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« Rétablir la sérénité de la communauté de la MLF au Liban »

Par Hélène Boyé | Publié le 17/09/2019 à 17:53 | Mis à jour le 18/09/2019 à 11:01
Mission Laïque Française, Liban, Jean-Christophe Deberre,

La Mission Laïque Française (MLF) a fait pour la première fois sa rentrée au Liban, les 11 et 12 septembre, en présence de son directeur général, Jean-Christophe Deberre.


Lepetitjournal.com/Beyrouth : La Mission Laïque Française fait cette année sa rentrée au Liban. Pourquoi avoir choisi le pays du Cèdre ?

Jean-Christophe Deberre : La MLF organise tous les ans un congrès de ses personnels d’encadrement. C’est un moment destiné à cultiver notre culture commune, à réfléchir sur l’éducation en général, et à l’étranger en particulier. Nous pensons que la MLF, association indépendante, peut jouer ce rôle de boite à idées. Le Liban nous permet pour la première fois de concrétiser ce que l’on ne fait jamais, c’est-à-dire expliquer pourquoi nous sommes là, comment nous opérons et où nous allons.

Le Liban s’est imposé en raison des deux dernières années de forte crise. Il s’agit de rétablir la sérénité de la communauté MLF au Liban, notamment chez les professeurs. Les enseignants sont le levier de l’école. Les professeurs doivent partager un socle commun de conviction et d’engagement au service d’un projet éducatif, délivrer aux élèves un message fort et convaincu, et éviter que ne se glisse dans la vie de ces établissements des infox, des fakes news et des rumeurs.

 

La loi 46 votée en 2017 institue une nouvelle grille salariale dans la fonction publique, engendrant une augmentation du salaire des professeurs du public, répercutée dans le privé. Certains établissements scolaires, dont ceux de la MLF, ont compensé par une hausse des frais de scolarité, suscitant la colère de parents d’élèves qui ont porté l’affaire en justice. Où en est-on ?

La rentrée 2019 au Liban se caractérise par un climat d’apaisement général. Des accords ont été trouvés avec la plupart des comités de parents. Les contentieux en justice ont été éteints dans les lycées Lamartine à Tripoli, Nahr Ibrahim dans la région de Jounieh, au Grand lycée franco-libanais (GLFL) et celui de Verdun à Beyrouth, ainsi qu’au lycée de Habbouche-Nabatieh. La MLF avait pris le parti d’appliquer intégralement la loi 46 d’août 2017, avec répercussion de ces augmentations sur les droits de scolarité. Sensible aux arguments des familles sur la situation économique et financière du pays, la MLF a finalement décidé de geler les droits de scolarité sur les années scolaires 2018-2019 et 2019-2020. Ce manque à gagner équivaut à 2,2 millions d’euros. Cet épisode a décidé la MLF à procéder à des audits réguliers, qu’elle tiendra à la disposition des comités de parents.

Globalement, les cinq établissements anticipaient une perte de 860 élèves sur un total de 8330, particulièrement à Tripoli et à Nabatieh, où la situation économique est sans doute la plus difficile. Le lycée Verdun enregistre une forte baisse pour la troisième année consécutive, passant en 3 ans de plus de 2000 à 1660 élèves. Il souffre principalement d’un déficit d’image lié à ses installations. C’est pour cela que la MLF va effectuer une réhabilitation globale de cet établissement pour un montant prévu de 12 millions d’euros. Au GLFL, la MLF lance un vaste projet d’évaluation. C'est la première fois qu’un lycée de l’étranger sera acteur de sa propre évaluation, qui concernera professeurs, personnels, élèves et anciens élèves, parents et partenaires.

 

Emmanuel Macron prévoit de doubler le nombre d'élèves du réseau avec seulement 1000 titulaires détachés en plus. Comment garantir un même niveau de formation entre expatriés et locaux - qui constituent la majorité des effectifs de la MLF ?

La question des ressources humaines dans l’enseignement français à l’étranger se pose depuis longtemps. Il y a de forts déséquilibres dans la répartition des titulaires dans le monde. Le Liban est un très bon exemple puisque près de 90% du personnel est libanais, et qu’il y a un travail important, sans doute imparfait par le passé, d’acculturation de ces personnels nationaux à la culture française et à l’enseignement français.

Ça ne suffit peut-être pas pour garantir la qualité des messages pédagogiques avec des programmes qui évoluent sans cesse. Mais nous avons une autre approche. Nous estimons que nos professeurs détachés venus de l’Education nationale ne sont pas obligatoirement prêts tout de suite à enseigner à l’étranger, dans un milieu notamment comme celui du Liban, avec une culture forte, des héritages et des complexités.
Les uns ont sans doute besoin de régénérer leur proximité avec le programme français, les autres ont besoin de mieux comprendre la culture nationale dans laquelle on leur demande d’évoluer. C’est pour cela que l’on parle moins de formation que de développement professionnel. 

 

Ces objectifs constituent-ils une pression pour la MLF ?

Oui. Le président Macron a l’ambition, fort légitime, de renforcer le message éducatif français. Nous la percevons comme une stimulation. Il y aura sans doute plus d’établissements français homologués. Nous voulons être les meilleurs. Nous avons toujours joué ce rôle d’éclaireur.

 

On parle aussi « d’élargir le cercle des partenaires ». Allons-nous vers des établissements « à but lucratif » ?

Comme tout changement, il comporte sa part d’imprévisible. Il y a au fond deux écueils à éviter. Le premier, c’est la marchandisation du système scolaire français à l’étranger qui serait contraire à sa vocation. Il revient à l’Etat, à travers la procédure d’homologation des établissements, d’éviter cela. Le deuxième, c’est la dévalorisation de l'homologation à force de la multiplier. Les pouvoirs publics en sont parfaitement conscients. Un gros travail institutionnel est entrepris pour revoir, réviser, faire évoluer la procédure d’homologation, comme l’ont déclaré les ministres. Ceux qui auraient l’espoir de faire un gain rapide avec une structure scolaire déchanteront parce qu’une bonne école ne produit pas un retour sur investissement aussi considérable qu’une spéculation immobilière.

 

En tant que directeur de la Mission Laïque française, que signifie la laïcité dans un pays multiconfessionnel, voire ultra-confessionnel comme le Liban ?

Nous avons tardé à en parler, par peur qu’elle finisse par nous nuire, tant le monde est traversé de malentendus, de clivages, d’incompréhensions. Nous avons cheminé pour comprendre qu’il fallait respecter le monde avec lequel on vit, le comprendre sans le choquer. La laïcité a une portée universelle. Elle permet à tous d’accéder à une forme de liberté, d’être, de penser, de juger et de vivre ensemble. Rien ne serait plus nuisible à la laïcité française que de la cultiver comme un bien précieux uniquement français. Dire que nous serions les seuls à en être les gardiens, ça n’a aucun sens ! 

Au Liban, la laïcité est le non-dit qui permet à toutes les communautés de coexister. Tout cela est d’une grande fragilité et, en même temps, d’une nécessité incroyable.

Il n’y a pas de contresens à faire vivre la laïcité au travers de l’école. En accueillant les écoles françaises depuis plus de 100 ans, ce pays a fait la preuve qu’une partie de la société, non seulement, accepte et tolère, mais recherche une éducation qui conduise à la liberté de penser, de juger et d’être. Ce qui nuit très souvent à la laïcité, c’est de croire qu’elle impose une déconfessionnalisation des sociétés. C’est absolument faux.

 

 

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Hélène Boyé, directrice de la publication de LPJ Beyrouth

Hélène Boyé

Co-fondatrice et directrice de publication LPJ Beyrouth. Expatriée depuis plus de 17 ans au Liban, atteinte de « libanolose », mon seul désir, faire connaitre le Liban sous un autre regard.
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