre profondément au cœur de la condition humaine.

Chu Hing Wah est de ces peintres dont l’œuvre parle instantanément à tous les sens, emplit tout l’espace. La forme existe, elle est “naïve” et figurative au premier coup d’œil mais elle s’oublie devant la couleur. Des couleurs d’une grande beauté: des bruns, des verts, des bleus sombres presque noirs qui semblent appartenir à la nuit et dont il possède une palette infinie il y croît des arbres aux rameaux terminés par de grosses fleurs d’un blanc pur, avec devant, l’ombre noire d’un homme comme figé par tant de beauté.

Il est facile de répertorier les éléments des peintures de Chu : l’homme, le ciel, la terre, le gratte-ciel, l’arbre et la fleur. Ils suffisent à faire un monde. Son style fait toute la force de ses œuvres. Il montre seulement l’essentiel : l’eau, les arbres, quelques immeubles et l’homme, petit personnage qui fait partie de ce décor. Tout est dit : la nature, la ville, l’homme. L’atmosphère, l’espace, la pensée s’expriment par les couleurs : des bruns, bleus, verts, gris qu’il utilise en larges aplats. Ses personnages sont souvent statiques, mais absorbés par une occupation : la conversation, la marche, la promenade, la contemplation, le silence ou le rêve, mais rarement dans le travail. 

La première chose qui frappe les sens dans ses paysages, ses portraits de gens et de villes est une sorte de sombre luminosité qui accentue les contrastes et découpe sur fond de nuit un monde dont la réalité est essentiellement intérieure. Il utilise des encres mates aux tons sombres et profonds qui, en pénétrant le papier, s’obscurcissent, nous donnant cette impression que le monde est baigné d’une ombre perpétuelle.

 

CHU Hing Wah - Lovely Cool Water, 2017 - Courtesy of the Artist and Hanart TZ Gallery
CHU Hing Wah - Lovely Cool Water, 2017 - Courtesy of the Artist and Hanart TZ Gallery

 

L’homme dans sa solitude

Que ce soit dans ses premières œuvres inspirées par l’univers psychiatrique où il a longtemps travaillé, ou dans les plus récentes moins oppressantes et pour certaines mêmes bucoliques, l’un des thèmes qui ressort toujours de l’œuvre de Chu est celui d’une extrême solitude. Cette impression se confirme dans ses grands portraits en pied, où le personnage se tient debout, de face, exposé dans une lumière crue où il apparaît dans une violente nudité intérieure. Il ne montre aucune prétention à paraître, bien au contraire, les bras lui pendent le long du corps comme inutiles, sans occupation possible. Même dans ses dernières peintures, où Chu fait une incursion dans un univers plus abstrait, cette impression demeure. Une partie de son œuvre décrit l’isolement de l’homme dans la ville, l’aliénation mentale dans les hôpitaux psychiatriques dans lesquels il a travaillé toute sa vie à Londres et à Hong Kong comme infirmier.

Dans ses portraits de groupe, les individus eux-mêmes sont rarement en conversation, chacun restant isolé dans un mutisme total. L’humanité de Chu est une humanité errante, perdue dans la cité, même quand elle semble s’occuper à des activités ordinaires telles qu’arranger des fleurs. Il semble que le monde est trop grand pour l’homme, que toute activité est un simple prétexte pour garder une attitude face à un sentiment d’absurdité profond, un peu comme s’il avait été déposé dans le paysage pour faire simple effet de décoration.

Dans la campagne ou contre un univers de gratte-ciel jetés sur un ciel noir, l’homme y est seul. Et s’il était dans ses premières peintures presque invisible, à demi évanoui sur un fond de parc ou de mur comme un bas-relief liquéfié, donnant cette impression qu’il avait perdu tout sens d’identité propre, dans les dernières toiles il est toujours présent, mais seulement comme une ombre noire, comme une silhouette à peine esquissée.

Ce monde que l’on pourrait considérer comme désespéré est cependant tout illuminé 

Chu Hing Wah nous transmet avec naturel et simplicité son émerveillement pour la beauté du monde On ressent que cet artiste éprouve une profonde sympathie pour l’homme souvent très petit et perdu dans ses encres et en cet univers parfois alienant Chu Hing Wah est un sage qui sait où se trouve l’essentiel.

 

Love in Despair 1994
CHU Hing Wah - Love in Despair 1994 - Courtesy of the Artist and Hanart TZ Gallery

 

Exposition : Living in Compassion
The Art of Chu Hing Wah
3 – 20 January 2018
Adresse: Hanart TZ Gallery, 401 Pedder Building, 12 Pedder Street, Central, Hong Kong

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Gérard Henry

Gérard Henry

Ecrivain, journaliste et critique d’art, Gérard Henry est l’auteur de nombreux catalogues d’artistes, des Chroniques hongkongaises (Editions ZOE/2008) et de Hong Kong dans la tourmente, (essai, Editions Hermann/ 2010)
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