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Min Aung Hlaing promet des élections « libres et équitables » pour... 2023

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 02/08/2021 à 22:00 | Mis à jour le 03/08/2021 à 10:16
Photo : Copie d'écran de la diffusion du discours de Min Aung Hlaing
Min Aung Hlaing lors de son discours du 1er aout en Birmanie

Dans un discours à la nation dimanche 1er août, le numéro Un birman à fait le point sur la situation actuelle du pays. Malgré son envie de rassembler, son propos n’aura convaincu que ses partisans.

 

« Afin d'accomplir les tâches du pays rapidement, facilement et efficacement, le conseil d'administration de l'État a été transformé en gouvernement intérimaire de Birmane », a déclaré dimanche soir un présentateur de la chaîne de télévision d’Etat MRTV. Ce message intervenait après l’allocution télévisuelle de 52 minutes du chef d’état-major des armées et président du conseil d'administration de l'État (le nom que se donne le nouveau pouvoir militaire) Min Aung Hlaing diffusée le matin même. Le dirigeant n’avait alors pas du tout mentionné ce passage d’une autorité nominale militaire à civile au sommet de l’Etat.

 

Sans surprise, Min Aung Hlaing reste à la tête de la nouvelle structure dirigeante comme devient « Premier ministre » de ce « gouvernement intérimaire ». Son numéro Deux, le général Soe Win, est nommé vice-Premier ministre. Mais le changement de structure du pouvoir ne se limite pas au sommet, des changements interviennent aussi au niveau des États et des régions, tous doté d’un Premier ministre local, de six ministres locaux et d’un procureur général local. Cas spécifiques, les maires de Yangon et de Mandalay, les deux plus grandes villes du pays, obtiennent aussi le rang de ministre de leur agglomération respective au sein des gouvernements régionaux respectifs. Et pour chacune de ces entités administratives régionales, des colonels de l’armée sont placés à la tête du ministère local de la Sécurité et des Affaires frontalières, tandis que des colonels de police dirigent les ministères des Transports.

 

Des propos décousus... mais de fils blancs

 

L’annonce de ce remaniement arrive après un discours « à la nation » que Min Aung Hlaing a symboliquement voulu ce 1er août qui marque le sixième mois de sa prise du pouvoir, le 1er février. Dans ce discours, le général a évoqué pêle-mêle « une prolongation possible de l'état d'urgence jusqu’en août 2023 », l’organisation « d’élections multipartites libres et équitables », « l’envoyé spécial à venir de l’Asean » mais aussi les « terroristes et extrémistes de la Ligue nationale pour la démocratie (LND, le parti d’Aung San Suu Kyi) », « la fraude lors du scrutin de novembre 2020 », les « intimidations sociales pour obtenir le soutien du public commises par ceux qui suivent le mouvement des désobéissance civile (CDM) », « la désinformation via les réseaux sociaux » sur l’action des autorités contre la Covid-19, les qualifiant « d'outil de bioterrorisme » et accusant même ses opposants « de répandre délibérément le Covid-19 ». Au final des propos assez décousus – il a aussi parlé de la nécessité de cultiver davantage de coton et d'oignons dans le pays – dit d’une voix calme et posée.

 

Mais le nouveau Premier ministre a aussi tenu à insister sur le « cadre légal » de son action. Depuis leur coup de force, les généraux s’accrochent à l’argument que toutes leurs décisions sont opérées dans le cadre de la Constitution. Selon eux, leur prise de pouvoir est, par exemple, prévue par le Chapitre XI, articles 410 et suivants – notamment 417 et 418. Ce qui est de fait une lecture possible car la langue birmane étant « floue », ses expressions peuvent facilement donner lieu à interprétation. Pour la prolongation de l’état d’urgence, Min Aung Hlaing, diplômé de droit, cite l’article 425 de la Constitution qui permet deux prolongations de six mois de l'état d'urgence d'un an imposé immédiatement après la prise du pouvoir par les militaires le 1er février. D’où la date du 1er août 2023 mentionnée plus tôt. Un juriste birman note cependant une grosse faille dans cette rhétorique : « Il n'y a aucune disposition pour former un gouvernement intérimaire dans la Constitution et le poste de Premier ministre n’existe pas non plus dans le texte fondamental ».

 

Vers une « démocratie disciplinée »

 

Quant aux élections qu’il promet, le chef d’état-major explique qu’il faut tout d’abord créer « les conditions nécessaires à la tenue d'un scrutin libre et équitable ». A ses yeux, « la paix, la stabilité et l'état de droit sont les clés de l'émergence d'une élection libre et équitable ». Et de préciser son propos : « Cela signifie la paix et la stabilité en termes de politique, de sécurité et d'économie. Des mesures continues sont également nécessaires en matière d'État de droit afin de développer de bonnes habitudes pour respecter les lois existantes […] Nous voulons un pays basé sur le fédéralisme et le désir de la population d'avoir une démocratie multipartite authentique et disciplinée doit être satisfait ».

 

L’état de droit résumé au respect de l’ordre et la démocratie « disciplinée » sont les slogans par excellence des régimes conservateurs et ressemblent fortement au régime autoritaire actuel de la Thaïlande, issu… d’un coup d’état en 2014 et dont les putschistes s’étaient ensuite glissés dans le costume civil avant d’interdire les partis d’oppositions et de tenir des élections multipartites – mais sans contestation idéologique – qualifiées de « libres et équitables » qui ont mené au pouvoir l’organisateur du coup d’état Prayut Chan-o-Cha, passé de général putschiste à respectable Premier ministre civil d’un coup de baguette magique et sans susciter trop de réactions outrées des pays riches, qui ont fermé les yeux.

 

Prayut Chan-o-Cha et Min Aung Hlaing partagent des liens étroits et le Birman avait immédiatement soutenu le Thaïlandais en 2014. Il semble que sa stratégie soit maintenant de suivre les pas de son voisin du Sud et de passer à un régime civil faisant table rase du passé récent et dont à terme il deviendrait le chef… civil.

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