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ECOLOGIE - Mort du militant Chut Wutty, tué par balles

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Il était l'activiste le plus connu du Royaume, la bête noire des sociétés forestières : Chut Wutty, directeur de Natural Resource Protection Group, a été tué par balle jeudi 26 avril alors qu'il accompagnait des journalistes dans une forêt protégée de la province de Koh Kong. Il y a quelques mois, cet homme engagé confiait à des journalistes qu'il pourrait "être tué sous peu".

L'activiste cambodgien Chut Wutty a été tué ce jeudi 26 avril alors qu'il escortait Phorn Bopha et Olesia Plokhii, journalistes du Cambodia Daily, dans une forêt protégée de la province de Koh Kong.

Il est environ midi et demi lorsque les gendarmes interpellent Chut Wutty. Une société forestière se serait plaint de la présence de l'activiste dans la forêt auprès des autorités. Lorsque les gendarmes arrivent, il est en train de prendre des photos d'arbres abattus illégalement. Ils lui demandent d'arrêter, réclament les cartes mémoire des appareils photo. Face au refus, ils décident d'ouvrir le feu. Alors qu'il tente de regagner son véhicule pour prendre la fuite, Wutty est touché à plusieurs reprises et succombe. Un des gendarme décède également d'une balle ayant ricoché durant l'intervention. Les deux journalistes du Cambodia Daily sont arrêtés.

Les circonstances exactes de sa mort restent troubles. Ce n'est pas la première fois que Chut Wutty fait face à de telles situations. Cette fois aura était celle de trop.

Ses proches le reconnaissent : Wutty était souvent armé, par précaution. Mais il est peu probable qu'il ait ouvert le feu en premier. L'organisation de défense des droits de l'homme Licadho a envoyé des enquêteurs sur place. D'après eux, l'officier aurait ouvert le feu à la kalachnikov sur le véhicule. Ce sont les balles qui ont ricoché sur la jeep qui auraient tué le gendarme. L'enquête officielle menée par les autorités cambodgiennes ne confirme pas encore les propos de Licadho. Cependant, d'après le porte-parole de la gendarmerie, Kheng Tito, qui a examiné les corps, " la première balle s'est logée dans le genou de Wutty et le gendarme, Rattana, a continué à tirer dans son ventre, entrainant la mort de Wutty ".

Le groupe Natural Resource Protection avait déjà accompli un exploit il y a peu. Autour du barrage de Stung Atai, dans la province de Pursat, Chut Wutty était parvenu à écarter la société MDS Import Export de la forêt. La société, de mèche avec les autorités locales, coupait du bois illégalement dans la zone protégée.

En décembre dernier, il avait été arrêté à plusieurs reprises par la police militaire pour avoir escorté le Phnom Penh Post dans la forêt centrale des Cardamomes. Inquiet pour sa propre sécurité, il avait averti son photographe qu'il pourrait "être tué sous peu".

L'homme à abattre, un soldat de l'écologie

Militant de l'environnement, Chut Witty partait à l'offensive des plus grandes entreprises, des fonctionnaires et des forces armées qui contribuaient à la déforestation illégale à travers le Cambodge.

C'était le combat de sa vie. En plus de faire face à des adversaires bien plus puissants que lui, Chut Wutty, par ses actions, avait réussi à attirer l'attention du monde sur le sort des forêts du pays.

"Il ne se souciait pas des hauts gradés ou des personnes puissantes " a déclaré son plus jeune frère. Sa mort a été accueillie comme une véritable tragédie chez les défenseurs de la nature : "Il était plus ou moins seul. Il se dressait contre un système corrompu et n'avait pas le soutien d'ONG multinationales, il n'y avait que les locaux pour le soutenir." a indiqué Marcus Hardtke, coordinateur du groupe ARA en Asie du sud-est et ami proche de Wutty, au Phnom Penh Post. "Je pense que le gouvernement a perdu une grande chance de faire changer les choses. Wutty était un soldat, il est comme une victime de la guerre, une guerre pour maintenir la vie au Cambodge [?] Il a eu un impact, un impact réel sur le terrain et dans les esprits des gens. "

Sa carrière d'écomilitant a duré près de 15 ans. Quinze années durant lesquelles il a joué un rôle fondamental dans la protection de la forêt des Cardamomes déclarée zone protégée depuis 2002.

Emilie TÔN (www.lepetitjournal.com/cambodge) Vendredi 27 avril 2012

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Publié le 27 avril 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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