Le Vietnam attire de nombreux capitaux étrangers, mais ce n’est plus le nombre qui compte désormais : c’est la qualité. Avec la Résolution 10-NQ/TW, adoptée en juin 2026 par le Bureau politique, le pays ouvre une nouvelle étape de sa stratégie d’attraction des investissements directs étrangers (IDE). Après près de quarante ans d’ouverture économique, l’objectif est dorénavant d’attirer des projets plus innovants, à plus forte valeur ajoutée et capables d’accompagner la montée en gamme de l’économie vietnamienne. Le Vietnam entend ainsi privilégier les investissements qui favorisent le transfert de technologies, l'innovation et le développement des compétences locales.


Des investissements records, mais un changement de cap
Sur les sept premiers mois de 2026, le Vietnam a enregistré plus de 38 milliards de dollars d'IDE, en hausse de près de 58 % par rapport à la même période de l'année précédente. Derrière cette performance se dessine toutefois une évolution significative : le nombre de nouveaux projets n'a progressé que de 7,8 %, tandis que les capitaux engagés ont plus que doublé pour dépasser 21 milliards de dollars.
Autrement dit, les investisseurs privilégient des projets plus importants et à plus forte composante technologique. L'industrie manufacturière et de transformation reste le principal moteur, avec 18,68 milliards de dollars de capitaux enregistrés. Les semi-conducteurs, l'électronique ou encore les infrastructures énergétiques figurent parmi les secteurs les plus dynamiques. À Hai Phong, LG Innotek construit ainsi sa première usine de semi-conducteurs hors de Corée du Sud, pour un investissement d'un milliard de dollars.
Les décaissements atteignent quant à eux 15,2 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis cinq ans, preuve que les projets annoncés se concrétisent sur le terrain.
Du volume à la valeur : le nouveau pari du Vietnam
Pendant longtemps, le succès de la politique vietnamienne en matière d'IDE s'est mesuré au volume des capitaux investis et au nombre de projets attirés. La Résolution 10 fait évoluer cette approche. Désormais, les autorités mettent davantage l'accent sur la qualité des investissements : transfert de technologies, développement de la recherche et développement (R&D), création d'emplois qualifiés et meilleure intégration des entreprises vietnamiennes dans les chaînes de valeur mondiales.
Cette évolution intervient dans un contexte où les incitations fiscales traditionnelles perdent progressivement de leur efficacité avec la mise en œuvre de l'impôt minimum mondial de 15 %, porté par l'OCDE. Selon Richard Barnsley, directeur de la division Banques mondiales chez HSBC Vietnam, les investisseurs accordent aujourd'hui une importance croissante à la stabilité institutionnelle, à la qualité des infrastructures, à la disponibilité des talents et à la prévisibilité réglementaire.
Les objectifs fixés pour la période 2025-2030 illustrent cette ambition : attirer entre 200 et 300 milliards de dollars de nouveaux IDE, intégrer 10 000 entreprises vietnamiennes aux chaînes d'approvisionnement de groupes étrangers et convaincre au moins trois grands groupes technologiques mondiaux d'installer au Vietnam un siège régional ou un centre de recherche et développement. Les secteurs prioritaires comprennent notamment les semi-conducteurs, l'intelligence artificielle, les biotechnologies, les centres de données, les technologies numériques et les énergies vertes.
Au-delà des montants investis, la Résolution 10 vise également à créer un véritable écosystème autour des IDE, en renforçant les liens entre investisseurs étrangers, entreprises vietnamiennes, universités et centres de recherche. L'objectif est que ces investissements contribuent davantage au développement des capacités technologiques et industrielles nationales.
Les défis de la montée en gamme
Cette ambition s'accompagne de plusieurs défis. Les analystes soulignent notamment la faible proportion d'entreprises privées vietnamiennes réellement intégrées aux chaînes de valeur mondiales, ainsi que le besoin de former davantage de chercheurs, d'ingénieurs et de techniciens qualifiés pour soutenir le développement des secteurs de pointe.
Pour Tran Anh Tung, de l'Université d'économie et de finance de Hô Chi Minh-Ville, le succès de la Résolution 10 se mesurera moins à la taille des investissements qu'à leurs effets d'entraînement sur l'économie : développement de fournisseurs locaux, diffusion des technologies, innovation et montée en compétences de la main-d'œuvre.
En parallèle, le Vietnam poursuit ses efforts pour moderniser ses infrastructures, renforcer son approvisionnement énergétique et améliorer son environnement des affaires afin de consolider son attractivité.
Une stratégie pour les vingt prochaines années
Le secteur à capitaux étrangers représente déjà près des trois quarts des exportations vietnamiennes. L'enjeu n'est donc plus seulement d'attirer davantage d'investissements, mais de maximiser leur contribution au développement économique du pays.
Dans un contexte de réorganisation des chaînes d'approvisionnement mondiales, le Vietnam entend tirer parti de son attractivité pour franchir une nouvelle étape. La Résolution 10 illustre cette ambition : faire du pays non plus seulement une plateforme de production compétitive, mais un acteur régional de l'innovation, capable de créer un écosystème où investisseurs étrangers et entreprises vietnamiennes progressent ensemble.
Cette évolution traduit une transformation plus profonde de la stratégie de développement du Vietnam. Après une première phase marquée par l’ouverture aux capitaux étrangers, le Vietnam entend désormais faire des IDE un levier pour renforcer durablement sa compétitivité, son tissu industriel et sa capacité d’innovation.
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