Dimanche 11 avril 2021
Copenhague
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Une comédie romantique danoise pour le samedi soir !

Par Violaine Caminade de Schuytter | Publié le 26/11/2020 à 18:15 | Mis à jour le 18/02/2021 à 14:47
Photo : @ Unsplash
film danois Pierce Brosnan Susanne Bier

À l’heure où le monde entier pleure encore le souvenir de Sean Connery, c’est un autre James Bond que je découvre avec un métro de retard : Pierce Brosnan. Et je l’avoue sans ambages, je suis d’une ignorance crasse dans ce domaine. Non pas que je dédaigne la série des James Bond qui a acquis ses lettres de noblesse depuis belle lurette. Bien évidemment. Mais je n’en suis pas, c’est peu dire, une amatrice éclairée.

 

Love is all you need film Piece Brosnan
Pierce Brosnan dans Love is all you need - capture écran

 

Nous avons vu ce film danois par dépit alors que le reste de la famille ne jurait que par un match de je ne sais quel sport diffusé. Concurrence déloyale ! Autant dire que ce n’était pas le jour de convertir qui que ce soit à l’un de mes réalisateurs de prédilection ! Une soirée imprévue donc m’attend et je me rabats sur un film facile, ce qu’on appelle un « film du samedi soir », au fond de la couette, les yeux mi-clos, une moue de scepticisme affichée, tâchant d’oublier l’excitation ambiante dont je suis exclue. Le hasard me guide dans le dédale des films proposés par Molotov vers ce qu’on appelle une bluette. Le titre du film n’a rien pour plaire et sent le cliché à mille lieux : « Love is all you need » (2012). Le traducteur a vite fait sa besogne mercantile et racoleuse. Mais la paresse m’engourdit et je n’ai pas la force de fuir : va pour une romance. A dose homéopathique, c’est inoffensif et ça ne saurait faire de mal. Je n’ai rien vu de la réalisatrice danoise pourtant connue, Susanne Bier dont le mélodrame précédent « Revenge » avait conquis l’Oscar du meilleur film étranger. Quant à l’actrice danoise de ces deux opus, Trine Dyrholm, j’ai oublié qu’elle jouait dans « Festen », vu il y a trop longtemps.

Petite pause à la mi-temps du match, on me demande ce que je regarde et on écoute à peine la réponse : une « comédie romantique ». Léger étonnement : Ah Bon ? Mais le match n’attend pas et libre à moi de regarder toutes les niaiseries du monde si le coeur gros m’en dit ! Les contradictions de sa femme cinéphile ne sauraient retenir trop longtemps l’attention d’un mari happé par le suspense d’un match en cours.

Pierce Brosnan en prince charmant, soit ! Mais la princesse qu’il vient sauver, sans être vilaine, est un peu quelconque, en apparence du moins, d’une beauté ordinaire, si tant est que l’expression qui n’a rien de péjoratif sous notre plume, veuille dire quelque chose, en tout cas pas tout à fait conforme aux normes hollywoodiennes, réductrices comme l’on sait...Elle est juste assez touchante pour retenir notre attention, à peine « pataude », juste de quoi nous assurer qu’on n’est pas dans un monde complètement artificiel.

La première scène plante le décor : elle est à l’hôpital, son médecin lui propose de faire une reconstruction mammaire. Elle termine un traitement d’un cancer du sein. Elle répond qu’elle n’en a pas besoin. Le docteur suggère que de nombreux couples sont contents d’en bénéficier et demande ce qu’en pense son mari. Mais il l’aime pour elle-même, pour son âme dit-elle, en précisant néanmoins : tant qu’elle lui fait sa mousse au citron une fois par semaine. « Quelle nouille ! » pense le premier spectateur venu. « Je me demande s’il remarquera qu’il en manque un », renchérit-t-elle pour enfoncer le clou de la bêtise (celle du mari ?). Mais le citron est l’indice d’amertume qui nous rappelle que le ver est dans le fruit.

Inutile d’avoir eu soi-même un cancer du sein pour trouver cette exposition efficace et bien menée. On sait illico que le personnage est naïf et va se faire avoir.... Dans un premier temps du moins, qui ne tarde pas à être confirmé par la suite des événements. Elle rentre chez elle et trouve le dit mari en pleins ébats avec une jeune collègue. Le coït interrompu laisse notre héroïne complètement déboussolée.

 

film Danemark All you need is love Trine Dyrholm
L'actrice Trine Dyrholm, capture d'écran du film de love is all you need

 

La première scène qui débouche donc sur ce mauvais vaudeville prévisible était bien sûr ironique. Dans le meilleur des mondes possible, on peut toujours rêver mais ce n’est pas notre monde, qui ne fait pas dans la dentelle et Susanne Bier le sait bien, elle qui apporte un démenti cinglant aux illusions du personnage. Son film romantique n’est pas là que pour divertir mais pour insinuer aussi que le réel peut être amélioré. De son film Les Deux Anglaises et le continent (1971) Tuffaut a écrit : "je crois qu'avec cette oeuvre j'ai désiré presser l'amour comme un citron ». C’est à quoi s’emploie sur le mode utopique, qui va de pair en creux avec la critique du monde réel décevant, cette réalisatrice féministe qui prend ici fait et cause pour une héroïne blessée que le film va cependant nous rendre attachante. Le prince charmant aura donc, rien de moins qu’une plantation de citrons, autant y aller carrément ! L’hyperbole est là pour rappeler que la formule du genre de la comédie, romantique ou pas, procède par exagération. Le jaune explose de vitalité joyeuse mais l’acidité du conte affleure sous l’édulcoration apparente de la cruauté.

Le pré-générique est composé d’un plan d’un immeuble gris dans une cité peu attrayante lorsqu’une pluie d’or le recouvre de haut en bas (vive les effets spéciaux) : ainsi un pacte est fait avec le spectateur ; non pas l’emporter en terrain mièvre mais l’inviter à réinventer la vie, à corriger sa dureté impitoyable par le biais d’un conte non pas à dormir debout mais à réveiller nos consciences. Car le pari que fait la réalisatrice c’est que son spectateur a une âme, ou qu’il va en avoir une par la magie d’un film qui change la boue en or. Ce tour de passe-passe cinématographique qui métamorphose le paysage sinistre en l’embellissant d’une dorure bienvenue joue la carte réflexive non de la manipulation du spectateur mais de son éveil. Il n’est pas pris en traître. Il sait que l’histoire à venir est pure fiction, que toutes les patientes meurtries par un cancer ne trouvent pas le réconfort dans les yeux bleus d’un homme d’affaires imbuvable mais transformé par la rencontre avec la petite coiffeuse en homme sensible. Mais sous couvert de romance, le film invite à la nécessité de composer avec le réel, d’assumer son identité, fût-elle malmenée. Le happy end (qui ne peut qu’avoir lieu dans un pays de soleil pour une réalisatrice danoise, l’Italie en l’occurrence) n’est pas qu’un leurre s’il rime avec acceptation de soi et du moment présent, quelle que soit la forme prise par le diagnostic alors posé. Peu importe que tout le film ne soit pas au diapason qualitatif de la scène inaugurale. Tout le reste est du cinéma....sauf que .....

Ma curiosité est en effet éveillée par ce que je croyais encore n’être qu’un contre-emploi du célèbre espion, pari plutôt culotté de la part de la réalisatrice ; je consulte donc la fiche wikipedia de notre bellâtre. Et je découvre qu’il a perdu sa première femme, une ancienne James Bond girl, Cassandra Harris, d’un cancer des ovaires, avant d’épouser en secondes noces une journaliste Keely Shaye Smith avec qui il semble mener des jours heureux depuis presque vingt ans. On peut penser que l’épreuve traversée de la maladie et de la mort a peut-être permis à notre charmeur d’éviter les déboires de certains acteurs trop exposés à la gloire. Et voilà comment en un tournemain, je suis devenue fan de Pierre Brosnan.

 

Se baigner dans le plus simple appareil, une coutume danoise détournée

Le film joue des caractéristiques danoises et tout en misant sur la diversité des moeurs va insensiblement trouver les points communs, d’abord improbables (le mariage du fils de l’un avec la fille de l’autre) puis plus authentiques : une nudité partagée. L’étranger qu’interprète Pierre Brosnan, n’hésitant pas à déclarer au début du film qu’il hait ce pays, alors qu’il est entouré d’une myriade d’employés munis d’un petit drapeau pour lui fêter son anniversaire au bureau relève de cet attirail pittoresque d’un film danois qui compte bien être exporté hors de ses frontières. Le film comporte cependant une scène surprenante pour un spectateur qui n’aurait pas vécu au Danemark. Les héros sont donc en Italie, à Sorrente. L’héroïne est aperçue du haut d’une falaise par le héros en train de nager, nue, dans la mer. Car il faut être danois pour vouloir à tout prix se baigner nu ! Et ce qui serait incongru aux yeux d’un étranger en plein hiver au Danemark étonne moins dans ce lieu (trop) idyllique. Mais dans ce cadre moins rigoureux, la nudité de l’héroïne échappe à la convention de la scène stéréotypée de la femme sensuelle qui émerge des vagues. Sa nudité particulière consiste bien sûr à n’avoir qu’un seul sein mais la scène escamote pudiquement cet aspect et tandis que Pierce Brosnan se précipite la croyant en difficulté, elle sort sereinement de l’eau en Vénus cabossée se cachant la poitrine à l’instar de la déesse de Botticelli. C’est dire que la réalisatrice délicate convoque la mythologie de façon opportune pour habiller la nudité de son héroïne dont on a - et ce n’est pas le moindre mérite du film - complètement oublié qu’il lui manquait un sein ! La boutade initiale à propos de l’indifférence du mari se révèle donc un défi esthétique et éthique que s’est lancé la cinéaste ! La protagoniste délestée de sa perruque plaide alors pour un sentiment de liberté.

 

Love is All you need
L'actrice tête rasée - Capture d'écran du film Love is all you need

 

Mais l’image donne à voir la vulnérabilité authentique de l’actrice rasée, le fictif se mâtine de réel. Le titre originel du film (Den skaldede frisør c’est-à-dire « la coiffeuse chauve ») est autrement plus original que « Love is all you need ». Le sujet est donc bien « l’amour nu », une fois le prestige social évanoui, celui que confère entre autres l’aura d’un métier, d’autant plus glamour quand il consiste à faire rêver le monde entier. James Bond lui-même est un rôle qui n’est pas immortel mais Pierce Brosnan, dépouillé des oripeaux de son double enjôleur de OO7, reste un bel homme car fragile, donc humain, que cela soit dit.

Le réalisme a plus d’une corde à son arc pour atteindre la justesse et ne saurait se réduire à l’imitation servile du réel. Il faut parfois le décalage ironique du recours au conte de fée moderne, pour soulever la question de la délicatesse et du bonheur en suggérant qu’elle n’est pas qu’un idéal inaccessible. Love is all you need est un feel-good-movie, qui transfigure le sordide en plaisir. L’ambition du propos passe par la modestie de la forme ; il ne cherche pas à contester radicalement le genre de la comédie romantique mais la subvertit pour une bonne cause ; il est utile à sa manière sans bousculer la bienséance ni choquer le spectateur enclin au divertissement : par sa légèreté aimable il contribue à nous faire poser un regard bienveillant sur les séquelles d’un drame à la fois terrible et si banal, le cancer, mais à le faire de façon enjouée, sans s’interdire ni le sourire de la comédie ni le charme du conte qui fait entrer un éléphant hollywoodien dans un magasin de porcelaine.

 

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