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Portrait de scientifique : Benjamin Bailly, chercheur en virologie

Par Fiona Berrocal | Publié le 25/03/2019 à 04:33 | Mis à jour le 08/04/2019 à 06:43
Portrait de scientifique : Benjamin Bailly, chercheur en virologie

Alors que le Queensland a accueilli le Festival Mondial de la Science durant tout le mois de mars, lepetitjournal.com est allé à la rencontre de scientifiques français exerçant leur métier dans cette région d’Australie.

Voici le troisième portrait de la série, celui de Benjamin Bailly, chercheur en virologie. Nous vous racontons son parcours et son travail à Griffith University à Gold Coast où nous l’avons rencontré.

 

De Lyon à l’Australie, en passant par l’Asie

Originaire de la région lyonnaise, Benjamin Bailly, 34 ans, est passionné de biologie. Il commence ses études à l’Université de Lyon où il étudie la biologie, puis la biochimie. En 3ème année de Licence, il bénéficie du programme Erasmus et part en Suède où il passera 6 mois à l’Université d’Uppsala. Il continue à étudier la biochimie et découvre la microbiologie, ainsi qu’un module de cours sur la découverte de médicaments (drug discovery).

« Les cours en Suède étaient très différents de l’enseignement à Lyon. On apprenait beaucoup moins par cœur, c’était plus de pratique.»

De retour à Lyon, sa Licence en poche, Benjamin décide de poursuivre ses études par un Master en biochimie structurale et fonctionnelle. En 2ème année, comme beaucoup d’étudiants, il doit choisir entre réaliser un Master de recherche et un Master professionnel. A ce moment-là, il ne se voit pas poursuivre dans la recherche et opte pour le Master Pro Ingénierie biochimique et biotechnologies à Lyon. Il se verrait bien travailler dans une entreprise de biotechnologie.

Il cherche alors un stage en 2ème année de Master, et voudrait bien partir travailler à l’étranger. Le Canada et l’Australie tiennent la corde de ses destinations préférées. Il postule à différents endroits, et aura une réponse positive pour effectuer un stage à l’Institute for Glycomics à Griffith University, une université australienne. On lui offre de travailler 6 mois sur un projet de recherche appliquée à la découverte de médicaments. C’est exactement ce que Benjamin veut faire, il n’hésite pas une seconde et s’envole pour Gold Coast en 2010.

A l’issue de ce stage, le lyonnais a pris goût au travail en laboratoire et restera 6 mois de plus à l’Université. Il souhaite même poursuivre son travail par une thèse de recherche mais préfère partir dans un pays différent. Son supérieur le met en contact avec le directeur de l’Institut Pasteur de Shanghai en Chine. Par chance, ce dernier est de passage en Australie pour le travail. Il rencontre Benjamin et lui fait part de son besoin de recruter un nouveau doctorant dans son équipe. Une aubaine pour Benjamin pour qui être français est un avantage pour travailler dans un Institut Pasteur à l’international.

Il obtient une bourse doctorale du programme Calmette qui permet de financer la réalisation de thèses au sein du Réseau International des Instituts Pasteur (RIIP) et de favoriser la mobilité entre chercheurs de pays du Sud et de pays du Nord. Benjamin part donc s’installer à Shanghai où il restera pendant 3 ans et demi. Sa thèse n’étant pas terminée, il doit obtenir un nouveau financement pour poursuivre ses travaux et la rédaction de son rapport de thèse. Il obtient une nouvelle bourse de la part de l’Université Griffith en Australie où il décide alors de retourner en juillet 2014 pour rédiger.

A l’issue de sa thèse qu’il soutiendra l’année suivante en 2015, Benjamin et sa femme décident de rester en Australie. Depuis leur première expérience australienne 4 ans auparavant, la ville de Gold Coast a beaucoup changé et tous les deux projettent désormais d’étendre leur séjour australien.

Cela fait aujourd’hui 4 ans que Benjamin travaille à Griffith University où il est désormais chercheur en virologie et continue à travailler sur la découverte de médicaments.

 

Une passion pour la biologie

Benjamin nous explique qu’au collège, il adorait déjà les sciences, la physique, la biologie et les maths. Il n’était pas très bon au lycée mais la biologie surtout le passionnait de plus en plus.

« Arrivé à la fac, je voulais faire de la biologie. Puis il a fallu choisir entre Biologie-Géologie ou Biologie-Biochimie. J’ai choisi la Biochimie. » 

Étudier la biochimie l’a amené à découvrir la microbiologie. La microbiologie est une branche de la biologie, qui étudie les micro-organismes, donc les êtres vivants qui ne peuvent être reconnus à l’œil nu : bactéries, champignons, virus, etc.

Enfin, sa thèse lui a permis de se spécialiser en virologie, l’étude des virus biologiques (et non informatiques). Depuis sa thèse, il travaille sur le développement de nouveaux antiviraux permettant de lutter contre des maladies virales.

« On étudie les composés qui agissent sur les virus. C’est différent des antibiotiques, qui eux, agissent sur les bactéries » nous rappelle-t-il.

 

La vie de chercheur en laboratoire

Benjamin travaille sur le campus de Griffith University à Gold Coast, à une heure de Brisbane où il se rend à vélo depuis chez lui tous les jours.

Il consacre un tiers de son temps à des tâches administratives et rédactionnelles : il répond aux emails, fait de la bibliographie et surtout rédige des papiers qui paraîtront dans des revues scientifiques. Ces articles dépendent des résultats et de l’avancée de ses recherches. En moyenne, il en écrit deux par an. Il dédie aussi ce temps administratif à la préparation des manipulations et expériences qu’il doit réaliser au laboratoire.

Il passe en effet les deux tiers restant de son temps de travail au laboratoire. Il y fait de la culture cellulaire, autrement dit il fait croître des cellules, qu’il inocule ensuite avec le virus qu’il étudie et observe sa propagation.

Benjamin Bailly Chercheur laboratoire

 

Le but de son travail de recherche est d’arriver à créer un composé capable de stopper la propagation du virus. Il travaille sur la conception des composés en étroite collaboration avec des chimistes de son laboratoire qui réalisent leur synthèse. Une fois le composé fabriqué, il est ajouté aux cellules infectées et son effet antiviral est mesuré. S’ensuit une série d’analyses, notamment de la structure de certaines protéines se trouvant à la surface du virus., permettant de comprendre comment le composé vient s’y fixer. En effet, en s’attachant sur le virus les composés empêchent le virus de se lier aux cellules, et donc de se propager.

Actuellement, Benjamin travaille principalement sur la recherche de médicaments contre les virus suivants : celui de la grippe d’une part et celui responsable du syndrome pied main bouche, appelé entérovirus 71, d’autre part.

 

La virologie, un domaine de recherche international

Des travaux de recherche sur les antiviraux, c’est à dire les molécules qui combattent le développement d’un virus, sont réalisés partout dans le monde et sont indispensables.

« On ne peut pas se baser uniquement sur les vaccins pour lutter contre certaines maladies »  nous explique Benjamin.

Il nous apprend que Mark Von Itzstein, le directeur de l’Institute for Glycomics dans lequel il travaille, a été à l’origine de la découverte du 1er médicament contre la grippe. Aujourd’hui le travail de l’Institut porte toujours sur la recherche de nouveaux composés, toujours plus efficaces pour lutter contre ce virus. Des travaux de recherche sont également menés sur le sujet aux Etats Unis et au Japon.

Sur le virus responsable de la maladie pied main bouche, l’entérovirus71 (parmi d’autres virus qui causent cette maladie) fait également l’objet de recherches en Chine et dans les pays d’Asie du Sud Est.

Les centres de recherche peuvent parfois être en compétition. Leur objectif est de trouver un composé dont le mode d’action est efficace contre le virus, puis de déposer un brevet afin de pouvoir ensuite approcher les industries pharmaceutiques qui peuvent financer le développement du médicament final.

enterovirus 71
enterovirus 71

 

Dans certains cas, les centres de recherche de différents pays peuvent aussi collaborer afin d’avancer plus vite dans le développement des antiviraux. C’est le cas de l’Institute for Glycomics australien qui vient de démarrer une coopération avec les deux plus gros instituts de recherche d’Allemagne. Dans ce cas précis, les équipes de chercheurs australiennes et allemandes sont complémentaires. Les australiens travaillent sur l’identification des composés et sur sa synthèse chimique tandis que les allemands vont étudier l’impact du composé sur les tissus humains et sa toxicologie.

 

Travailler en Australie après la Chine

Benjamin apprécie la qualité de vie qu’il a en Australie, et en particulier à Gold Coast où le travail est « relax »  avec des horaires raisonnables qui lui permettent d’avoir un bon équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie personnelles et de profiter de la météo qu’il qualifie d’ « exceptionnelle » .

Son expérience de chercheur à Shanghai lui fait réaliser que la qualités des infrastructures de recherche est meilleure en Australie, même si c’est de mieux en mieux en Chine et que « ça bouge beaucoup dans le bon sens. On voit de plus en plus de publications d’équipes chinoises »  nous confie-t-il.

Le campus de Griffith University, à Gold Coast est très agréable et la vie étudiante y est très dynamiques. « Le laboratoire est récent, les infrastructures et le matériel sont à la pointe et on a également accès aux autres infrastructures de l’Université situées à Brisbane » .

Une autre différences notable entre la Chine et l’Australie réside dans l’équipe avec laquelle il travaille :

« En Chine, j’étais le seul français, il y avait très peu d’étrangers alors qu’ici en Australie, c’est très international, comme dans la plupart des centres de recherche » 

Le contrat de Benjamin avec Griffith University se termine fin 2019. Il est actuellement en train de constituer deux dossiers de demande de financement auprès des plus gros organismes de financement de la recherche en Australie et espère pouvoir poursuivre de nouveaux travaux de recherche avec la même équipe.

 

 

Fiona Berrocal lepetitjounal.com Brisbane

Fiona Berrocal

Rédactrice en chef de l'édition de Brisbane. Curieuse et passionnée d'innovations, sensible aux problématiques environnementales, Fiona aime promouvoir les projets qui peuvent avoir un impact positif sur la société.
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