Lundi 20 septembre 2021

Le street art, mouvement planétaire et contesté tapisse Francfort

Par Caroline Rayner | Publié le 03/01/2021 à 06:00 | Mis à jour le 03/01/2021 à 06:00
Photo : © Caroline Rayner pour lepetitjournal.com Allemagne
street art Francfort

Certains imaginent que le street art couvre des façades de tags lugubres, faits illégalement, sans réelle signification. C’est pourtant un réel mouvement artistique à part entière, avec une histoire et une culture riches. Sa particularité : puisqu’il se trouve dans la rue, il est visible de tous, contrairement aux œuvres d’art conservées dans les musées. Le street art revêt par ailleurs bien souvent une dimension politique et permet de dénoncer des phénomènes de société. C’est un mouvement singulier, mais souvent incompris.

 

Le street art à Francfort

Le mouvement du street art n’a pas laissé la ville de Francfort indifférente. On peut en effet en trouver un peu partout, notamment dans les quartiers de Bockenheim, Bornheim et Sachsenhausen qui abrite un nombre important d’œuvres de street art, de magnifiques fresques colorées sur des murs de maisons, certaines sur le thème de Francfort.
 

street art Francfort

 

Comme dans toutes les villes, les street artistes ont eu un long combat avant que leur art soit réellement reconnu en tant que tel et différencié des vulgaires tags. Certaines œuvres de street art sont même devenues des réelles attractions dans la ville, comme l’immense peinture murale, dans la Miquelallee.

street art Francfort

 

C’est dans le quartier de Sachsenhausen que nous avons rencontré le street artiste, Philipp Munzinger en plein travail, bombe aérosol à la main : « Cela fait maintenant plus de 25 ans que je suis dans le milieu du street art. J’ai commencé à en faire quand j’étais adolescent, et j’ai tout de suite adoré l’aspect esthétique. En ce moment, je fais des peintures murales pendant mon temps libre. Je reçois des demandes de la ville de Francfort ou de particuliers qui veulent des peintures spécifiques. Ici, par exemple, c’est un particulier qui voulait que je fasse une peinture sur le thème de la faune et la flore sous-marine.»

 

street art Francfort
Philipp Munzinger © C. Rayner pour lepetitjournal.com Allemagne

Dans le quartier de Westend, près du Grüneburgweg, les fans de foot n’ont qu’à bien se tenir : une énorme coupe a été peinte à l’arrière d’un bâtiment.

 street art Francfort

Ceci est bien sûr seulement une petite sélection, il en reste plein d’autres à découvrir. Alors enfilez une bonne paire de baskets et partez à la découverte de ce Francfort insolite !

 

Mais au fait, comment le street art est-il né ?

L’histoire du street art remonte en théorie à la Préhistoire, où les hommes s’exprimaient par le biais de fresques murales, représentant le plus souvent des animaux, notamment dans des grottes.

Le street art tel que nous le connaissons aujourd’hui est apparu au milieu du 20ème siècle, plus précisément dans les années 40 où une écriture murale a ébranlé le monde : « Kilroy was here ». Ce message que l’on pouvait retrouver sous forme de graffiti partout dans le monde, sur des murs ou autre mobilier urbain, était devenu un symbole du passage de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée. Les soldats américains, où qu’ils soient, inscrivaient la phrase « Kilroy was here », ainsi qu’un dessin d’un homme qui pointe son long nez derrière un mur. Au fil du temps, ce dessin, à l’origine assez anodin, est devenu une forme de provocation : des rumeurs racontent que l’armée américaine l’a dessiné dans la salle de bain de Staline, pendant la Seconde Guerre mondiale ! Le ton fut donné : le street art est donc extrêmement politique.

 

Un mouvement à l’âme rebelle

Le but des artistes d’art urbain ou street artistes a également toujours été de dénoncer ou au moins de mettre en lumière des thématiques qui ne sont pas forcément abordées dans les médias ou dans la société en général.

En 1949, l’Américain Edward Seymour inventa la peinture en bombe aérosol, ce qui facilita grandement l’expression visuelle sur les murs.

Après la construction du mur de Berlin en 1961, les habitants du côté ouest, avaient le droit de s’en approcher et d’y laisser leurs traces avec des graffitis et autres peintures murales. Ces derniers ont en partie été conservés jusqu’à aujourd’hui et constituent une attraction majeure pour les touristes.
 

street art Francfort
© Pixabay


À partir des années 70, les graffitis deviennent un moyen d’expression courant à New York. Au début, la mode était de simplement inscrire ses initiales, mais au fil du temps, les créations sont devenues de plus en plus élaborées. De nombreux artistes (ou taggeurs, suivant le point de vue), qui travaillent dans l’ombre, faisaient par exemple des graffitis sur des wagons du métro ou des murs. En 1972, l’artiste urbain Hugo Martinez créa l’association « United Graffiti Artists », regroupant les meilleurs street artistes américains. Ceci a constitué un pas en avant pour le monde du street art qui a commencé à être perçu comme réel mouvement artistique.

Les années 80 ont également été extrêmement bénéfiques pour le street art car ce dernier a été associé aux mouvements hip hop et punk. L’esprit rebelle et anticonformiste de l’art urbain s’assimilait très bien à la mentalité de nombreux adaptes de ces genres musicaux.

Cependant, à la fin des années 80, la réputation du street art s’est ternie : ce mouvement hors du commun a commencé a être quasi systématiquement associé au vandalisme, avec la « broken window theory » (théorie de la vitre brisée). Résultat : le street art qui souffrait déjà d’une réputation sulfureuse, fut davantage contesté.

Il a fallu attendre l’arrivée de l’artiste anglais Banksy en 2004 pour que l’opinion publique change d’avis sur le mouvement. Ce dernier, en maniant subtilement l’art de l’anonymat et des dessins artistiquement très réussis et engagés, a fait du street art un mouvement innovateur et activiste.

De nos jours, le street art est une discipline artistique à part entière, avec ses propres codes, rites et techniques. De nombreux street artists comme Banksy sont connus dans le monde entier et ont même des expositions qui leurs sont dédiées comme au « Moco Museum » à Amsterdam.

 

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Caroiline Rayner - stage rédactrice

Caroline Rayner

Franco-germano-anglaise ayant grandi à Francfort, Caroline aime le chant, la musique classique et la lecture. Elle est aussi rédactrice web pour Lepetitjournal.com Allemagne.
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