Le comité de protection du lac Inlé tarde à se former

Par Julia Guinamard | Publié le 30/06/2020 à 23:00 | Mis à jour le 01/07/2020 à 10:58
irisation essence lac Inlé

Afin de protéger le splendide lac Inlé de la dégradation dont il est aujourd’hui victime, une loi a été votée en décembre 2019. Qui n’est toujours pas en application, faute de volonté politique.

« Un changement catastrophique », voilà la crainte émise dans sa conclusion par l’étude Qualité actuelle de l’eau du Lac Inlé en Birmanie, une menace potentielle pour l’environnement du lac publiée en mars 2019. Considéré comme la perle de l’état de Shan, le lac Inlé, même s’il reste toujours un bel endroit, se détériore rapidement sous les effets conjoints de l’expansion des fermes flottantes, de l’utilisation non raisonnée de pesticides, des rejets d’eaux usées sans traitement, des activités touristiques incontrôlées ainsi que de la déforestation qui provoque des glissements de terrain. Le lac se vide de son eau et plus de la moitié de sa superficie d’antan a déjà disparu, évaporée ou non renouvelée. Avec une baisse de la qualité de l’eau et des réserves de poissons, les menaces s’accumulent donc sur les riverains. Les pêcheurs sont toujours là, mais leur présence a aujourd’hui plus une portée touristique qu’alimentaire.

Afin de ramener le lac à sa splendeur récente, une loi le protégeant est entrée en vigueur le 19 décembre dernier. Un texte stipulant qu’un comité pour la protection du lac devait se former dans les 90 jours suivant sa promulgation ; un comité présidé par le ministre régional de l’Environnement et des Ressources Naturelles. Mais sept mois après son instauration et quatre mois après la date limite de création comité, de comité point ! « Le projet de règlement est maintenant en place. Il a été envoyé au Dr Tun Hlaing [Le ministre régional des Affaires ethniques Intha, vice-président du comité] car il a participé à sa rédaction. Il semble difficile de convoquer des réunions pendant l'épidémie de Covid-19 », a déclaré Ko Nyi Nyi Aung, ministre de l’Environnement et des Ressources Naturelles de l’Etat du Shan. Un dirigeant jeune, qui n’a pourtant apparemment pas connaissance des possibilités offertes par les nouvelles technologies pour communiquer à distance…

Des conventions de protection à tire-larigot

Lorsqu’il sera formé, le comité comptera 23 membres et sera donc présidé par le ministre de l’Environnement et des Ressources Naturelles de l’état de Shan. Les ministres des Affaires ethniques Intha et du Kayah seront chacun vice-présidents ; des membres d’organisation de la société civile ainsi que des riverains et habitants des alentours du lac en feront également partie. La loi ambitionne une intervention à tous les niveaux : national, régional et local.

Outre des paysages somptueux, le lac Inlé propose une biodiversité très riche, avec notamment plus de 300 espèces d’oiseaux, plus de 2 000 espèces végétales et une cinquantaine d’espèces de poissons, dont 16 sont exclusives au lac ! Il s’agit donc bien d’un endroit exceptionnel qui mérite toujours et encore une visite. Classé en réserve naturelle depuis 1985, en parc naturel du patrimoine de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) depuis 2013, en réserve de la biosphère de l’Unesco depuis 2015, puis en zone humide d’importance internationale sous la convention de Ramsar en 2018, le lac continue malgré tout à se dégrader. L’échec à ce jour pour constituer le comité de protection du lac traduit clairement ce que cette liste de classements nationaux et internationaux prouve à l’envie : ce n’est pas d’un cadre juridique que le lac manque, mais de la volonté effective des instances dirigeantes de faire appliquer les conventions et les lois signées.

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