Jeudi 3 décembre 2020

L’armée se rémunère sur la location d’un scanner cassé depuis 2017

Par Julia Guinamard | Publié le 19/10/2020 à 23:00 | Mis à jour le 19/10/2020 à 23:00
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Le port Asia World à Yangon loue un scanner de fret à rayons X… tombé en panne en 2017 et pas réparé depuis ! Un rapport du commissaire aux comptes de Yangon publié en juin 2020 estime que la direction des douanes a payé environ 90 millions de kyats (quelque 60 000 euros) pour le scanner, même après sa mise hors service. Les bénéfices engendrés reviennent aux propriétaires de l’appareil, soit des membres du Parti de l’Union, de la Solidarité et du Développement (PUSD), le parti en lien avec l’armée régulière – la Tatmadaw.

Le commissaire aux comptes pointe les termes du contrat passé avec la direction des douanes, une instance gérée par des membres de la Tatmadaw. Selon ce contrat, toute entreprise qui expédie un conteneur paie 20 000 kyats (environ 12 euros), même si la marchandise n’est pas scannée et que les règles douanières en excluent certaines du contrôle, comme les vêtements. Sous certains aspects, le service s’apparente donc plus à une taxe qu’à une prestation. Les propriétaires du scanner paient des frais d’électricité, 5 % d’impôts et 5 % de frais de maintenance. Mais les comptes étant opaques, le montant précis des bénéfices n’est pas connu, rendant probablement celui de l’impôt et de la maintenance inexacts.

Le scanner a été installé en 2006, en même temps que neuf autres exemplaires dans des ports et à des postes-frontière. Jusqu’en 2015, il appartenait à l’entreprise Myan Gon Myint, propriété de la Tatmadaw alors au pouvoir. Comme d’autres entreprises de l’armée, peu de temps avant l’élection de la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD) en 2015, les actions ont été transférées à des membres de l’USDP ou à des militaires. Peu de détails sont connus sur ces opérations.

« Il est impossible que des frais aient été comptés »

Selon le rapport du commissaire aux comptes, sur l’année fiscale 2016 – 2017, l’état aurait perdu près de 6 milliards de kyats (de l’ordre de 3,6 millions d’euros) à cause de cette opacité. Un calcul du journal Myanmar Now, basé sur les chiffres du rapport, estime qu’entre 2006 et 2018 l’USDP aurait gagné 16 milliards de kyats (près de 10 millions d’euros) grâce au port de Yangon. En 2017, le scanner a généré à lui seul 2 milliards de kyats (quelque 1,2 million d’euros) de bénéfices. Et un haut responsable de la direction des douanes conteste la réalité des dividendes versés après 2017 : « Il est impossible que des frais ont été comptés après que la machine a cessé de fonctionner. Les paiements interviennent pour compenser l’utilisation et donc seulement quand la machine est utilisée ». Selon un haut responsable du port de Yangon, la direction des douanes aurait pourtant été informée de l’état de l’appareil : « Nous avons envoyé une lettre à la direction des douanes les informant que nous n'utiliserons plus cet appareil, mais ils ne l'ont pas réclamé ».

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