Un prêtre pris en otage par une milice paramilitaire chin

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 05/08/2021 à 22:00 | Mis à jour le 05/08/2021 à 22:00
Photo : Une copie d'écran d'une présentation de l'enlèvement dans le Chin. A droite, le père Tin Thang.
Une copie d'écran d'une présentation de l'enlèvement dans le Chin

Le 26 juillet dernier, des membres de la Chinland Defence Force (CDF), un mouvement combattant qui proclame représenter les populations civiles et qui lutte contre l’armée régulière birmane (la Tatmadaw), s’est emparé d’un prêtre catholique, le père Noel Hrang Tin Thang, ainsi que d'un catéchiste qui l’accompagnait alors que les deux hommes se rendaient de la ville de Surkhua à Hakha, la capitale de l’état de Chin, à l’ouest de la Birmanie.

Le CDF accuse le père Tin Thang d’être un informateur des militaires et de travailler avec eux, un reproche désormais classique lorsqu’un groupe souhaite se débarrasser de quelqu’un. Plusieurs centaines de civils ont ainsi été assassinés dans tout le pays par des mouvements antimilitaires les accusant d’être des « collaborateurs » ou des « informateurs » ou des « traîtres » sans fournir de preuves ni bien sûr organiser un procès. Le CDF blâme aussi ce prêtre pour avoir reçu un soutien médical de la part des troupes régulières locales. « Nous ne libérerons ces deux hommes qu'une fois que notre demande de transfert du prêtre de Surkhua à Hakha, validée par une lettre d’engagement signée de deux dirigeants de l'Église catholique aura été satisfaite » ont fait savoir ces paramilitaires.

Un général birman catholique qui assiste aux messes

L'agence de presse italienne AGI rapporte cependant une autre version : le prêtre et le catéchiste ont été arrêtés alors qu'ils achetaient des médicaments pour les habitants de Surkhua. En outre, la communauté locale de la paroisse Notre-Dame du Rosaire, celle du père Tin Thang, nie que le religieux ait eu une quelconque implication avec les forces de sécurité. Selon l’AGI, les habitants de Surkhua disent aux contraires que le père Tin Thang a aidé de nombreuses personnes déplacées, notamment des personnes âgées, des femmes et des enfants, qui ont trouvé refuge dans la paroisse à la suite des affrontements entre Tatmadaw et milices locales début juin.

Le Père Paul Thla Kio, prêtre du diocèse de Hakha, a déclaré à l'agence de presse vaticane Fides que la CDF a vu le Père Tin Thang avoir des contacts avec un général de l'armée. Le père Thla Kio a expliqué que le général, qui est catholique et assiste aux messes, se rendait souvent à la résidence des prêtres. Selon ce prêtre, le père Tin Thang aurait demandé au général d'éviter la violence. Le 1er août, l'évêque local Lucius Hre Kung, basé à Hakha, a appelé à la libération de ses deux ouailles, exprimant son inquiétude pour leur santé et leur sécurité.

Le Chin, seul état de Birmanie où les chrétiens sont majoritaires

Ce à quoi le CDF a immédiatement répondu, déclarant que le prêtre et le catéchiste étaient bien traités et en bonne santé, proclamant que le religieux n'est pas seulement un informateur mais qu’il a également créé sa propre société pour aider les entreprises militaires et qu'il est allé accueillir des soldats de la 305e division d'infanterie légère le 1er juillet, affirmant enfin que de fausses informations avaient été diffusées et que notamment « l'arrestation n'était pas due à l'extrémisme religieux ».

Ce qui est sans doute au cœur de cet enlèvement … Le Chin est le seul état de Birmanie où les pagodes bouddhistes sont rares et les chrétiens y sont largement majoritaires. Sans que cela soit officiel, protestants et catholiques s’y livrent une compétition de conversion et d’adhésion. Les premiers, plus nombreux, reçoivent de fortes sommes en provenance de leurs communautés religieuses aux Etats-Unis, un argent qui permet un puissant prosélytisme clientéliste, accompagné d'une certaine intolérance. Les seconds s’appuient sur les convictions missionnaires, comme les Missions étrangères de Paris, et envoient des prêtres dans le Chin pour prêcher et convertir par l’exemple. Le succès de cette approche à Surkhua et l’occasion de l’enlèvement grâce au contexte local violent où Tatmadaw et milices s’affrontent depuis plusieurs mois ont probablement servi de déclencheurs à l’action du CDF, qui a décidé de profiter à la fois de l’opportunité et de l’impunité.

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