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« Nous avons espoir que les choses changent »

Par Francis Waltari | Publié le 09/02/2020 à 22:00 | Mis à jour le 09/02/2020 à 22:00
Photo : Le militant karenni Khu Kyue Phe Khel
Le militant karenni Khu Kyue Phe Khel en Birmanie

Khu Kyue Phe Khel dit Gu Gu s'est engagé dans la vie associative dès ses années d'université, lorsqu'il crée la Kayah State Student Union (KSSU) avant de rejoindre l'organisation de jeunes karenni Kayah National Youth Organisation. A l'époque, il se rapproche de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Aung San Suu Kyi avant de partir étudier les sciences politiques en Inde en 2014. Il rentre diplômé en 2017 et rejoint alors le Ethnic Nationalities Affairs Center, qui est basé en Thaïlande et se présente comme un organisme de défense des minorités ethniques de Birmanie. En 2018, ses amis l'avertissent du projet de statue du général Aung San à Loikaw. Il rentre alors au Kayah afin de combattre sur place la construction de cette statue.

Lepetitjournal.com Birmanie : Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre part à ce mouvement contre la Statue ?

Khu Kyue Phe Khel : Il faut revenir au contexte général à Loikaw et dans l'état de Kayah en général, plus particulièrement celui des expropriations. En 1952, l'ancienne famille royale karenni cède au clergé bouddhiste 16 000 hectares de terres situées dans le centre-ville de Loikaw. En 2018, le gouvernement local fraîchement nommé par la LND revendique ces terrains et entreprend d'exproprier les paysans qui y résident, environ 300 foyers. Nous créons alors un mouvement de défense des terres de ces villageois afin de rendre cette affaire publique. Au final, le gouvernement local renonce à son projet. Ce succès fut le bienvenu car nous restions sur deux échecs dans des affaires similaires, notamment face à l'armée pour des terres situées dans le sud de Kayah. Les négociations n'avaient alors rien donné et les terrains avaient été définitivement perdus.

Lepetitjournal.com Birmanie : Quelle a été la réaction du gouvernement local lorsque vous avez manifesté votre rejet du projet de statue ?

Khu Kyue Phe Khel : Le gouvernement local nous a immédiatement accusés de vouloir créer des troubles sécuritaires, dès les premières manifestations, ce qui d'après nous a entrainé l'affrontement plutôt que la négociation. Le 12 février 2019, une manifestation rassemble plus de 7 000 personnes, il y a des affrontements avec la police, et pour apaiser les manifestants le gouvernement suspend ses accusations à notre égard.

Lepetitjournal.com Birmanie : En juin 2019, vous qualifiez des membres du gouvernement local de « criminels » et vous êtes arrêtés puis condamnés pour cela. Pourquoi ce terme provocateur ?

Khu Kyue Phe Khel : Je reconnais que c'est un terme fort, en effet, mais il a déjà été employé à l'égard de dirigeants qui avaient pour volonté de détruire des peuples. Et je pense que ce gouvernement local a la volonté de faire disparaître toutes traces de notre culture et histoire locales. Chasser nos compatriotes de leurs terres contribue à faire disparaître notre peuple, le terme criminel nous semblait donc justifié. Nous voulions aussi faire remarquer au gouvernement son manque de pluralisme politique, le manque de dialogue inter-ethnique ainsi que l'absence d'égalités sociales. Le gouvernement a légitimé notre arrestation en évoquant l'article 10 de la constitution portant sur la sécurité des personnes, ce à quoi nous avons opposé l'article 354 protégeant la liberté d'expression ! [NDLR : les six militants ont été condamnés à six mois de prison ferme, qu'ils ont purgés intégralement. Cette interview a été réalisée après leur sortie de prison]

Lepetitjournal.com Birmanie : Comment expliquez-vous cette attitude du gouvernement local ?

Khu Kyue Phe Khel : Pour nous, le gouvernement local doit rendre des comptes à celui qui l'a nommé, c'est à dire le gouvernement fédéral à Nay Pyi Taw. Notre système démocratique ne prend pas en compte les particularités ethniques, et la majorité de la population étant Bamar [Le nom de l'ethnie birmane en birman], c'est elle qui obtient le dessus sur les minorités.

Lepetitjournal.com Birmanie : Dans ce cadre, comment voyez-vous évoluer la situation ?

Khu Kyue Phe Khel : Nous sommes optimistes, nous gagnons le soutien de la population, ce qui est très important. Et cette population est mature politiquement, nous avons donc espoir que les choses changent. Pour vous donner un exemple, lors de la campagne électorale de 2015, le parti de l'Union de la solidarité et du développement (USDP) proche des militaires a fait de nombreux cadeaux aux différentes communautés villageoises afin de gagner leurs votes contre la LND. Cependant la majorité a tout de même voté pour la LND, ce qui est un signe encourageant.

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