Pétition pour vraiment protéger les dauphins de l’Ayeyarwady

Par Julia Guinamard | Publié le 27/08/2020 à 23:00 | Mis à jour le 27/08/2020 à 23:00
Photo : La photo sur Facebook et le cadavre récent d'un jeune dauphin de l'Ayeyarwady
La photo Facebook scandale cadavre récent d'un jeune dauphin Ayeyarwady

Fin juillet, la photo d’un homme souriant posant avec le cadavre d’un jeune dauphin de l’Ayeyarwady à ses cotés a fait scandale sur Facebook. Cette espèce de dauphin est en théorie protégée par la loi sur la conservation de la biodiversité et des écosystèmes mais depuis juin dernier plusieurs cadavres de ces animaux ont été retrouvés, en tout cinq dont deux femelles et un jeune âgé d’un an. Déjà en juillet, le ministre des Ressources Naturelles et de l’Environnement avait suscité une polémique en suggérant dans une directive sur la vente d’animaux sauvages « d’élevage » que ces dauphins pourraient désormais être élevés et vendus alors même que seuls 79 spécimens sont aujourd’hui recensés, et tous à l’état sauvage. Indignés par la photo et cette directive, les défenseurs des droits des animaux ont lancé une pétition qui demande de classer les dauphins de l’Ayeyarwady en danger critique d’extinction.

Les dauphins sont traditionnellement utilisés dans la pêche au filet à l’image du chien de berger. Les pêcheurs les appellent en tapant sur la coque de leurs bateaux avec un bâton, en faisant claquer leurs pagaies sur la surface de l’eau ou en glougloutant. Ceux qui répondent à l’appel encerclent les poissons et les ramènent aux pêcheurs qui en retour donnent leurs petites prises. Avec l’industrialisation des techniques, cette pêche traditionnelle s’efface au profit de la pêche électrique, une pratique pourtant déjà interdite en Thaïlande, en Chine et aux États-Unis et qui le sera en Europe à partir de 2021.

La pêche électrique utilise des chalutiers à perche - grands bateaux à filets. Ces bateaux sont critiqués pour détériorer fortement les écosystèmes car leurs filets raclent et retournent les fonds aquatiques. Sur les filets des chalutiers, des électrodes envoient des décharges dans les sédiments ce qui paralyse les poissons et les expulsent des fonds sableux. Plusieurs études scientifiques mettent en avant les impacts néfastes des décharges qui blessent les poissons sans distinguer les plus jeunes des plus vieux, ce qui pose un problème sur la reproduction des espèces. Aussi, la pêche électrique diminue la fertilité des poissons vivant dans les zones où elle est pratiquée. Les cinq décès de dauphins depuis juin 2020 ont été attribués à la pêche électrique. Pour les pêcheurs traditionnels, ce sont donc à la fois les proies et leurs compagnons de chasse qui disparaissent.

La pétition pour classer les dauphins de l’Ayeyarwady reçoit un soutien important de la part de l’opinion publique et de personnalités médiatisées, comme celui de la plus grande star birmane, le champion de MMA Aung La Nsang. La cause n’est pas nouvelle, il y a cinq ans l’acteur et réalisateur Jackie Chan avait déjà fait un clip de campagne de sensibilisation. Cette même année, une zone de protection a été établie entre les villes voisines de Mandalay et de Sagaing, une zone très prisée des touristes qui a permis à la communauté de ces animaux de s’agrandir atteindre aujourd’hui les 25 dauphins.

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