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Interview de Mathieu Pouydesseau - En Commun

Par Lepetitjournal Berlin | Publié le 16/05/2021 à 19:00 | Mis à jour le 16/05/2021 à 19:00
Logo du collectif En Commun

Rencontre avec Mathieu Pouydesseau, tête de la liste En Commun.

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?

Mathieu Pouydesseau, 50 ans, Directeur Commercial en informatique, ancien Conseiller au Commerce Extérieur (CCEF). Originaire de Bordeaux, installé à Berlin depuis l'an 2000, j'ai aussi passé un couple d'années au Royaume-Uni.

Mes premiers engagements étaient l'antiracisme et le syndicalisme étudiant, l'associatif, notamment avec les banques alimentaires, puis à Berlin au PS dont je fut membre du Conseil National. En 2016, j'ai rejoint La France Insoumise et participe depuis 2018 à la création de la Gauche Républicaine et Socialiste pour les français de l'étranger.

Je suis aussi passionné de randonnées cyclistes, du jeu d'échec et de cinéma.

 

Mathieu Pouydesseau

 

Comment avez-vous constitué votre liste ?

Notre envie de s'engager vient de discussions entre amis et gens engagés, vivant à Hambourg, Dresde, Berlin ou Potsdam, étudiant, chercheuse en climatologie, enseignant, architecte, dans l'informatique, pédagogue du théâtre, cuisiner ou comptable en recherche médical.

En observant autour de nous la marche à la crise climatique, l'impact de la crise pandémique, qui révèle à quel point les logiques d'austérité budgétaires nous ont laissés démunis, vulnérables face à un virus, nous avons voulu nous engager.

Mais ce n'était pas facile à l'origine de savoir comment. Notre première démarche, ce fut d'évaluer l'union, notamment avec Europe Ecologie. La présence de profils trop marqués par les années Hollande et le début de Macron, le cumul dans le temps de certains candidats, nous en a dissuadé.

Il a été difficile de trouver notre tête de liste pour ce mandat car pour beaucoup, parents, ce mandat essentiellement bénévole aurait été un poids financier difficile à assumer dans nos familles. Car qui dit réunion, dit garde d'enfants, dit dépenses.

L'an dernier, notre tête de liste était une jeune femme. Le report des élections et des priorités différentes l'ont conduit á se retirer. Il nous a fallu nous organiser différemment.

Je pouvais assumer cette charge, mais ne pense pas que celui qui est le mieux placé dans l'ordre social devrait être le représentant de nos idées.

Mes amis m'ont convaincu, notamment parce que dés le début nous avons décidé d'un moyen de partager la charge par le collectif: l'idée du mandat collectif, idée inspirée de l'expérience d'une liste consulaire au Brésil.

Le mandat que nous proposons sera donc un mandat de combats, actif et tournant. Nous ne demandons pas simplement de voter pour En Commun, nous souhaitons créer une envie collective afin de faire vivre ce mandat en commun.

Chacun des membres de la liste a ses compétences, ses expertises. A mi-mandat, je passerais le relais à une suivante ou un suivant sur la liste. Je continuerais bien sûr à travailler dans le collectif: mais nous ne croyons pas à la "bobinette" qui fait mettre sa photo et son nom partout. L'important, c'est de servir nos compatriotes partout et sur tous les sujets où nous pouvons intervenir!

 

Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français d'Allemagne ?

Il y a d'abord une communauté plurielle de Français en Allemagne du Nord. Les primo-arrivants, qui ne parlent pas toujours allemands, les expatriés en mission, parfois en contrat français ou détachés de la fonction publique, et ceux qui, comme moi, ont pris racines, peut-être en couple binational, travaillant en allemand, en contrat local, ont des problèmes et des attentes différentes. Le conseiller des Français de l'Etranger a un rôle essentiel pour comprendre ces différentes situations.

Mais au delà de cela, tous, nous partageons un moment difficile, c'est la pandémie.

La Covid bien sûr a impacté tout le monde - certains ont été malades, d'autres ont perdu des proches, tous avons dû respecté les consignes sanitaires, accepté des privations de liberté, ne plus pouvoir visiter la famille en France ni la recevoir du fait des fermetures de frontière ou des quarantaines à respecter, des interruptions complètes d'activité. Sur la liste En Commun, nous avons des professionnels de la pédagogie par le théâtre, de la gastronomie, des enseignants qui ont vu leur activité soit réduite, soit interrompue. De nombreux de mes amis français d'Allemagne ont fait face, entrepreneurs de la restauration, du commerce de détail, artistes du spectacle vivant, à un arrêt complet de leurs branches. Beaucoup de branches ont d'abord licenciés, mis au chômage partiel.

Les aides ont bien souvent d'ailleurs plus servis à garantir les revenus des loueurs qu'à véritablement aidé nos compatriotes ou leurs collègues allemands. Nombre d'aides vont directement du compte de l'Etat à celui d'un propriétaire du bail ou du local professionnel.

Au delà de cet impact, à Berlin, mais aussi à Hambourg ou Leipzig, l'un des grands défis, et celui-ci est nouveau quand je compare au Berlin où je suis arrivé il y a 20 ans, c'est le logement. Avant même de s'interroger sur l'enseignement de ses enfants, ou sur une recherche d'emploi, le premier obstacle, et la première insécurité, concerne l'accès au logement.

Le conseiller consulaire n'a pas de compétence en ce domaine prévu par la loi. Mais c'est un aspect à notre sens essentiel de s'en emparer, en informant sur les conditions légales d'accès, sur les associations de protection des locataires, et sur les initiatives dans le pays de résidence pour lutter contre le logement cher.

Nous soutenons la loi sur le plafonnement des loyers, la pétition pour nationaliser les sociétés propriétaires de plus de 3000 logements à Berlin.

En deuxième plan vient la sécurité sanitaire, puis l'enseignement.

Les français d'Allemagne ne scolarisent pas tous leurs enfants dans le système éducatif qui intéresse souvent le plus les conseillers élus : les établissement franco-allemands ou ceux régis par la convention avec l'Agence de l'Enseignement du Français à l'Etranger. Beaucoup scolarisent dans le système allemand, là où le français est proposé en langue étrangère.

Du coup, les enjeux de continuité des scolarités d'équivalence des parcours se posent rapidement.

C'est d'ailleurs à Hambourg un grand sujet: la création du nouveau lycée franco-allemand, décision politique à l'origine, a sous-estimé grandement les défis administratifs et pédagogiques. Pour contribuer à la réussite de ce projet, le futur conseiller des français de l'étranger va devoir sortir de sa coquille, prendre langue avec les autorités de la Ville-Région de Hambourg, et rappeler que si ce mandat n'est pas reconnu par les autorités allemandes, les français de Hambourg, comme citoyens européens, votent aussi aux municipales, et que le représentant de la communauté est légitime à faire pression pour le bien de tous. Cela ne fut pas le cas jusqu'à présent, et les élus de la majorité gouvernementale font preuve sur ce dossier d'un aveuglement, d'un déni quant aux difficultés concrètes que le futur conseiller va devoir révéler.

 

Que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?

Le rôle principal défini par la loi et celui auquel parfois les autorités consulaires et diplomatiques souhaiteraient limiter le conseiller est un rôle de représentation et de conseil, avec des dossiers très concrets, bourses scolaires, aides sociales, mais un impact très limité.

Notre conception du rôle est différente.

Tout d'abord, nous n'oublions pas que le conseiller consulaire est un élu politique: il élit des sénateurs, qui vont faire la loi au parlement, qui seront membres de groupes politiques. Le conseiller peut aussi parrainer un candidat ou une candidate à la présidentielle, et élit des Conseillers de l'Assemblée des Français de l'Etranger qui eux aussi siègent dans des groupes politiques. Nous n'avons donc pas peur d'annoncer la couleur: nous serons des conseillers conscients de leurs engagements politiques, écologistes, républicains, et insoumis. Nous sommes dans l'opposition à En marche, à gauche.

Nous pensons que refuser d'afficher une couleur politique, c'est se moquer de l'électeur, le prendre pour un enfant.

Nous souhaitons ensuite faire de ce mandat plus que sa définition stricte : lanceur d'alerte, représentant politique, mais aussi, représentant légitime de la communauté française auprès des autorités des Länder et du Bund. Sur l'emploi, le logement, les reconnaissances de diplôme, la fiscalité entre les deux pays, l'accès à la santé, la retraite, la culture et les arts vivants, il y a un rôle à jouer dépassant les attributions prévues par la loi : c'est la force que donne la démocratie.

Car enfin, sur les statuts des lycées franco-allemands ou français en Allemagne, que ce soit sur les conditions d'obtention d'un logement opposés aux primo-arrivants, sur les conventions concernant les divorces et les gardes d'enfants, de nombreux sujets nécessitent de négocier avec les autorités allemandes.

Enfin, il y a le rôle au plus prés des compatriotes: Vous demandez une bourse scolaire pour vos enfants? Vous avez un événement dans votre famille en lien avec l'État civil? Vous souhaitez accéder aux fonds d'aide sociale Covid? Vous voulez inscrire vos enfants au réseau de l'enseignement français à l'étranger? Vous souhaitez changer d'employeur, comprendre vos droits et devoirs ici en Allemagne? Nous aiderons, informerons, orienterons.

 

Pouvez-vous nous détailler les grands axes de votre programme ?

Comme nous venons de le détailler ci-dessus, la liste En Commun a de grandes ambitions, qui ne serons réalisables que si les électeurs qui nous feront confiance nous aident également à être comptables de cette ambition.

Le rôle du Conseiller n'est pas défini tel qu'un "programme" puisse être mis en oeuvre.

J'ai essayé d'expliquer ici le mieux que je le pouvais la conception du rôle, et donc la méthode que nous mettrons en ouvre. C'est notre programme.

Mais la méthode n'oublie pas un aspect essentiel de toute vie démocratique: si des conseillers d'autres listes sont des adversaires politiques, ou des alliés idéologiques, ce sont toutes et tous des élus des français d'Allemagne: cela nous donne l'obligation de travailler ensemble. Sur les sujets politiques, sur la critique des budgets, sur les dysfonctionnements de l'organisation des élections, nous resterons intraitables.

Mais sur des dossiers très concrets, nous tendrons les mains, nous saisirons les mains tendues, tant que nos valeurs, de confiance, d'écoute de l'autre, d'humilité et de transparence sont respectées.

Et c'est là dessus que je souhaite conclure: sans respect, aucune vie sociale n'est possible.

L'autre n'est pas un ennemi irréductible. Chacun est légitime à penser ce qu'il pense. C'est par la discussion respectueuse que l'on peut changer les lignes. C'est par le respect des droits de l'opposition, des droits fondamentaux, comme celui de s'exprimer, de manifester, de faire grève, de se mouvoir librement, que l'on juge de la santé d'une démocratie. Nous souhaitons montrer l'exemple.

Mais ceux qui menacent la démocratie nous trouverons toujours sur leur route.

Illustration représentant Mathieur Pouydesseay

Mathieu Pouydesseau, tête de la liste En Commun.

 

Site internet : https://encommunallemagnenord.blog

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Emma Granier

Rédactrice en chef de l'édition Berlin.