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Rencontre avec David Bertolotti, le nouvel ambassadeur de France au Danemark

C’est dans les magnifiques salons du palais Thott, haut lieu de la présence française au Danemark, que nous avons rencontré le nouvel ambassadeur de France, David Bertolotti. À l’heure où les lignes géopolitiques européennes bougent plus vite que jamais - de la sécurité en mer Baltique aux ambitions partagées en matière de transition énergétique -, la voix de la diplomatie française prend une résonance toute particulière entre les deux capitales. Cet échange nous a permis d’en apprendre davantage sur le nouvel ambassadeur, de sa prise de fonction à sa vision qu'il entend porter tout au long de sa mission. Entretien au cœur de la capitale danoise.

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Crédits photo : MEAE
Écrit par Gwladys N'Djem Nadi
Publié le 6 novembre 2026

 

Monsieur l’Ambassadeur, vous avez pris vos fonctions à Copenhague depuis bientôt 2 mois. Quelle est votre première impression du pays ? 

David Bertolotti : Comme vous l'imaginez, c’était mon vœu de venir au Danemark. Je suis reconnaissant au président de la République et au ministre, de m'avoir nommé ici.
J'avais une certaine familiarité avec la Scandinavie puisque j'ai étudié les langues scandinaves quand j'étais étudiant, mais cela faisait très longtemps que je n’avais pas parlé danois. En fait, c'était un peu ma langue d'entrée au ministère des Affaires étrangères, mais après, mon parcours m'a amené vers des sujets et des géographies différents. C'est seulement maintenant que je retrouve le Danemark.
À part Copenhague, je ne connaissais pas le reste du Danemark. Je suis donc très intéressé de découvrir ce pays qui est petit en taille, mais très varié. Chaque île est un peu un univers en soi. Sans compter, bien sûr, le Jutland, où il faut encore que je me rende, ainsi que le Groenland et les îles Féroé.  
Mon impression première porte sur la forme de quiétude que l’on peut ressentir ici et qui est très différente de la vie parisienne. Un rythme différent qui procure une réelle tranquillité au quotidien.

 

Quelles habitudes danoises avez-vous déjà adoptées depuis votre arrivée ?

David Bertolotti : Ce qui fait mon admiration c’est l'extraordinaire organisation cycliste. Je suis cycliste mais à Paris je n’allais que très peu travailler à vélo alors qu’ici, si je ne suis pas pris par le temps, je me déplace à vélo. C'est très agréable.

Les horaires de travail sont eux aussi assez différents. C'est d'ailleurs un peu un défi car je trouve que j'ai des journées très compactes, tout se joue entre 9h et 17h, y compris des événements qui, dans bien d'autres pays, auraient lieu après, parce que ce sont plutôt des événements sociaux.

À Paris, si vous voulez monter une réception, vous le faites vers 18h ou 18h30.
Mais j’ai vite compris que ça n'allait pas marcher au Danemark. De toute façon, mon équipe m'a dit « Monsieur l'ambassadeur, vous n'aurez pas de danois. » Et c'est vrai. Donc il faut s'adapter à ça.

Ça change aussi beaucoup du Moyen-Orient, où j'ai passé pas mal de temps en poste. Là, on vit plutôt la nuit. Vous êtes invité très tard, vous mangez encore plus tard. Il faut être prêt parfois, dans le Golfe, par exemple, à avoir des interlocuteurs quasiment au milieu de la nuit, si c'est le moment auquel ils ont envie de vous voir.

Je retrouve au fond, d'une certaine manière, le plaisir d'avoir des soirées tranquilles. Elles ne sont pas forcément très sociales, mais elles sont tranquilles. Il faut un peu travailler différemment.
Il faut accepter de faire des choses plus publiques dans la journée. Et éventuellement, quand on est ambassadeur, de rattraper des choses, de rattraper ses mails, de faire les travaux de fond, le soir, quand tout est fini, puisqu'on sait qu'on n'a pas trop d'événements. C'est une adaptation.

 

La France et le Danemark partagent une relation européenne très étroite. Quels sont aujourd’hui les plus grands chantiers sur lesquels nos deux pays gagnent le plus à travailler ensemble ?

David Bertolotti : Par rapport à l'époque de ma jeunesse, où je me suis intéressé à la Scandinavie, la perception des pays nordiques par la France et les enjeux liés à la Scandinavie ont beaucoup changé.
La relation entre la France et le Danemark s'inscrit dans le cadre du partenariat stratégique qui a été signé au début 2025 lors de la visite d'État du roi à Paris. C'est un texte qui liste un peu tous les domaines de coopération. 

 

Si je devais résumer d'une phrase mon mandat, c'est d'essayer de bâtir avec le Danemark l'Europe de demain dans tous les domaines.

Que ce soit en termes de défense et de sécurité, de science et de technologie, le Danemark est un partenaire avec lequel on est très aligné, avec qui on partage des objectifs de souveraineté et d'autonomie européenne et avec qui on peut bâtir une Europe innovante. 
Par exemple, en construisant la défense de l'Europe, une défense plus européenne avec des capacités modernisées et avec plus de coopération entre industriels de la défense européens, et notamment franco-danois. 
C'est aussi une Europe de l'innovation dans les champs technologiques de demain, dans le quantique, dans les énergies vertes, dans la capture de carbone, tout ce qui fera la compétitivité de l'Europe de demain. Ce sont des choses qu'on peut vraiment bâtir avec le Danemark comme avec peu d'autres pays en Europe, parce que on a à la fois cette convergence de vues, ces capacités, ce tissu industriel et scientifique innovant.  Bâtir ensemble cette Europe de demain, c'est vraiment la priorité. 

 

David Bertolotti, nouvel ambassadeur de France au Danemark
Crédits photo : MEAE

 

La communauté française au Danemark est elle aussi dynamique et en croissance (étudiants, entrepreneurs, chercheurs).  Comment l’ambassade l'accompagne-t-elle dans ses projets ? 

David Bertolotti : Je pense que l’arrivée d'une nouvelle génération de Français au Danemark est l'illustration du dynamisme de la relation économique actuelle. Bien sûr, ça tient à la qualité de vie perçue au Danemark, mais c'est aussi le reflet de la présence d'un très grand nombre d'entreprises françaises ici, de l'implantation d'un très grand nombre d'entreprises danoises en France, et donc de collaborateurs qui peuvent aussi à un moment de leur carrière aller vers la maison mère au Danemark.

Je pense qu'on peut effectivement chercher à s'appuyer dans le domaine économique sur cette communauté français. Encore une fois, très dynamique, très active, qui est très structurée avec plus d'une douzaine d'associations dans différents domaines. D'une certaine manière, c'est aussi une communauté qui a pris elle-même en main son organisation, ce qui est très bien.

 

Moi, ça m'intéresse d'entendre ce que nos cadres d'entreprise, nos chefs d'entreprise ou même les étudiants et VIA, VIE, ont à dire sur leur vision du pays. Ils participent aussi au rayonnement de la France et peuvent appuyer notre action diplomatique.

 

Aujourd’hui je prends le temps de rencontrer la communauté française lors des différents événements organisés ou accueillis par l’ambassade. On a également une section consulaire très dévouée qui est là pour rendre les services d'État civil, de documents d'identité, dans une plus petite mesure de bourse aussi, par exemple, ou d'aide sociale. Sans oublier les élus des Français de l'étranger qui font eux aussi le lien avec la communauté française.

 

Comment comptez-vous faire rayonner la culture et la langue françaises auprès du public danois, notamment auprès des jeunes générations ? 

David Bertolotti : Je pense qu'on peut faire davantage rayonner le lycée français Prins Henrik, notamment auprès des Danois. Je pense qu'on pourrait avoir plus de Danois au lycée français de Copenhague.
Être au lycée français, c'est être dans un environnement trilingue. C'est vrai qu'on peut être très admiratif du Danemark et des danois pour leur maîtrise de l'anglais, mais les danois pourraient aussi se distinguer par une maîtrise du français. C'est quand même un grand atout dans le monde d'aujourd'hui, professionnellement et culturellement, de maîtriser plus d'une langue étrangère. C'est une grosse richesse.
Et le français, parmi toutes les langues étrangères, est quand même une langue extrêmement utile. 

 

Le Groenland et la région arctique prennent une place stratégique croissante. Quelle est la position diplomatique de la France sur les enjeux régionaux nordiques ? 

David Bertolotti : D'abord, s'agissant de l'Arctique en général, c'est effectivement une région tout à fait stratégique.

Jusqu'aux années récentes, on approchait beaucoup l'Arctique sous l'angle scientifique et environnemental, ce qui reste un élément complètement d'actualité et important, et sur lequel d'ailleurs la France a énormément d'expertise. On a vraiment beaucoup de glaciologues, de spécialistes de l'Arctique, de scientifiques qui se rendent depuis très longtemps au Groenland, ce qui d'ailleurs nous a permis de nouer un lien avec des communautés locales et avec les autorités de ce territoire. Mais c'est vrai que pendant longtemps, on avait cette vision scientifique d'exploration polaire.

Ce qui a changé depuis quelques années, c'est la dimension sécuritaire de l'Atlantique nord en général, et de l'Arctique, avec la perception d'une présence et possiblement d'une menace russe accrue des enjeux liés aussi à la maîtrise de l'espace à travers le domaine polaire, par les infrastructures au sol qu'on peut avoir, mais qui communiquent avec l'espace. Cette dimension sécuritaire s'est accentuée, et nous la reconnaissons pleinement, par exemple, au sein de l'OTAN, ou même par l'Union européenne, qui est en train de développer une nouvelle stratégie arctique.

Pour autant, il ne doit pas y avoir de remise en cause des souverainetés qui s'exercent dans cette zone, et c'est la raison pour laquelle la France a été complètement au côté du Danemark, lorsque les États-Unis ont exprimé des vues sur le Groenland qui n'étaient pas compatibles avec cet exercice de la souveraineté du Danemark, et pas compatibles non plus avec le droit des Groenlandais à disposer de leur avenir. 

Je pense que la France a été vraiment parmi les pays européens les plus en soutien du Danemark et du Groenland à ce moment-là, et moi, depuis deux mois que je suis ici, j'ai vraiment entendu énormément d'interlocuteurs danois remercier la France et les autorités françaises pour le rôle qu'elles ont joué à ce moment-là. Ce soutien a beaucoup compté, ainsi que le soutien des autres pays Européens, bien sûr, et a permis au Danemark et au Groenland d'aborder la négociation avec les États-Unis dans une meilleure position, ce qui a donc abouti à l'accord qui a été signé à New York à la mi-septembre, et qui, je l'espère, comme l'a dit le président de la République, vient apaiser les choses.

 

La France, en tout cas, restera aux côtés du Danemark. Et nous sommes prêts à nous investir aussi au Groenland où nous sommes déjà très investis en termes de sécurité.

Je note que ça n'a pas complètement fait cesser les déclarations américaines sur le Groenland, mais en tout cas, maintenant, il y a un cadre qui est posé. Cet accord a été signé et vient d’être approuvé par le Parlement grœnlandais et doit à présent être approuvé par le Parlement danois. Il faut maintenant qu’il soit respecté et mis en œuvre.

 

Pour finir, quel est le message que vous souhaitez faire passer à la communauté française ? 

David Bertolotti : Comme je vous le disais, on est à son service. C'est la première mission des ambassades, c'est d'être au service de la communauté française.
Et notamment, j'en profite pour le redire, nous avons des échéances nationales et démocratiques très importantes l'année prochaine. 
C'est donc très important aussi que tous les Français du Danemark soient bien inscrits sur la liste électorale consulaire pour qu'ils puissent exercer leur droit de vote et leur prérogative de citoyen ici. Il n’y a plus de date butoir au 31 décembre, mais il y a quand même une date butoir qui est le sixieme week-end au plus tard avant l'élection. Donc il ne faut pas trop tarder.
 

RAPPEL : Vous pouvez vous inscrire sur la liste électorale consulaire jusqu’à 6 semaines avant la date du scrutin. Cette inscription entraîne une radiation automatique de la liste électorale précédente. 
Si vous êtes inscrit au Registre des Français établis hors de France, vous pouvez effectuer, vérifier ou modifier votre inscription sur la liste électorale consulaire directement sur le site 
Service-Public.fr.
Plus d'informations
ici.


Et puis après, je suis très désireux de travailler avec les Français de la communauté au service de nos objectifs, au service de cette préparation de l'Europe de demain, de faire ça en franco-danois, que ça soit la défense et la sécurité, l'énergie, les technologies de frontière comme le quantique ou autre. 

On a beaucoup de talents de part et d'autre. Et je ne prétends pas connaître tout le monde partout au Danemark. Donc s'il y a des gens qui veulent se manifester et dire “là où je suis il se passe des choses très intéressantes”, je serais très heureux d'aller à leur rencontre. 

 

Merci à Monsieur l'Ambassadeur pour cet échange.

Vous pouvez en apprendre plus sur son parcours ici et suivre l'actualité de l'ambassade via les réseaux sociaux : Instagram ou Facebook

 

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