Vendredi 24 septembre 2021
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Géraldine Borderie : "Apprivoiser l'Inde avant de la photographier"

Par Capucine Canonne | Publié le 09/03/2020 à 01:00 | Mis à jour le 21/09/2020 à 12:27
Photo : L'une des photos de l'Exposition "de l'ombre à la lumière" du 9 au 16 mars 2020
géraldine borderie enfants slum chennai

A l’occasion d’une exposition photo à l’Ecole Française de l’American International School of Chennai, nous rencontrons Géraldine Borderie, photographe hors du commun qui nous raconte volontiers son histoire et sa vision de la photo.

Une « street photographer » qui cherche le spontané  

Géraldine est une femme très vivante, voire même pétillante. La photo, elle ne la découvre pas, elle est dedans depuis toute jeune, aimant avoir « des traces de ce que je vis, de mes souvenirs ». Elle nous confie toutefois une vraie rencontre avec la photographie, à Bucarest il y a 5 ans et demi. Suite à une annonce d’un photographe de rue, elle se lance dans un cours de photo. La rencontre est devenue une grande amitié et Géraldine s’éclate, apprend, se perfectionne.

 

géraldine borderie street photo india chennai

 

La street photography, c’est vraiment son truc. « Soit tu t’assois par terre, face à un super spot, et tu attends qu’une personne ou plusieurs personnes s’inscrivent dans ce background et paf, tu captures. Soit tu repères un visage, une dégaine, et tu le lâches plus ! » Pour elle, c’est aussi l’art de se promener doucement et ne jamais regarder immédiatement ses photos pour ne pas perdre des instants. Elle nous raconte aussi que la règle est qu’il y ait toujours quelqu’un sur la photo. Pourquoi ? « Car l’être humain représente une échelle dans une photo. Avoir une personne va montrer la profondeur de la photo, la grandeur du paysage, et cela raconte une histoire. »

« Par exemple, sur cette photo, c’est gris, c’est la rue, c’est le vieux quartier de Bucarest ; Et il y a ce couple-là, mais surtout le regard de cette femme qui les regarde. Elle a un chapelet dans les mains. Est-ce qu’elle prie pour eux ? Est-elle simplement curieuse ? A-t-elle une quelconque jalousie ou nostalgie féminine ? Chacun peut en faire son scénario. »

 

photo géraldine borderie india chennai bucarest

 

A Bucarest, Géraldine commence à avoir des sollicitations, de bouche à oreilles, notamment par les écoles (Lycée Français de Bucarest) à travers de projets d’art d’élèves. Elle partage son expérience de manière ludique, créative, concrète. Elle passe aussi par la photographie de mariage,  la réalisation d’expositions éphémères ou permanentes, des photos de spectacles, de produits, de nus, de campagne politique, d’identité ou de visas, de shootings familiaux. A ce propos, le shooting photo, elle adore car « ce n’est jamais le même shooting ; et même posé, il y a du spontané ». Elle a l’impression de rentrer provisoirement dans l’intimité d’une famille ou d’un couple, d’assister à un moment où les membres se rassemblent vraiment. « Je construis avec les gens, je ne force jamais. » L’occasion pour la rédaction de lui demander si elle réalise des shooting ici à Chennai, « oui bien sûr, contactez-moi !* »

 

Et l’Inde dans tout ça ?

Géraldine est en effet arrivée depuis quelques mois en Inde et elle en a plein les yeux ! Cela circule partout et avoir seulement une ou deux personnes dans son objectif c’est plus compliqué ! « Ici il y a plein de couleurs, plein de mouvements, ce ne sont pas les mêmes réglages à faire ; j’ai besoin d’apprivoiser ce pays, d’apprendre à me fondre dans la masse, que les gens s’habituent à ma présence. Car les Indiens aiment la photo, ils aiment être pris en photo ». L'inconvénient, c’est que Géraldine n’aime pas demander à quelqu’un si elle peut prendre une photo, car elle cherche à prendre « ce regard qui surprend, le « juste avant », le « eye-contact », l’œil qui traverse mais qui ne réalise pas encore qu’il est pris en photo ». C’est d’ailleurs toute la difficulté qu’elle rencontre, ici en Inde ; du fait de la couleur de peau, de ses origines occidentales, les Indiens la regardent déjà, l’observent et elle a du mal à avoir ce fameux « regard qui surprend ».

Géraldine se donne la règle : de ne pas prendre la pauvreté « sauf si l’on veut dire quelque chose, comme cette photo ci-dessous, cette femme qui semble isolée, peut-être est-elle veuve. Qu’est-ce que cette femme raconte de l’Inde ? L’exclusion ? L’extrême pauvreté ? Je veux sublimer les gens, et avec respect. »

 

femme indienne chennai india pauvreté

 

Ainsi, à l’occasion de la journée des droits de la Femme (8 mars), notre pétillante photographe propose une exposition à l’Ecole Française de l’AISC [Mission Laïque Française] à partir d’aujourd’hui, sur le thème de la femme« Je trouve intéressant de prendre la thématique de la Femme, surtout en Inde. Pour moi l’Inde ressemble un peu à une femme indienne, c’est-à-dire un être plein de courage, de surprise, de beauté et de patience. Elle est couverte, pudique, mais elle montre son ventre, ses entrailles [en habit de sari ndlr]. L’exposition s’appelle « de l’Ombre à la Lumière » car j’ai pas mal de photos présentées qui jouent avec la lumière, les contrastes, le noir et blanc, l’extérieur et l’intérieur, les rencontres…Ce sont les femmes au grand jour. »

 

exposition photos femmes chennai india AISC

 

On en dévoile pas plus, rendez-vous à l’exposition photo à la MLF (Mission Laïque Française) de l’AISC (American International School of Chennai) jusqu’au 16 mars.

*Pour plus d’informations ou plus faire connaissance, contactez geraldineborderie@gmail.com

 

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Capucine Canonne

Directrice de la publication et rédactrice en Chef de l’Edition lepetitjournal.com de Chennai. Jeune maman et expatriée en Inde, elle crée l'édition de Chennai en août 2019 ; un prolongement de ses expériences en radio, TV et presse écrite.
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