Mercredi 8 juillet 2020

Un cadre bancaire indien raconte son confinement à Mumbai

Par Johana Burloux | Publié le 27/05/2020 à 01:05 | Mis à jour le 27/05/2020 à 01:05
temoignage confinement inde umesh

Après une série de témoignages de Français résidents en Inde, la rédaction a pensé qu’il serait aussi intéressant d’avoir le point de vue d‘Indiens pendant le confinement. Les vécus de chacun sont, de toute évidence, très différents les uns des autres et subjectifs. Ils ne reflètent pas la situation ou les opinions “des Indiens” ou de tel ou tel groupe social. De même, il y a autant de façons de vivre son confinement que de personnes et de familles. Lire les vies des autres, entrer par leur témoignage dans leur quotidien, nous aide à recréer un peu de ce “vivre ensemble” mis à mal par le confinement, et aussi, nous le pensons à se sentir moins seuls.

 

Cette semaine, dans la série Témoignages d’Indiens sur le confinement, nous vous proposons, le témoignage d’Umesh, mumbaikar, relationship banker pour une banque d’investissement française. Umesh nous raconte son télétravail, ce qui a changé dans sa vie, ses nouvelles compétences acquises à la sueur du confinement et ses réflexions sur l’effet de la crise du Covid-19 sur l’Inde à venir. (For English, scroll down)

 

Umesh : Rester tranquille au bureau est bien mieux que de travailler à la maison ! C’est mon principal constat après 60 jours de confinement à Mumbai.

 

covid-19 confinement umesh

 

Je ne sais pas si on n’a jamais eu, ou on n’aura jamais, durant notre carrière, un tel temps à consacrer à nos enfants et nos familles. Oui, mes enfants ne manquent jamais une occasion de m’embarrasser quand ils appellent bruyamment mon chef par son nom quand je suis au téléphone avec lui – maintenant je sais l’importance du bouton ‘mute’. Je gère la vitesse des datas quand je dois partager la bande passante entre Netflix pour la famille et MS Outlook pour mon travail. Cette situation fait que mon cerveau doit alterner rapidement entre le travail et les sollicitations personnelles.

A 37 ans, j’ai appris à acheter des fruits et légumes, et, oui, je négocie comme toute femme indienne. Nous prenons nos déjeuners en famille et j’ai parfois un grand sentiment de fierté en voyant tous ces fruits et légumes que j’ai achetés.

Au milieu de tout ça, les réunions en salle de conférence me manquent, tout comme les afterwork à l’Ambiance (un bar à côté de mon bureau), les pauses-café pour parler politique et cricket (dont tous les indiens aiment parler – pas de Bollywood pour moi) et les déjeuners avec mes collègues. Tant que l’inévitable virus sera parmi nous, cela m’amuse de voir que l’on peut ‘pitcher’ les clients sans les rencontrer personnellement, cela devrait confirmer le vieux dicton “une touche personnelle crée toujours un puissant coup de pouce”.

En tant que mumbaikar de naissance, c’est déprimant de voir une Mumbai timide et muette, sans la gloire de sa lumière, de son action et de ses habitants. L’Inde est un pays fait de tissus locaux qui proviennent de sa dépendance envers les travailleurs journaliers (daily wagers), les ouvriers, les agriculteurs, etc. Et il semble que ce sont eux qui souffrent le plus de cette situation, au-delà de l’impact économique commenté quotidiennement dans la presse financière nationale.

Pour la note positive, personnellement, je n’aurais jamais cru que les Indiens accepteraient de porter des masques aussi facilement, c’est maintenant devenu une pièce de la garde-robe aussi importante que les sous-vêtements. Je pense que la situation a fait prendre conscience de l’importance de la discipline aux Indiens et qu’elle devrait leur instiller des habitudes basiques comme tenir une file d’attente, ne pas cracher dans la rue, la propreté et l’hygiène, etc.

L’adoption et la pertinence des nouvelles technologies va sans dire dans nos vies quotidiennes. Je ne sais pas encore si c’est un mal ou un bien. Les futurs leaders de l’Inde seront éduqués aux technologies mais je suis inquiet quant à l’augmentation du temps d’écran pour les enfants.

Enfin que va-t-il arriver aux Vada Pav, Pav Bhaaji, Bhel ? – Est-ce qu’ils seront toujours appelés les spécialités ‘street food’ de Mumbai ? Ils me manquent et j’attends avec impatience de les voir de retour dans nos rues.

L’Inde est vue par le monde économique comme une destination future privilégiée – mais je suis aussi heureux de voir que le monde va aussi bientôt apprendre le salut indien : Namaste !

Stay Safe !

 

******

Umesh: Sitting idle in the office is better than working from home ! That’s the self-realization after 60 days of lockdown in Mumbai.

I don’t think that we have ever got or will ever get, during our professional career, a dedicated time like this to spend with our kids and family. Yes, my kids don’t leave any opportunity to embarrass me when they loudly call out my boss's name when I am on conference calls with him – now, I know the importance of ‘mute button”. I am managing the data speed when I have to share wifi data between Netflix for family and MS Outlook for my work. This situation has made my cerebrum switch on and off between professional and personal demands at home. 

After 37 years, I have learnt to buy vegetables and fruits and yes, I can bargain too like all Indian ladies. We have lunch together with family and sometimes, a feeling of pride when we all eat vegetables / fruits bought by me. 

Amidst this, I also miss conference room meetings, miss pipeline meetings on beers in Ambience (café near my office), coffee breaks to discuss politics / cricket (which all Indians like to discuss – no Bollywood for me) and lunch with my colleagues. As long as the invisible alien is amongst us, I am excited to see that we will pitch clients without seeing them personally and this will counter the old saying that “the personal touch always creates a powerful punch”.      

As a born Mumbaikar (as we call ourselves in Mumbai), it's depressing to see a muted and timid Mumbai without its glory of lights, action and people. India, is a country made out of its rural fabric which comes from its dependency on daily wagers, labourers, farmers, etc and seems like they are the biggest sufferers of this crisis, apart from the economic impact that’s been discussed in the pink newspapers everyday. 

But, on a positive side, personally, I never thought Indians would accept wearing masks so easily; however, it has now become as important as an undergarment.  I think this situation has made Indians realize the importance of discipline and will instil basic habits of maintaining queues, non-spitting on streets, cleanliness & hygiene etc. 

Adoption and relevance of technology and automation goes without saying in our daily lives. Not sure if it’s a boon or a curse, future leaders of India will be electronically educated but I am worried it will also increase the screen time for kids. 

What will happen to Vada Pav, Pav Bhaaji, Bhel – will they still be called as a street food specialty of Mumbai? I will miss them until they are back on the streets.

India is being seen as an opportunistic destination for the world economically but, I am happy to say that the world will soon start to learn Indian ways of greeting – Namaste ! 

Stay Safe.


 


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Johana Burloux

Johana Burloux

Diplômée de Sciences Politiques, professionnelle de l’information, rédactrice dans des publications généralistes, sportives et culturelles, co-fondatrice d’une start-up à Hong Kong, Johana est passionnée de l’écrit, de musique et de palak paneer.
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