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Congrès nationaux du Parti communiste vietnamien: 90 ans d’Histoire… chapitre 2

Au début des années 1980, le Vietnam sort victorieux de la guerre mais exsangue sur le plan économique. Isolé sur la scène internationale, confronté à de lourdes difficultés internes et à l’effritement de ses soutiens traditionnels, le Parti communiste vietnamien se retrouve face à un choix décisif : persister dans le dogme ou engager une profonde remise en question. C’est lors de ses congrès nationaux, et à l’approche du XIVᵉ congrès qui se tiendra en janvier 2026 à Hanoï, que ce débat stratégique va prendre toute son ampleur. Des congrès de 1982 à celui de 1996, cette période charnière voit le Parti reconnaître ses échecs, lancer le Đổi Mới et poser les bases d’un modèle inédit, « l’économie de marché à orientation socialiste », qui transformera durablement le pays.

Congrès nationaux du Parti communiste vietnamien: 90 ans d’Histoire… chapitre 2Congrès nationaux du Parti communiste vietnamien: 90 ans d’Histoire… chapitre 2
Ouverture du XIIIe Congrès national du Parti, le 26 janvier à Hanoï

Le Petit Journal vous propose, à travers cette série intitulée « Congrès nationaux du Parti communiste vietnamien : 90 ans d’Histoire… », de retracer l’évolution du Parti communiste vietnamien depuis ses débuts clandestins jusqu’à son rôle central dans le Vietnam contemporain. Le premier chapitre revient sur les grandes étapes de cette trajectoire politique, des « années héroïques » de la lutte révolutionnaire aux congrès de l’après-guerre, du Renouveau à l’affirmation d’un Parti aujourd’hui au faîte de sa puissance.

Chapitre 2 - l’après-guerre et le Renouveau

1982 - les années difficiles

1982. Le Vietnam est un pays décimé par trente ans de guerre, un pays où tout ou presque est à reconstruire. Mais l’embargo décrété par les Etats-Unis pèse lourd sur l’économie vietnamienne. Quant au bloc soviétique, sur lequel le pays prend appui, il commence à se fissurer, en ce début des années 1980…

Il n’en demeure pas moins que le Parti communiste vietnamien tient son Congrès national en mars 1982 à Hanoï, avec 1 033 délégués réunis pour l’occasion (le Parti compte alors 1.727.000 membres).

Le traditionnel rapport politique qui est soumis au Congrès fait état de difficultés inhérentes à « l’édification du socialisme », pour reprendre la formule consacrée. Une bureaucratie omniprésente, un appareil administratifs trop pesant : tels sont les problèmes qui sont pointés du doigt. Des problèmes qui n’empêchent pas le Parti de réaffirmer la pertinence de la voie révolutionnaire socialiste définie par le IVe Congrès (1976, donc) et de préparer un nouveau plan quinquennal qui s’inscrit dans cette logique.

 

Timbre-poste édité à l’occasion du congrès de 1982
Timbre-poste édité à l’occasion du congrès de 1982

 

Le Comité central qui est élu à l’occasion de ce Congrès de 1982 comprend 116 membres. Le Duan est réélu Secrétaire général et le restera jusqu'à son décès, le 10 juillet 1986. C’est alors Truong Chinh, qui avait été Premier secrétaire entre 1951 et 1960, qui lui succède. 

1986 - le Renouveau

1986. Le bloc soviétique est au bord de l’implosion. En U.R.S.S, dont il a pris les rênes en 1985, Mikhaïl Gorbatchev entreprend de grandes réformes économiques : c’est la Perestroïka. Il en va de même en République populaire de Chine, où Deng Xiaoping engage lui aussi le pays sur la voie de la réforme, en n’hésitant pas à reprendre à son compte un certain nombre de principes de l’économie de marché. 

Le Vietnam, lui, n’a pas d’autre choix que de suivre cet élan réformateur : c’est une question de survie… Aussi va-t-il, à l’occasion du Congrès de 1986, lancer le « Doi Moi » (« renouveau », en français) qui est une sorte de « Perestroïka à la vietnamienne ». 

Les 1 129 délégués réunis à Hanoï entre le 15 et le 18 décembre 1986 (le parti compte alors 1.900.000 membres) se retrouvent en effet face à une situation pour le moins critique. Production au ralenti, exploitation insuffisante des ressources du pays, déséquilibres économiques patents, croissance faible… Il est devenu parfaitement clair que l’objectif fixé en 1982, qui consistait pour l’essentiel à stabiliser la situation socio-économique, n’a pas été atteint et que le dogmatisme ambiant qui gangrène alors le Parti est en grande partie responsable de cette faillite. 

 

Le 6e Congrès
Le 6e Congrès


Aussi est-il décidé de « regarder la vérité en face » et d’en tirer les conséquences… Et c’est à partir de cette autocritique sans concession que le Parti va engager le Vietnam sur la voie d’un renouveau global. L’accent est mis sur la réforme des politiques économiques et le maintien de la stabilité sociale. Les forces de production sont libérées et à partir de là, le pays va commencer à sortir la tête de l’eau.  

Une économie marchande, gérée par l’Etat, va progressivement prendre forme, ce sera « l’économie de marché à orientation socialiste », qui aujourd’hui encore, est officiellement en vigueur dans le pays. 

C’est Nguyen Van Linh qui est l’architecte de ce Renouveau, et qui logiquement, est élu Secrétaire général à l’issue de ce VIe Congrès, congrès qui marque un tournant historique, pour le Vietnam, et pas seulement sur le plan économique. On va en effet assister à une véritable ouverture sur le monde et à une intégration de plus en plus marquée du pays à la communauté internationale.  

 

Nguyen van Linh
Nguyen van Linh

 


1991 - Socialisme et Renouveau

1991 restera dans les annales comme étant l’année de la dissolution de l’Union soviétique et de la fin du pacte de Varsovie. Si l’Europe semble ainsi avoir tourné le dos au communisme (le mur de Berlin est tombé fin 1989), le Vietnam, lui, reste fidèle à la voie qu’il s’est tracée, c'est-à-dire à l’édification du socialisme.

Les réformes entreprises cinq ans plus tôt ont commencé à donner leurs fruits et l’orientation choisie, « l’économie de marché à orientation socialiste », est confirmée par les 1 176 déléguées (pour les 2.155.022 membres que compte alors le Parti) qui se réunissent fin juin à Hanoï. 

« Poursuivre l’oeuvre du Renouveau et faire avancer le pays vers le socialisme ». Le mot d’ordre de ce VIIe Congrès résume à lui seul les aspiration de ce Vietnam du début des années 1990 : des réformes économiques, oui, mais dans un climat de stabilité politique…

Le programme qui est adopté à cette occasion rappelle d’ailleurs que la société vietnamienne est une société « appartenant aux travailleurs », une société à l’économie « hautement développée, dont les principaux moyens de production relèvent du domaine public », une société « dotée d’une culture avancée, imprégnée d’identité nationale », une société « dans laquelle les gens sont libérées de l’oppression, de l’exploitation et de l’injustice », une société « dont les différentes composantes ethniques sont égales et unies », une société, enfin, « soucieuse d’établir et de maintenir des liens amicaux avec le monde entier ».  

Il est en outre rappelé avec fermeté que le marxisme-léninisme et la pensée de Ho Chi Minh constituent les bases idéologiques du Parti communiste vietnamien. 

C’est Do Muoi qui est élu Secrétaire général à l’issue de ce VIIe Congrès, dont le grand fait marquant restera tout de même la confirmation de la ligne adoptée en 1986. 

 

Do Muoi
Do Muoi

 


1996 - Modernisation et industrialisation

Le rythme quinquennal étant définitivement instauré, c’est en juin 1996 qu’a lieu le VIIIe Congrès national du Parti communiste vietnamien. 

Les cinq années qui se sont écoulées ont été marquées par des avancées significatives, pour le Vietnam, qui non content de progresser de plus en plus vite sur le plan économique, commence à s’ouvrir à l’international. Témoin la normalisation officielle des relations diplomatiques avec les Etats-Unis, qui a eu lieu en 1995, soit 20 ans après la fin de la guerre : qui l’eût cru, au début des années 1980 ? 

 

Le 8e Congrès
Le 8e Congrès


Pour le Parti, il est en tout cas clair que la machine du progrès est lancée et que rien ne saurait l’arrêter, et c’est durant ce Congrès de 1996 que les notions d’industrialisation et de modernisation commencent à façonner les discours. Maintenant que le pays a renoué avec la croissance (une moyenne annuelle de 7%...), il doit aller de l’avant, et à marche forcée s’il le faut…  

Le Comité central qui sort de ce VIIIe Congres est singulièrement étoffé puisqu’il comprend 170 membres. Do Muoi est réélu Secrétaire général, mais il démissionnera en décembre 1997 et sera alors remplacé par Le Kha Phieu. 

 

Le Kha Phieu
Le Kha Phieu

 

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