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EXPATRIATION – Être un ado à l'étranger

Par Lepetitjournal.com International | Publié le 14/11/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/09/2013 à 11:30

Tout laisser pour tout recommencer, ce n'est pas toujours facile quand on est adulte. Alors quand on est adolescent, aller vivre à l'étranger peut être un vrai bouleversement, aux répercussions inattendues et parfois dramatiques. Aux parents d'être particulièrement vigilants


L'adolescence est un passage délicat. Dans ce contexte, un déménagement, qu'il s'agisse d'un départ vers un nouveau pays ou d'un retour dans le pays d'origine, est souvent mal accepté. De petites choses revêtent un caractère insurmontable si elles sont vécues dans un contexte différent. "Je l´ai vécu un peu comme un déchirement, explique Léa, 16 ans. Cela faisait six ans que j´étais en France, j´avais mes repères, ma famille, mes amies et soudainement j'apprenais qu'il me fallait une nouvelle fois déménager". Tous les ados sont attachés à leur cercle d'amis, ils ont les mêmes goûts, ils s'habillent de la même façon, ils écoutent la même musique. Ils ont leurs repères, leurs activités. L'expatriation bouleverse tout cela.

photo @Corbis

Crise identitaire
Difficile pour eux de trouver leur place dans un nouvel environnement et de ne pas passer pour une bête curieuse. Chez l'adolescent, ce problème peut donner lieu à une crise identitaire. Loïc, père de 4 enfants globe-trotters, l'avoue : "Tout n'est pas toujours rose car quitter les ami(e)s, intégrer des écoles aux effectifs réduits ou vivre dans des villes où loisirs et sports ne sont pas aussi nombreux et faciles à pratiquer qu'en Europe, n'est pas toujours évident. Ils peuvent avoir des craintes, légitimes, au départ mais elles s'estompent vite et d'autant plus vite que leur cadre de vie proche (famille, école) est stable, rassurant et équilibré".

Dans la plupart des cas, le jeune et ses parents passeront par des moments pénibles depuis l'annonce du départ jusqu'à l'intégration. L'adolescent devra retrouver une identité au sein d'un groupe, se faire accepter alors qu'il n'est pas encore très sûr de lui. Cette période d'isolement peut être très angoissante. Adrien se souvient n'avoir pas aimé "être forcément un peu en marge des autres (à l'école) qui se connaissaient depuis la maternelle et ce sentiment de devoir toujours être celui qui fait des efforts pour être intégré. Pas facile d'être soi  quand on ne connaît pas très bien la langue". Chloé a eu du mal à trouver sa place en France après 3 années en Asie : "J'étais complètement décalée par rapport aux Français de mon âge. Leurs références cinématographiques ou musicales étaient à mille lieux des miennes. Je ne connaissais pas leur musique, ni leurs codes vestimentaires. La plupart n'étaient pas sortis de la France, même pour les vacances. Moi, j'avais déjà fait 3 fois le tour du Japon, visité la Chine et les îles alentour. C'était difficile de me faire comprendre et aimer. J'étais une extra-terrestre pour eux. Je passais même pour une menteuse lorsque je racontais mes aventures".

Etre à l'écoute
La plupart des ados connaît cette angoisse. Il est nécessaire de savoir écouter et de savoir lever les peurs des enfants, de respecter leur position et leurs émotions. Anne-Sophie, enseignante à Varsovie, estime que les enfants "ont besoin de savoir, de comprendre le pourquoi et le comment du départ". Parler avec eux, prendre des contacts avec d'autres jeunes sur place ou avec le lycée les rassure et les prépare à ce saut dans l'inconnu. Laissez leur le temps de dire au revoir à leurs amis, de passer du temps avec eux et d'organiser des sorties dans les endroits qu'ils aiment.
La fille de Marie, installée à Bangkok depuis trois ans, à eu beaucoup de mal à s'adapter : "je pense que ma fille est une grande nostalgique, elle idéalise la vie qu'elle avait en France avant notre départ. Ses amies et ses grands-parents lui manquent énormément. Face à son mal-être, au bout de 18 mois, nous sommes allés consulter un psychologue, sans elle. Quand elle a constaté que nous ne prenions pas sa souffrance à la légère, la situation s'est nettement améliorée". Difficile pour les adolescents d'admettre que cette expatriation imposée par leurs parents est une opportunité pour découvrir de nouveaux horizons.
Il est donc important de faire comprendre aux adolescents que la continuité en amitié est possible, qu'elle survivra à la distance grâce aux réseaux sociaux et à Skype. Rester en contact avec la vie quotidienne de son pays d'origine, par le biais des médias ou d'Internet permet aussi d'éviter un trop grand dépaysement au retour.

Si les adolescents sont assez âgés, les parents peuvent décider de les placer dans un pensionnat où chez des parents. Claudie Bert, auteur de S'expatrier en famille (1), conseille de laisser les adolescents "dans le pays d'origine; partir avant la fin des études secondaires est une rupture brutale avec leur réseau d'amis, c'est souvent très mal vécu." Une décision pas facile, mais qui permet de ne pas trop bouleverser la vie de l'adolescent, et éventuellement de lui éviter certains traumatismes liés à l'expatriation. Attention toutefois à ceux qui suivent leurs parents : Jeanne, 15 ans, a trouvé difficile l'absence au quotidien de son frère de 18 ans, resté en France.

Ados gâtés pourris ?
Les facilités matérielles de certaines familles expatriées peuvent avoir des effets pervers. "Avant de fréquenter mon école à Hong Kong, je pensais être privilégiée. Mais quand j'ai vu les jeunes avec leurs iPhones, leurs ordinateurs très chers et les chauffeurs qui les amènent à l'école, j'ai compris que je ne faisais pas partie des plus privilégiés", explique Sabrina. Difficile de leur donner alors le bon réflexe de ranger leur chambre ou de mettre le couvert. Difficile parfois aussi de leur faire comprendre la valeur de l'argent. D'autres sont au contraire conscients de leur chance. "Au Ghana, il y a énormément de gens qui n'ont ni maison ni argent. Je suis très reconnaissante d'avoir la situation que j'ai", confie Bella, 19 ans.
L'une des caractéristiques de l'adolescence est de braver des interdits, de prendre des risques. Un environnement privilégié n'exclut pas le danger. A Singapour, où l'adolescent expatrié peut vite tourner en rond, où les sorties sont aisées et le pouvoir d'achat élevé, il est facile pour les jeunes de consommer de l'alcool. Les autorités locales s'en sont inquiétées (voir notre article). Ailleurs, il peut être très facile de se procurer de la drogue, alors même que les lois sont souvent particulièrement répressives. Dans les pays à forte criminalité, ce qui fait le plus défaut, c'est le manque d'autonomie. Au Mexique, difficile de se promener seul :"on ne peut pas sortir sans être surveillés", "il y a plus de libertés en France", disent les ados (voir notre article).


Citoyens du monde
Par delà les difficultés, l'expatriation reste une chance, et beaucoup d'ados en sont conscients. "Je suis heureux de pouvoir déjà, à mon âge, découvrir le monde et rencontrer des gens d'autres cultures", estime Olivier, qui vient des Etats-Unis et déménage en Suisse. Félicie, 19 ans, vit à Reykjavik en Islande : "il n'y a rien de plus enrichissant pour un enfant ou un adolescent que de vivre dans un pays étranger où l'on découvre une autre culture, une autre façon de voir le monde qui nous entoure, d'autre valeurs. J'ai très bien vécu ce déménagement. La langue a été une barrière mais très vite la communication s'est faite. C'était génial. Et maintenant je me sens bien plus chez moi ici qu'en France". Félix a eu "l'impression de vivre plus intensément en changeant de pays, de langues alors que j'aurai pu rester dans le même bahut toute ma scolarité, voir les mêmes gens".
Pour Loïc, "nos enfants, ados ou pas, ont tous très bien vécu ces différentes expériences qui leur ont énormément apporté en termes d'ouverture, de tolérance, de compréhension et d'acceptation de la différence entre autres. Ils nous remercient de leur avoir donné cette chance de vivre de telles expériences. La meilleure preuve? L'exclamation de notre fille, alors âgée de 16 ans, quand nous lui avons appris que nous allions quitter l'Inde et retourner à Madrid: "Mais papa, pourquoi repartir dans un pays que nous connaissons déjà? Pourquoi ne nous emmènes-tu pas là où nous ne sommes jamais allés?" Un conseil? Si vous avez l'opportunité de vivre à l'étranger avec des ados (et des plus jeunes) et si vous, parents, vous sentez suffisamment forts, équilibrés et unis pour vivre ce dépaysement, alors foncez!"
MPP (www.lepetitjournal.com) lundi 15 novembre 2010

(1) Claudie Bert- Village Mondial, Pearson Education France - 2005

À lire:
- Notre article Expats - Les enfants, comment s'adaptent-ils?
- De notre édition du Cambodge : EXPAT ? Ados à l'étranger, la belle vie !
- De notre édition de Cologne : Ados à l'étranger, c'est pas gagné !
- De notre édition de Mexico : ADAPTATION ? Comment les jeunes vivent-ils l'expatriation au Mexique?
- De notre édition de Varsovie. Enfants expatriés, comment s'adpatent-ils?
- De notre édition de Sao Paulo :  Sao Paulo: un défi aussi pour les enfants
- De notre édition de Singapour : Alcool - Boire à l'adolescence, un phénomène pas anodin.
- de notre édition de Turin : Expatriation, la parole aux ados
- de notre édition de Lisbonne : Déménager à l'adolescence

FemmExpat: D'où je viens, qui suis-je, où vais-je ? Les ados et l'expatriation
Les enfants de la troisième culture
Le retour de l'ado en France

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