Lors d’une conférence organisée le 1er avril par la Dutch Business Association Vietnam, en partenariat avec le Consulat général des Pays-Bas, deux experts sont intervenus pour décrypter les mutations en cours en Asie du Sud-Est. Samuel Pursch, directeur et responsable régional de la pratique énergétique au Vietnam, et Hans Vriens, associé gérant basé à Singapour, ont dressé un état des lieux du contexte géopolitique actuel et de ses répercussions sur la région.


Des dynamiques d’investissement contrastées en ASEAN
Hans Vriens a commencé par souligner l’hétérogénéité des flux d’investissements au sein de l’ASEAN. Certains pays tirent clairement leur épingle du jeu. La Malaisie, par exemple, attire des investissements directs étrangers (IDE) diversifiés et en forte croissance, tandis que Singapour reste la première destination de capitaux dans la région. Les deux pays se retrouvent néanmoins en concurrence directe, notamment en raison d’un différentiel de coûts significatif, la Malaisie offrant des conditions bien plus compétitives.
Le Vietnam, de son côté, continue d’enregistrer des niveaux d’IDE particulièrement élevés, notamment dans les secteurs de l’industrie et de la construction. À l’inverse, la Thaïlande traverse une période plus difficile, marquée par une instabilité politique persistante et une forte vulnérabilité énergétique, qui a déjà entraîné une hausse notable des prix de l’énergie.
Un choc géopolitique aux répercussions durables
Le déclenchement de la guerre en Iran a profondément bouleversé les équilibres énergétiques mondiaux. La péninsule arabique, principal fournisseur de pétrole pour l’Asie du Sud-Est, fait désormais face à des difficultés d’approvisionnement. Selon Hans Vriens, le conflit pourrait s’inscrire dans la durée, sans garantie de stabilisation, même en cas d’issue favorable pour les États-Unis.
Dans ce contexte, les pays de l’ASEAN sont contraints de repenser leurs stratégies énergétiques. Le Vietnam figure parmi les économies les plus exposées à ces bouleversements.
Vietnam : entre vulnérabilité énergétique et ajustements rapides
Samuel Pursch a mis en lumière la principale faiblesse du Vietnam : sa forte dépendance aux importations de pétrole, essentiellement en provenance du Moyen-Orient. Une dépendance qui contraste avec une stabilité politique jugée supérieure à celle de certains voisins, comme la Thaïlande.
Face à la crise, les prix du carburant ont fortement fluctué, avec une hausse initiale de 52 %, avant de se stabiliser autour de 30 %. Dans un premier temps, les autorités ont mobilisé le fonds de stabilisation des prix du pétrole, sans succès durable. C’est finalement la réduction des taxes environnementales sur l’essence qui a permis de contenir l’inflation.
Si le gouvernement se montre relativement confiant à court terme, notamment jusqu’à fin avril, les perspectives pour les mois de mai et juin restent incertaines. Dans ce contexte, la Chine s’impose progressivement comme un partenaire énergétique clé, multipliant les initiatives diplomatiques pour renforcer sa position dans la région.
Le secteur aérien apparaît d’ailleurs comme l’un des plus fragilisés, certaines compagnies ayant déjà dû réduire leur nombre de vols.
Par ailleurs, la hausse des coûts du diesel fait peser un risque direct sur le secteur de la construction, pilier de la croissance économique vietnamienne aux côtés de l’industrie. Une pression prolongée sur les prix pourrait conduire à la suspension de nombreux projets d’infrastructure.
Un nouveau gouvernement face aux défis économiques
Au-delà des enjeux énergétiques, les intervenants ont également évoqué les récentes évolutions politiques au Vietnam. La nouvelle Assemblée nationale se distingue par un renouvellement générationnel marqué : une majorité de ses membres est née après 1970, avec une exposition moindre à l’influence soviétique et une ouverture plus affirmée à l’international.
Le profil des décideurs évolue également. Les technocrates (avocats, médecins, hauts fonctionnaires ou encore acteurs du secteur privé) occupent désormais une place plus importante, au détriment des figures historiques du parti. Une transformation qui pourrait favoriser une gestion plus pragmatique des défis économiques.
Le nouveau paysage politique s’articule autour de figures clés pour le mandat 2026-2031. Tô Lâm, secrétaire général du Parti, a récemment été élu président, consolidant ainsi son influence. Si la fonction reste en grande partie honorifique, elle conserve une forte portée symbolique et diplomatique.
Le Premier ministre, Lê Minh Hưng, incarne également cette nouvelle génération. Formé au Japon et influencé par une approche économique plus libérale, il a notamment dirigé la Banque centrale entre 2016 et 2020.
Samuel Pursch a toutefois mis en garde contre un possible excès de volontarisme économique. Selon lui, la priorité donnée à un objectif de croissance de 10 % pourrait accentuer les pressions inflationnistes dans un contexte déjà fragilisé par les tensions énergétiques mondiales.
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