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Les meurtres restent souvent impunis dans les zones ethniques

Par Rédaction lepetitjournal.com Birmanie | Publié le 07/06/2020 à 23:00 | Mis à jour le 07/06/2020 à 23:00
Photo : Juste après le meurtre de Homalin..
Juste après le meurtre de Homalin..

Deux faits divers récents rappellent que malheureusement, les meurtres restent encore largement impunis dans les régions de conflits entre des groupes ethniques et l’armée régulière, la Tatmadaw. Principales causes de cette impunité, la vacance du pouvoir civil, souvent occulté ou muselé soit par l’armée, soit par les milices rebelles. En outre, la prolifération des armes à feu et la faiblesse de la chaîne de commandement de certaines unités, en particulier dans les milices, laissent des combattants relativement livrés à eux-mêmes et souvent alors enclins à abuser de leur force pour racketter les populations locales.

C’est ainsi que fin mai, un jeune homme de l’ethnie Kuki est mort sous les balles de cinq hommes postes aux abords d’un village de la région d’Homalin, dans le nord-Sagaing, pas loin de la frontière indienne et du territoire autonome de l’ethnie Naga. Le garcon de 17 ans était assis en passager de la moto que son père de 40 ans conduisait, et ils se rendaient tous les deux sur leur lieu de travail. Tout à coup, cinq individus armés et en civil surgissent sur la route et leurs font signe de s’arrêter. La route étant en descente à cet endroit, le père, surpris, ne peut freiner à temps, et les hommes ouvrent le feu, tuant son fils et le blessant avant de s’enfuir et disparaître.

Ce qui ressemble à un triste fait divers devient beaucoup plus sensible lorsque les résidents locaux accusent l’Armée des nationalités Shanni, un groupe rebelle fort en théorie d’un millier d’hommes, et qui est installé dans les montagnes de la frontière indienne depuis 2009. Des représentants du Réseau de la jeunesse Kuki n’ont pas hésité à pointer du doigt les miliciens Shanni et à les rendre responsables de la tuerie : « Ils sont la seule milice armée autour d’Homalin. Cela ne peut être qu’eux. C’est une atteinte terrible à l’amitié entre les peuples Kuki et Shanni », affirme ainsi un dirigeant de ce réseau. D’autres associations Kuki ont suivi le mouvement et fait écho à cette accusation. Un officier supérieur de l’Armée des nationalités Shanni a répondu que son organisation allait mener une enquête et « prendre les mesures appropriées suivant les conclusions de ces recherches ». Depuis, rien n’a filtré et les coupables sont toujours impunis, du point de vue de l’ethnie Kuki.

Un flou qui se retrouve de l’autre côté du pays, dans l’état de Shan, vers la frontière chinoise. Là, ce sont les organisations de la société civile (OSC) de l’ethnie Ta’ang, une communauté suprarégionale importante, qui ont fait entendre leurs voix fin mai. Ces organisations réclament justice pour 12 civils assassinés cette année sans que la moindre enquête ait été menée et que donc bien sûr le moindre coupable arrêté et condamné. « Les deux derniers meurtres en date sont ceux de deux vieilles femmes qui travaillaient sur une ferme de thé », explique une militante ta’ang : « Rien ne s’est passé après. La police, l’armée, la justice, tout le monde ferme les yeux. Nous autres, les civils pacifiques, nous sommes pris entre les feux de la Tatmadaw, des diverses milices ou des trafiquants de drogues, qui sont d’ailleurs parfois les mêmes ! Ces gens tuent pour s’amuser, en toute impunité. Les gouvernements régional et national parlent beaucoup mais ils n’agissent pas. Et ensuite ils s’étonnent de la méfiance des populations. Nous ne les croyons plus car la justice et le droit n’existent pas dans la région ! »

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