Mardi 27 juillet 2021

Les médias dans le collimateur des militaires en Birmanie

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 17/06/2021 à 22:00 | Mis à jour le 18/06/2021 à 10:31
Photo : Le brigadier-général Zaw Min Tun, porte-parole de l'armée régulière birmane
 Zaw Min Tun

Si la liberté d’expression et d’informer n’a jamais été bien vue en Birmanie, ni par la Ligue nationale pour la démocratie, ni par l’armée, elle est désormais la cible d’une vraie campagne militaire.

Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général des Nations unies, a fait savoir le 9 juin dernier que l’organisation « reste très préoccupée par les efforts continus visant à saper la liberté d'expression et la liberté de la presse par l'imposition systématique de politiques et de pratiques restrictives depuis que les militaires ont pris le pouvoir », le 1er février. Et le haut fonctionnaire onusien d’ajouter que : « La liberté d'expression est la pierre angulaire de toute démocratie et doit être protégée. »

 

De nombreux journalistes arrêtés depuis le coup d'Etat du 6 février 

Une prise de position heureuse et nécessaire puisque des dizaines de journalistes ont été arrêtés depuis février, dans tout le pays, la plupart du temps pour avoir simplement essayé de faire leur travail. Parfois certain s’en sorte avec plus ou moins de dégâts, comme l’étasunien Nathan Maung, rédacteur en chef de Kamayut Media, qui a été libéré après plusieurs semaines de prison (la police a retiré sa plainte contre lui) et ensuite expulsé de Birmanie. D’autres, comme son collègue de Kamayut Han Thar Nyein, reste derrière les barreaux. Ils sont ainsi aujourd’hui au moins une cinquantaine qui demeure incarcéré et plusieurs ont été condamnés à des peines de prison de plusieurs années pour des accusations criminelles clairement fallacieuses. La grande majorité des inculpations relèvent de la tristement célèbre section 505(a) du code pénal.

Tristement célèbre car depuis 2018 c’est une section que tant les militaires que la Ligue nationale pour la démocratie (LND) ont abondamment utilisé – avec l’article 66(d) de la loi sur les télécommunications – pour museler toute contestation et liberté d’expression, des députés LND s’en prenant régulièrement à des journalistes là où des militaires accusaient plus facilement des artistes. En tout état de cause, les deux camps ciblaient à l’unisson la simple liberté d’expression. Selon Athan, une association indépendante birmane de défense de la liberté d’expression, en 2018 ce sont 217 personnes qui ont ainsi été poursuivies pour des affaires de liberté d’expression. Dont 12 journalistes.

 

Un regain dans la répression de la liberté d'expression en Birmanie 

Mais le nouveau régime militaire est clairement monté d’un cran dans la violence des attaques contre les médias. Cinq médias indépendants - Democratic Voice of Burma (DVB), Myanmar Now, Mizzima, 7Days et Khit Thit Media – se sont ainsi vu retirer leurs licences de publication ou de diffusion (DVB et Mizzima disposaient chacun d’une chaîne de télévision officielle dûment légale et enregistrée). Même si certains pratiquaient clairement un journalisme « à charge » contre l’armée, ces médias respectaient dans l’ensemble les normes professionnelles et déontologiques reconnues de la profession de journaliste.

La violence est également verbale et virulente. Ainsi, dans des propos diffusés sur la chaîne publique MRTV, le porte-parole de l’armée et patron de l’agence d’information militaire True News, le brigadier-général Zaw Min Tun, a qualifié les médias indépendants de « salopes » et de « putes », déclarant : « La différence est claire entre la propagande des médias putains et la situation réelle. À propos des médias, je tiens à dire que vous n'avez pas besoin d'être de telles salopes pour agir ».

Ce commentaire s'inscrit dans le cadre d'une attaque systématique contre les médias dans le pays. S’il est vrai que nombre d’organisations prétendant informer – et dans le lot certains titres notoires de Birmanie - se contentent désormais de rumeurs et de témoignages biaisés de « témoins » partiaux, s’il est tout aussi vrai qu’il n’est pas rare de trouver la même histoire avec des variations importantes dans différents médias, il est encore plus vrai que nombre de journalistes, notamment dans les médias régionaux, font leur travail sérieusement et se rendent sur le terrain pour constater et documenter leurs informations. Bien plus que les opinions et racontars fantaisistes de plusieurs médias de Yangon, ce sont d’ailleurs ces professionnels courageux des médias locaux que les militaires redoutent et détestent.

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