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LILIANE PIERRE PAUL - Une journaliste sans concession

Par Lepetitjournal Haiti | Publié le 08/02/2016 à 23:31 | Mis à jour le 03/02/2016 à 11:23

 

En tant que journaliste de la station Radio Haïti Inter  dans les années 1980, Liliane Pierre-Paul s'est faite une réputation comme l'un des critiques les plus virulents du régime Duvalier.

A cause de ses reportages radiophoniques l'entrée des édifices publics lui était interdite, et a même été emprisonné pour ses opinions sur le gouvernement, mais elle a toujours refusé de se taire.

Ses efforts inlassables pour dénoncer les problèmes sociaux et l'injustice dans son pays l'ont forcée à prendre un exil de six ans au Venezuela et à Curaçao. Pendant ce temps, deux de ses frères furent emprisonnés, et elle-même devait faire face à de nombreuses menaces de mort. Même après son retour dans son pays natal, elle fut de nouveau contrainte à prendre le maquis parce qu'elle était sur une liste noire.


La station Haiti Inter et elle étaient engagés dans une lutte pour la démocratie et contre le fascisme.Après avoir reçu son prix, elle put  fonder une nouvelle station, Radio Kiskeya et elle y servit comme vice-présidente et directrice de programmation.

« Les élites de l'époque me méprisaient et me considéraient comme étant de très faible niveau , elles ne tenaient pas compte de ce que je faisais parce que je ne parlais pas et n'écrivait pas en français. Elles ne me considéraient même pas comme une journaliste et pas comme quelqu'un sur qui elles pouvaient compter. Mais cela a changé après que j'ai remporté le prix Courage en journalisme de l'IWMF ».

« Enfin je devenais une vraie journaliste à leurs yeux et ceci grâce a ce prix. Elles se sont rendues compte de qui j'étais vraiment et de ce que je faisais. Et d'un coup, elles ont découvert mon travail ».

Le Prix Courage en Journalisme était plus que la reconnaissance professionnelle de Liliane, c'était la validation de sa stratégie de la radiodiffusion en créole dont le but était d'atteindre la grande majorité des Haïtiens.

Même avant le Prix Courage, Liliane n'a jamais douté de la sagesse de son choix. «J'ai appris le français à l'école, mais le créole est la langue du pays, et je savais que beaucoup de gens ne savaient pas le français et je me suis toujours dit que je ferais une émission de radio en créole afin d'atteindre la grande majorité. »

Liliane Pierre-Paul estimait que son insistance pour faire de la radiodiffusion en créole servirait de carburant au gouvernement pour  provoquer des changements de base. Elle voulait aider à initier un « mouvement révolutionnaire » qui conduirait à éclairer les citoyens illettrés. Son but était de fournir au peuple haïtien les informations sur ce qui se passait non pas seulement en Haïti, mais ailleurs dans le monde. Comme les nouvelles lui étaient fournies dans sa langue, le peuple était informé, même s'il ne pouvait ni lire ni écrire à cette époque.

Cette philosophie des médias avait également fait de Liliane une cible de plusieurs gouvernements haïtiens qui se sont succédé au pouvoir.
Elle était un critique virulent des régimes Duvalier et a également fait face à de nombreuses menaces de mort pendant cette époque, mais aussi la pression s'est intensifiée sous le régime de Jean-Bertrand Aristide. Deux journalistes ont été assassinés et jusqu'à 30 ont du fuir à l'étranger dans les trois ans après les élections contestées de 2000

Juste avant qu'Aristide prit ses fonctions en Janvier 2001, elle critiquait à la radio le «parlement contestée »  qui avait été mal élu après les élections législatives de Juillet 2000. Cela lui valut de recevoir encore des menaces de mort. Avec Liliane, l'éditeur du quotidien Le Nouvelliste et 100 autres Haïtiens furent accusés par des groupes proches de Fanmi Lavalas (parti du président Aristide) de former un gouvernement  « officieux » en opposition au gouvernement. Un bidon d'essence avait même  été lancé dans la cour de Radio Kiskeya la nuit de ces accusations, mais heureusement n'a pas pris feu.

Liliane reçut d'autres menaces de mort en 2003, quand elle reçu une cartouche de 12 mm avec une lettre exigeant qu'elle lise une déclaration en onde chaque jour appelant la France à payer à Haïti 21,7 milliards de dollars pour rembourser la somme que Haïti avait payé à la France en 1838 en échange de la reconnaissance de son indépendance. Pierre-Paul a dû suspendre temporairement les émissions lorsque la station fut menacée.

Elle a participé à la fondation de  l'Association nationale des Médias Haïtiens (ANMH) qui dit-elle «favorise le pluralisme, la démocratie et la liberté de la presse et dont l'objectif est « d'essayer de protéger les médias indépendants,  Nous sommes un pays qui manque de structures institutionnelles de sorte que nous devons surveiller et veiller à la stabilité des médias » dit-elle.

En plus des politiciens, Liliane devait se méfier des trafiquants de drogue et des «gens qui essayaient par tous les moyens de voler l'argent de la population haïtienne ». « Ils ne voulaient pas d'une presse libre, ce qui rendait la situation difficile ».

Elle n'a jamais eu de problème pour trouver des annonceurs, son auditoire étant si grand. Ainsi put-elle parler en toute indépendance. A cette époque, il n'y avait pas d'agences de presse locales. « Quand je marche dans la rue, les gens m'abordent  en me faisant part de ce qu'ils entendent.  Donc, je savais que les gens écoutaient et que ce que je faisais avait une influence sur ce qu'ils pensaient. » 

Liliane a mis les programmes de Radio Kiskeya sur l'Internet et elle prévoit encore plus de programmes en coopération avec les autres membres de l'association des journalistes.

Elle a également changé sa définition de courage «qui sert à se battre contre la dictature», mais aussi à « consolider la démocratie et à poursuivre la lutte pour que Haïti puisse sortir de la pauvreté, cette extrême pauvreté qui tue son peuple ».

« Nous sommes fatigués d'être remémorer à longueur de journée, par la presse internationale, d'être le pays le plus pauvre des Amériques. Haïti a été l'une des premières nations indépendantes et la situation misérable dans laquelle elle se trouve est tout simplement inacceptable ».

« Beaucoup ne voient pas d'espoir pour Haïti», dit-elle, « mais nous devons continuer  le combat. On le doit à notre pays. »

INTERNATIONAL WOMEN'S MEDIA FOUNDATION.

(www.lepetitjournal.com/haiti) mardi 9 février 2016 

 

 

« Il est une chose pour nous tous qui sommes basés aux États-Unis, qui avons le Premier Amendement de la Constitution pour nous protéger. Oui, il est dangereux quand nous faisons nos reportages à l'étranger, mais nous pouvons toujours nous en aller. Les femmes que nous honorons avec ce prix ne possèdent pas ce luxe. Nous les voyons comme des héroïnes, mais elles ne le sont certainement pas dans leur propre pays, et elles n'y aspirent pas non plus à l'être ».

Christiane Amanpour, IWMF Board of Directors.

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