L'essor du commerce en ligne et des réseaux de distribution au Vietnam s’accompagne d’un défi majeur pour les autorités : endiguer la prolifération des produits contrefaits. Aujourd’hui, les contrefaçons touchent aussi bien le prêt-à-porter que les produits technologiques ou cosmétiques. Pour faire face à ce défi de taille, les autorités vietnamiennes agissent à la fois directement sur le terrain, mais aussi via plusieurs lois afin d’éliminer ces fraudes et de protéger les droits des créateurs.


La contrefaçon, un défi économique et sanitaire majeur
La contrefaçon consiste à copier, fabriquer ou vendre un produit en utilisant illégalement la marque ou le modèle d’un autre, sans en avoir l’autorisation. Au-delà de la simple imitation, c’est une violation des droits de propriété intellectuelle. Aujourd’hui, ce phénomène ne touche plus seulement le secteur du luxe, mais s’est étendu à des produits de consommation courante : des vêtements, produits agricoles, technologiques et cosmétiques.
Ce trafic représente un danger à plusieurs niveaux. Pour les entreprises et pour l’État, il entraîne des pertes financières. Pour les consommateurs, la contrefaçon est un risque direct pour leur santé, notamment lorsqu’elle touche aux produits cosmétiques.
Renforcement des contrôles sur le terrain
Le renforcement de la lutte contre les marchandises frauduleuses s’est accéléré à partir de 2024, sous l'impulsion du Comité directeur 389, dédié à la lutte contre la contrebande et la contrefaçon. Les bilans de cette période illustrent la prise de conscience des autorités, puisque au cours du mois de mai 2024, les forces de l’ordre ont traité de 1 438 cas de violation de la propriété intellectuelle. Cette accélération a permis de mettre en place une vigilance accrue, encore en œuvre aujourd’hui.
La fermeté des sanctions financières et juridiques appliquées par le ministère des Sciences et des Technologies a permis de mettre fin à certains réseaux de contrefaçon. En effet, les procédures de 2024 avaient débouché sur plus de 12,6 milliards de dôngs d'amendes et le transfert de 28 dossiers “graves” vers des poursuites pénales, pour une valeur de marchandises saisies s’élevant à 35,7 milliards de dongs. Cette politique très ferme a donc permis de cibler à la fois les petits vendeurs, mais aussi les grands centres de stockage.
Cette mobilisation nationale s’appuie sur des actions menées dans plusieurs provinces du pays. À Thanh Hoa, par exemple, les autorités ont changé de stratégie entre 2022 et 2024, puisque au lieu de multiplier les petits contrôles, elles ont ciblé directement les grossistes. Les saisies réalisées montrent que la contrefaçon touche tous les secteurs, allant des faux engrais qui pénalisent les agriculteurs, jusqu'au faux bijoux ou vêtements de marques.
Les nouveaux défis du commerce en ligne
Le principal défi réside désormais dans la maîtrise du commerce en ligne, dont le marché de détail au Vietnam a franchi le cap des 25 milliards de dollars après une croissance annuelle de 25 %. Cette dématérialisation offre aux fraudeurs un terrain d’action idéal puisqu’il leur permet de rester anonymes. Les réseaux sociaux et les plateformes de live-stream (diffusion en direct) sont devenus les espaces privilégiés pour vendre des produits d'hygiène et de cosmétiques contrefaits, tout en échappant aux contrôles traditionnels des autorités.
Pour contrer ces fraudes en ligne, le cadre légal a dû s’adapter. Le ministère des Sciences et des Technologies a initié de nombreuses réformes, notamment concernant la possibilité de bloquer ou de suspendre les adresses Internet des sites web frauduleux. Cette nouvelle procédure s’est avérée être indispensable afin de neutraliser certains sites en infraction, en particulier ceux enregistrés à l’étranger qui ne possèdent aucune structure physique ou représentant légal sur le territoire vietnamien.
La lutte contre la contrefaçon est encore plus urgente pour les secteurs de la santé et de la beauté, car les cosmétiques contrefaits mettent directement en danger la peau et la santé des consommateurs. Lors d’un grand rassemblement de ce secteur à Hanoï, les experts ont rappelé que l’État ne peut pas agir seul s'il veut éradiquer ces pratiques. Les entreprises et les plateformes d’e-commerce sont aujourd’hui contraintes d’intégrer des technologies de traçabilité numériques avancées pour garantir l’origine des produits, protéger les consommateurs et sauvegarder l’économie légale.
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