L’oxygène, plus recherché que l’or à Yangon

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 15/07/2021 à 17:00 | Mis à jour le 16/07/2021 à 11:12
Photo : File d'attente devant une usine de fabrication d'oxygène (DR)
Oxygène recherché en Birmanie

Plusieurs usines de fabrication d'oxygène de Yangon ont annoncé le 11 juillet dernier qu'elles avaient cessé de vendre au secteur privé et aux civils car elles devaient approvisionner les centres de traitement gérés par le gouvernement et l'hôpital général de Yangon.

 

Les hôpitaux et les cliniques publics sont actuellement surchargés en raison de l'afflux de patients atteints de la Covid-19. En conséquence, pour certains patients en détresse respiratoire, l’usage d’oxygène sous pression peut les aider à attendre le moment où ils seront pris en charge et leur sauver la vie.

 

Médicalement cependant, de l’oxygène à petit débit peut certes beaucoup aider un malade mais en aucun cela ne suffit à le soigner, et le gaz doit être associé à des corticoïdes et des anti-coagulants pour être éventuellement salvateur. Malheureusement, vu l’évolution de la maladie, la durée où ce type de soin peut faire pencher la balance en faveur du malade excède rarement trois ou quatre jours. Mais l’immense majorité des Birmans, y compris de nombreux soignants, ignorent ces aspects car ils n’ont pas ou peu été formés aux questions de détresses respiratoires. Du coup, les médias sociaux sont devenus l’écho de recettes salvatrice à base d’O2 et la course à l’oxygène, essentiellement de manière préventive, est maintenant l’une des principales activités locales.

 

Des soldats dispersent à coups de feu des clients

 

Mais dans le même temps, les autorités militaires ont décidé de restreindre l’accès à ce gaz, officiellement « afin d'éviter la spéculation. Certaines personnes peuvent ne pas avoir de Covid-19 mais stocker une grande quantité de réservoirs d'oxygène chez elles » a ainsi expliqué le porte-parole de l'armée, le général Zaw Min Tun. S’il est vrai que les prix des bouteilles ou du remplissage de ces bouteilles ont été presque partout multiplié par 5 à 10, selon les endroits, il est aussi clair que la plupart de ceux qui veulent de l’oxygène le recherche de bonne foi, soit pour des malades, soit par crainte de le devenir et pour s’assurer d’avoir chez soi les réserves suffisantes au cas où... Cela ne justifie en rien que des soldats dispersent à coups de feu des clients devant une usine d’oxygène… comme cela s’est tristement passé le 12 juillet dans le quartier de South-Dagon.

 

oxygène pénurie file bouteilles Birmanie
Se procurer de l'oxygène à Yangon est devenu une gageure

 

En revanche, prétendre que des gens meurent par centaines « à cause du manque d'oxygène » comme cela se lit sur Facebook, avec des images de cercueils à l’appui, est à la fois erroné et fallacieux. Certes, les centres de traitement contre la Covid-19 sont actuellement surchargés et ils renvoient les patients les moins « urgents » chez eux, où ils doivent compter sur un traitement à domicile et les fournitures d'oxygène privées avec alors des problèmes d’approvisionnement. Mais cela ne représente qu’un petit nombre d’individus, même si pour eux il s’agit peut-être d’une question de vie ou de mort, pas les centaines de cas que colportent les médias sociaux.

 

L’hôpital, antichambre de la morgue

 

Ensuite, cette troisième vague de Covid-19 est particulièrement dévastatrice, bien plus que les deux premières, parce qu’il s’agit d’un variant – le delta – particulièrement contagieux et nocif, plus souvent mortel que les autres souches. De plus, le système de santé birman, déjà depuis longtemps déficient, ne compte plus assez de soignants du fait de la désobéissance civile. Enfin, depuis le début de la crise mondiale de la Covid-19 en mars 2020, pratiquement aucuns efforts coordonnés et cohérents d’achat de matériel médical pertinent et de formation adéquate n’ont été mené par les autorités, anciennes ou nouvelles. L’ancien gouvernement a par exemple systématiquement écarté le secteur médical privé de sa réponse a la pandémie alors même qu’il est notoire que c’est dans ce privé que de manière générale travaillent les meilleurs soignants et se trouvent les meilleurs équipements. Il est à noter que depuis mars 2020 aucun malade ayant dû être placé dans une unité de soins intensifs d’un hôpital birman… n’en est sorti vivant !

 

Il est donc certain que si l’oxygène est désormais un enjeu symbolique de pouvoir entre militaires et contestataires, au détriment de nombreux patients qui en ont besoin, ce même oxygène sans les infrastructures médicales et les soignants formés nécessaires n’est au final dans la plupart des cas que de peu d’aide. D’ailleurs il est toujours possible de recharger ses bouteilles, en demandant une lettre de recommandation d’un professionnel de santé local. Il est à noter qu’en France aussi, l’accès à l’oxygène est réglementé et n’est pas libre au bon vouloir des individus. Il s’agit d’un gaz qui peut susciter des déflagrations importantes et surtout provoquer facilement des incendies. En Birmanie, il alimente désormais les flammes de la haine et de la désinformation qui rongent petit à petit le pays.

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