Face à la croissance rapide de la métropole, à la surcharge des hôpitaux du centre et aux besoins changeants d'une population vieillissante, Hô Chi Minh-Ville entreprend une transformation de son système de santé. Cette réorganisation repose sur deux grandes idées : un “modèle multipolaire” visant à déconcentrer l'offre de soins spécialisés, et un “système de santé à plusieurs niveaux” qui assure une prise en charge continue et adaptée à chaque patient. L’objectif final est de rapprocher les services de santé des citoyens et donc de les rendre plus accessibles.


Une stratégie construite autour de plusieurs pôles
L’impulsion de cette transformation est née du constat qu’une grande partie des ressources médicales sont concentrées dans le centre-ville. Toutefois, cette situation rend l'accès aux services de santé inégal. En effet, l’allongement des distances, les embouteillages et la saturation des grands hôpitaux centraux rendaient l'accès aux soins compliqué pour les personnes vivant dans les périphéries.
Pour résoudre ce problème, le professeur Tang Chi Thuong, directeur du Département municipal de la Santé, propose de mettre en place un nouveau modèle qui consiste à créer plusieurs pôles médicaux répartis dans toute la ville. L'objectif n'est pas de construire partout les mêmes hôpitaux, mais de créer des pôles médicaux différents, chacun avec ses propres spécialités, et qui travaillent ensemble pour soigner les patients.
Ainsi, le ministère de la Santé prévoit six pôles : un au centre, un au nord (Binh Duong), un à l'est (Thu Duc), un au sud-est (Ba Ria-Vung Tau), un au sud-ouest (Binh Chanh et Can Gio) et un à l'ouest (Cu Chi et Hoc Mon). Chaque pôle doit être en mesure de fournir des soins de base essentiels (urgences, soins intensifs, chirurgie, obstétrique,...) tout en se développant dans des domaines spécifiques comme la cardiologie.
Ce projet s'accompagne d’une modernisation de plusieurs hôpitaux régionaux comme celui de Thu Duc ou de Cu Chi, afin d’en faire des centres régionaux capables de limiter les transferts vers les hôpitaux centraux.
Une prise en charge en plusieurs étapes pour un suivi continu
En parallèle, ce modèle de pôles est complété par une organisation des soins en trois niveaux. L’objectif est d’assurer un “parcours de soins continu et gradué” pour chaque patient. Cela s’explique à la fois par le fait que le Vietnam connaît un fort vieillissement de sa population et une augmentation des cas de maladies chroniques. Avec ses 169 hôpitaux et plus de 13 000 établissements de santé, la ville possède déjà le réseau le plus vaste du pays. Mais face à ces nouveaux défis, ce réseau doit désormais évoluer pour devenir plus unifié.
Ce modèle s’articule autour de trois piliers. Le premier concerne les soins primaires. Ils sont assurés par les postes de santé et les médecins de famille. Leur rôle est la prévention, la vaccination, les bilans de santé et le suivi des maladies chroniques. L'objectif est de garder les gens en bonne santé et d'éviter les hospitalisations inutiles. Un vaste programme de bilans de santé pour tous les habitants est d'ailleurs en cours.
Le deuxième niveau concerne les soins hospitaliers de base. Ils sont pris en charge par les hôpitaux généraux de secteur. Ils traitent la plupart des problèmes médicaux habituels : urgences, chirurgie simple, accouchements … Renforcer ces hôpitaux permet de désengorger les grands établissements et de rapprocher les soins des habitants.
Enfin, le troisième niveau est celui des hôpitaux spécialisés. Ils s'occupent des cas les plus complexes, font de la recherche, forment les médecins et aident les autres hôpitaux à monter en compétences.
Le numérique au service du système de santé
La réussite de cette double transformation repose sur une interconnexion entre tous les acteurs du système de santé. Les différents pôles doivent être intégrés dans un réseau unifié. De même, la continuité des soins entre les trois niveaux est essentielle.
Pour garantir cette cohésion, les autorités misent sur la transformation numérique. Les dossiers médicaux électroniques, les bases de données partagées et les consultations à distance permettent de fluidifier les soins. Les informations sur un patient circulent également d'un hôpital à l'autre, ce qui évite les examens inutiles et accélère les diagnostics.
L'objectif final, selon le professeur Tang Chi Thuong, est de construire un système de santé “sans murs”, où la distance n'est plus un obstacle pour accéder à des soins.
Sur le même sujet







