Dimanche 26 janvier 2020
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Julie Leblan, entrepreneuse de choc du women business club et My List

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 26/10/2019 à 17:05 | Mis à jour le 28/10/2019 à 17:44
lulu Leblan

Julie Leblan, vous ne connaissez peut être pas son nom, mais vous avez certainement vu passer son visage sur les réseaux sociaux : c’est la fondatrice du Women Business Club du French Business Council in Dubai, membre de la FrenchTech, la lauréate en 2016 du prix pour la French Creative Entrepreneur of the Year, et c’est le CEO de la célèbre start-up My List… qu’en revanche - si vous ne connaissez pas - nous vous invitons à découvrir d’urgence : Une idée toute simple menée de main de maître par une entrepreneuse ambitieuse, dédiée autant à son travail qu’à ses enfants, et reconnaissante de n’avoir pas eu à sacrifier au fameux dilemme de tant de femmes Européennes (carrière ou  famille) : le parcours passionnant d’une super-expat en somme !

 

 

Lepetitjournal.com/dubai : Est-ce que vous êtes arrivée à Dubaï avec le projet de MyList dans vos bagages ?

 

Julie Leblan : Pas du tout, cela m’a pris un peu de temps (rire) : Je suis avocate au barreau français et anglais - j’ai les deux formations - et je travaillais dans la finance, dans une banque d’investissement, un poste à haute responsabilité, avec tout ce que cela comporte de défis et de difficultés propres au fait d’être très souvent la seule et unique femme du département… disons des difficultés que j’étais ravie d’affronter jeune femme mais qui à la naissance de mon premier enfant m’ont parues superflues, et surtout le résultat d’une hypocrisie ambiante propre à l’Europe. Moi j’ai toujours tout voulu : à la fois une grande carrière et une grande famille et il est absolument illusoire et ridicule de prétendre, et surtout de faire croire que c’est une chose faisable, atteignable, si on n’est pas aidée. Concrètement mes amies de promo ont forcément renoncé à l’un ou à l’autre, parfois elles ont eu un seul enfant, mais ça s’arrête là. À moins d’avoir la chance immense de vivre dans la proximité immédiate de parents ou grands-parents qui réunissent l’équation parfaite d’être géographiquement voisins, suffisamment jeunes et à la retraite….  En tout cas pour moi c’était une équation insoluble : mes parents travaillaient encore, ni mon mari ni moi ne voulions renoncer à notre carrière ou à notre envie d’une grande famille. C’est ce qui a semé la graine de l’envie d’expatriation, la nécessite de changer de vie complètement pour nous donner une chance de réaliser tous nos rêves en même temps.

 

C’est donc vous qui lancez le projet d’expatriation ?

Disons que c’est moi qui ai dit « stop » la première, après nous nous sommes lancés ensemble. Ce n’est pas une décision facile, il y a toujours quelque chose sur le point d’arriver et « qui va tout changer », mais en fait non, ce n’est pas le prochain poste, ce n’est pas devenir partenaire dans sa boîte, si prestigieuse soit-elle, qui va permettre de changer de vie, au contraire, on n’aura jamais fini… c’est changer de vie qui va nous offrir d’autres opportunités.

 

Comment avez-vous choisi Dubaï ?

Ce n’était pas sur notre liste, mon mari avait travaillé avec l’ Égypte et beaucoup aimé ce pays donc nous commençons par regarder de ce côté-là, mais il reçoit une offre, part sur Dubaï, en 24h il fait 9 entretiens, et en quelques jours la décision est prise, je suis enceinte de six mois de notre deuxième, nous vendons tout ce que nous avons, et je me souviens que nous n’avons trouvé la maison que 3 jours avant mon accouchement ! C’était sportif (rires) mais aussi une page blanche… ce qui n’est pas forcément évident non plus.

 

J’imagine que débarquer à Dubaï avec un tout petit, un nouveau-né, un mari immédiatement engagé, donc ce qui veut dire horaires longs et voyages à la clef,  et vous à la maison dans un premier temps ce n’est pas facile ?

Oui, j’ai eu un an de congé, et quand s’est posé la question de me remettre à travailler j’ai traversé une grosse période de doutes : « ma carrière est foutue, je suis nulle, je ne retrouverai jamais quelque chose pour me remettre en selle » et j’en passe… une remise en question très féminine en fait ! Et c’est mon mari qui m’a aidé à changer de perspective : au lieu de ne penser qu’à redevenir avocate, ce qui depuis ici aurait aussi voulu dire beaucoup de voyages (et avec deux tout petits à la maison ce n’est pas ce que je souhaitais) pourquoi ne pas envisager tout autre chose ? C’est lui qui m’a dit « dans le fond tu as toujours voulue être entrepreneur, pourquoi ne pas essayer maintenant ? » Et voilà, je me dis pourquoi pas ?

 

C’est donc là que démarre l’aventure de MyList ?

Oui, d’un constat tout bête, quand j’arrive a Dubaï il n’y a absolument rien d’existant en terme d’e-commerce, donc ma première idée et d’importer et de lancer ici Ventes Privées, dont j’étais une très bonne cliente en France (rires) mais je me rends très vite compte que pour des questions de logistique c’est impossible, c’est trop tôt en fait : Aramex n’existe pas encore, les noms des rues non plus, on ne se repère qu’aux fameux landmark du coin de la rue pour se faire livrer, et c’est kafkaïen (pour vous comme pour le livreur), comment faire avec au moins 20 rues qui s’appellent toutes « 18th Street » ? (Rires).

 

Qu’est-ce qui vous pousse vers le monde des listes de cadeaux ?

Mon expérience tout bêtement de nouveau ! Je viens d’accoucher - encore ! (rires) et nos amis et nos familles se retrouvent face à un problème insoluble, se faire livrer ici depuis l’Europe coûte en moyenne 50 euros pour le moindre petit paquet, sans garantie qu’il arrive, et l’alternative « bon je te garde le cadeau tu le prendras en France cet été »,  fait que je me retrouve avec des brassières taille naissance lorsque mon nouveau-né taille en fait déjà du 9 mois! Et puis même lorsque le cadeau est encore mettable ou utilisable, l’idée de revenir en voyageant avec les petits plus une énorme valise pleine d’affaires, ce n’est pas du tout pratique… Il nous faut un moyen de pouvoir déposer une liste de cadeaux accessible en ligne, depuis Dubai comme l’Europe, sans livraison intercontinentale…. Et voilà « MyList ».

 

Il y a donc clairement un manque, un besoin que vous identifiez ?

Exactement, et puis je suis arrivée au bon moment : techniquement tout est à faire et concrètement il y a une vraie demande, et une population toujours grandissante qui va alimenter précisément ce type de demande... Les débuts demandent un gros investissement de temps, de travail et aussi la capacité de résoudre un syndrome « de la poule et l’œuf ». C’est-à-dire que pour lancer la machine il me faut des « clients » aux deux extrémités de la chaîne, il me faut un ou deux magasins mais pour convaincre les magasins il me faut des clients… et pour convaincre les clients il me faut des magasins (rires) !

 

Comment se passent vos débuts ?

La première année nous avons eu 14 listes, je peux vous l’avouer : que des copains qui ont signé depuis l’Europe (rires) ! Puis petit à petit nous grandissons, je passe devant le British Business Council pour « pitcher » et j’attire l’attention de business angels, les premiers investisseurs arrivent lorsque je suis… enceinte de 8 mois (rires) ! Heureusement j’ai déjà vécu ça, il faut croire que chacune de mes grossesses correspond à un pic dans ma carrière, je ne sais pas à quoi c’est dû, une sorte de double créativité sans doute (rires), mais donc je suis capable de gérer, même si c’est intense : je reprends le travail ma fille n’a que trois semaines, et du coup - encore une fois, parce que je suis aidée à la maison - je l’emmène partout ou presque avec moi: je me souviens d’avoir négocié (et obtenu) un contrat très important  avec Emaar tout en l’allaitant, même pas en conference call, dans leurs bureaux ! Comme quoi… (rires) A l’époque lorsque nous co-organisons les mariages avec des wedding planners, nous sommes aussi souvent en charge des cadeaux offerts aux invités donc me voilà avec ma puce toujours en porte bébé, à un énorme mariage qui avait lieu à l’Address Downtown, pendant que j’installais les paquets sur les tables… C’est vraiment quelque chose que je veux souligner, je trouve que les femmes de Dubaï  - toutes nationalités confondues - ne sont pas assez conscientes en fait des opportunités que ce pays leur offre, et à quel point il faut vraiment avoir le courage et la ténacité de se lancer, et qu’ici en tant que femme entrepreneur on est soutenues, on bénéficie d’une grande liberté et d’un regard beaucoup plus paritaire et moins réducteur que dans beaucoup de pays Européens...

Julie Leblan

 

Aujourd’hui après toutes ces aventures où en est MyList ?

 

Nous sommes passés par d’autres levées de fond, et nous avons énormément grandi : par exemple en 2015 nous avons augmenté de 300% nos ventes et nous nous sommes aussi beaucoup diversifiés. En réalité nous avons dû développer un certain nombre de technologies et d’outils qui n’existaient pas et résoudre des problèmes que d’autres que nous affrontaient, ce qui en a fait nos clients en « B2B ». Comme des softwares qui gèrent les cadeaux d’entreprises digitalisés, les cartes qui accumulent les points pour lesdits cadeaux etc. Nous nous sommes aussi développés beaucoup à l’étranger, dans la région MENA et jusqu’au Pakistan - qui est un de nos bureaux les plus importants, et, c’est important de le dire : dirigé par une femme. L’Arabie Saoudite aussi, qui représente un potentiel gigantesque avec deux millions de mariages par an !

 

Est-ce que la partie plus « humaine » de vos débuts vous manque, la relation en direct avec la clientèle, la participation aux mariages…?

Dans un monde idéal j’aimerais trouver quelqu’un qui m’aide effectivement avec tout ce qui est plus corporatif… mais pas totalement : le côté justement très « corporatif » me plaît aussi, c’est un monde que je connais bien et dont j’aime les défis. Mais il est vrai que la partie très créative me manque, fatalement cela demande énormément de temps mais c’est ce qui m’a nourrie et inspirée. Par exemple aujourd’hui j’ai une connaissance profonde (et exhaustive !) de tous les rituels de mariages et de toutes les coutumes qui s’y rattachent… J’ai appris énormément, et laissé derrière moi nombre de clichés : savez-vous par exemple que l’immense majorité des mariages de la région (80%) sont des mariages mixtes ?...C’est aussi ce qui m’a permis de faire des rencontres, de m’amuser (j’adorais les « ateliers mariages » que nous organisions) et de lier des amitiés incroyables autant chez les organisatrices de mariage qu’avec cette jeune cliente saoudienne que j’avais rencontré chez elle dans un environnement très traditionnel, et qui est arrivée au RV à Dubaï en tenue très rock et cheveux teints en rouge vif!

 

Cela va bientôt faire dix ans que vous avez posé vos valises à Dubaï : un bilan ? Quel est « votre Dubaï » aujourd’hui ?

Au bout de neuf ans oui j’ai vraiment oublié ce que peuvent être les contraintes entrepreneuriales de l’Europe. Je sais pourquoi je suis partie, et pourquoi je ne suis pas prête de revenir dans l’immédiat. J’ai encore beaucoup de choses à faire ici, mes enfants y sont comme des poissons dans l’eau, et de toutes les façons où que nous allions un jour, je garderai toujours des liens avec Dubaï et lui serai toujours reconnaissante. Justement mon Dubaï c’est cela : cette liberté que la ville m’a offerte, ce côté intensément cosmopolite tout en conservant des dimensions humaines, ce multiculturalisme et multilinguisme, cette chance que l’on a ici nous en tant que femmes entrepreneuses, qu’ont nos enfants qui parlent 3 ou 4 langues sans effort, et qui ont des amis de tous les coins du globe.

 

Abonnez-vous à notre NEWSLETTER gratuite pour ne rien manquer de l’actualité de Dubaï et suivez-nous sur FACEBOOK et INSTAGRAM.

 

Nous vous recommandons

0 Commentaire (s)Réagir

Communauté

EDUCATION

Richard Drew privilégie l’enseignement du français à l'école JBS

Choisir une école et un cursus à Dubaï s’apparente toujours à un casse-tête complexe visant à faire coïncider de nombreux impératifs pédagogiques, scolaires, géographiques, linguistiques, et j’en pass

Expat Mag

CINÉ

Les films en français n’ont pas trouvé leur public en 2019

Faut-il faire des films en anglais pour intéresser le marché international ? C’est en tout cas le constat que l’on peut faire en étudiant les résultats du cinéma français à l’étranger en 2019.