

Formé en 2011 autour d'un style musical assez peu répandu, le Klezmer, une musique traditionnelle juive, le groupe Knoblauch Klezmer Band a réussi une belle ascension au cours de ces trois dernières années. Après avoir écumé de nombreux lieux réputés de la capitale allemande, le groupe commence désormais à se faire connaître dans le reste de l' Allemagne et à obtenir des tickets d'entrée pour se produire lors de festivals dédies au Klezmer. Aujourd'hui, les cinq membres de Knoblauch Klezmer Band, Arnaud, Max, Chris, Léon et Eli, tous de nationalités différentes, ont le projet de poser sur un premier album quelques uns des morceaux de leur musique originale et festive, adaptant le Klezmer aux différents courants musicaux diffusés à Berlin. Pour financer une partie de leur enregistrement, ils ont préféré faire appel au Crowdfunding, une plateforme sur laquelle les intéressés peuvent faire un don et, ainsi, les aider à financer l'enregistrement de l'album. Afin d'en savoir plus sur le groupe, leur musique et leur projet, le Petit Journal de Berlin a rencontré le Frenchie du groupe, Arnaud.
LPJ/Berlin - Pourquoi avoir choisi ce nom de groupe ?
Arnaud - Knoblauch veut dire "ail". Le nom provient d'une "non-inspiration", un soir où nous allions jouer un concert pour une radio en ligne, et n'avions toujours pas de nom. Une gousse d'ail solitaire sur la table nous fixait d'un oeil goguenard, et c'est parti de là. Cela correspond finalement assez bien à notre état d'esprit général, à savoir ne pas se prendre trop au sérieux et jouer avec l'absurde. Le reste du nom, Klezmer Band, parle de lui même.
Comment le groupe s'est-il formé ?
Eli, le violoniste, avait posté une annonce en ligne, une copie conforme de celle que je pensais moi-même poster, j'y ai répondu, ainsi qu'Alice, à l'accordéon. Léon, berlinois jouant de la contrebasse, connaissait déjà Eli et Max, aux percussions, également un ami, nous a rejoint peu après. Nous nous sommes tous retrouvés autour du klezmer, musique que nous avons petit à petit appris à mieux connaître. Le Knoblauch Klezmer Band est donc né fin 2011, et le premier vrai concert a eu lieu en avril 2012, au Fuchs & Elster, nous permettant d'intégrer cette scène, d'abord à Berlin. Ensuite, nous n'avons plus eu à chercher d'endroits où jouer. Il y avait de la demande !
Quand avez-vous décidé d'orienter le groupe vers plus de professionnalisme ?
Ce ne fut pas tant une décision qu'une direction intuitive, rendue ensuite plus consciente par la nécessité de s'organiser un minimum. Après la première année, nous avons commencé à postuler pour des festivals, et l'album sur lequel nous travaillons actuellement nécessite également un engagement plus important. Pour continuer à avancer, on se rend maintenant compte que certaines étapes, telles qu'avoir un manager, sont essentielles.
Le Knoblauch Klezmer Band lors d'une répétition dans leur studio, situé à Lichtenberg. Crédits photo : Pascale Scerbosarro (scerbosarro.com)
Vous jouez assez régulièrement et parfois sur des scènes assez importantes. Y-a t-il eu un moment où vous avez senti qu'un virage vers une plus grande diffusion de votre musique s'effectuait ?
Oui et non. La grande diffusion de notre musique reste toute relative, le klezmer restant une musique peu diffusée, mais nous avons remarqué un tournant, du fait que nous nous sommes désormais fait une place dans la scène du klezmer. Nous avons joué récemment en Ukraine, dans le Lviv KlezFest, un festival où des grands noms du klezmer jouaient également. Depuis, il semble plus simple d'accéder à des scènes qui nous étaient jusqu'alors fermées.
Cela a été en partie rendu possible par l'arrivée de Chris à l'accordéon, après le départ d'Alice. Son parcours musical étonnant lui permet de composer comme il respire, des morceaux que le groupe arrange ensuite ensemble. Ce nouveau processus musical a donc accéléré la cadence, et impulsé un changement de répertoire, initialement traditionnel, desormais consistant presque exclusivement de compositions mêlant le klezmer et les styles musicaux représentés à Berlin.
C'est vrai que votre musique est loin d'être classique, comment la définirais-tu aujourd'hui ?
J'avais espéré cette question, parce qu'elle me semble importante. Pour définir notre musique, les qualificatifs suivants me viennent à l'esprit : complexe, festive, émotionnelle et absurde. Notre musique est devenue assez peu conventionnelle en gagnant en complexité, et en prenant en compte des musiques telles que le jazz, la techno, le disco, la musique contemporaine, la musique folklorique turque, musiques que l'on peut entendre en l'espace de 10 minutes en déambulant sur la Sonnenallee. C'est une musique qui veut parler au technicien, par une construction pertinente, et au poète en chacun de nous, par l'expression directe de sentiments, sans crainte de tomber dans une musique kitch ou agressive.
Comment réagit un public où la tradition juive est assez forte ?
Il y a parfois de la surprise, mais dans tous les cas de l'intérêt et de l'enthousiasme !
Avez-vous déjà eu des critiques directes ?
Pas directes, non. On ressent parfois de l'incrédulité, comme si nous étions des imposteurs prétendant jouer du klezmer. C'est là un peu une question d'opinion, et chacun est heureusement libre d'en juger. Nous avons le sentiment de perpétuer la tradition klezmer, en la faisant vivre, et de la même manière qu'elle est née il y a plusieurs siècles. Les Klezmorim, musiciens juifs vivant en Europe de l'est, avaient leur propre répertoire, mais jouer seulement pour des mariages juifs n'était pas suffisant, ils ont donc intégré la musique folklorique local (bulgare, roumaine, serbe, ...) à leur répertoire pour pouvoir jouer plus souvent. L'ensemble a fini par se mélanger. C'est, en quelque sorte, ce que nous faisons avec les musiques présentes à Berlin.

Arnaud, le clarinettiste et français du groupe
Pour revenir sur ton parcours personnel, comment as-tu décidé de suivre cette voie professionnelle ?
J'ai fait une école de commerce à la Rochelle, jouant déjà à l'époque de la musique à côté. Du violon comme enfant, de la guitare électrique comme adolescent aux cheveux longs et traînant les pieds, un peu par hasard de l'accordéon puis de la clarinette. Les voies du commerce et de la musique se présentaient comme un dilemme, une opportunité à travers une amie m'a été donnée de m'essayer à la musique. La période d'essai continue aujourd'hui encore.
Et ton installation à Berlin, à quand remonte t-elle, et comment s'est elle faite ?
Un jour, cette amie de Berlin m'a proposé de l'accompagner sur une tournée de cirque en Amérique centrale, où j'ai rencontré d'autres berlinois, tous circassiens et/ou musiciens. La décision n'a pas été très simple, mais cette expérience centraméricaine avec ces berlinois m'a finalement décidé à m'y installer en 2011, et d'apprendre l'allemand. Pour gagner ma vie, je jouais dans la rue, puis ai commencé à donner des cours d'accordéon. Le groupe contribue aujourd'hui aussi à mes revenus. Aujourd'hui, je prépare les concours d'entrée des écoles de musique classique pour l'accordéon.
Comment se fait-il que tu joues de la clarinette dans le groupe ?
Lorsque j'ai rencontré les futurs membres du groupe, Alice jouait déjà de l'accordéon, du coup j'ai tenté la clarinette. J'en joue donc plus activement depuis que je suis à Berlin.
Aujourd'hui, vous préparez la sortie d'un album, vous prenez une direction professionnelle qui peut interférer avec vos projets personnels ?
Oui. Disons plutôt que les projets personnels peuvent interférer avec la direction professionnelle que je poursuis en tant que membre du groupe.
Vous avez choisi de passer par une plateforme de crowdfunding pour financer votre album, pourquoi ?
Il y a eu plusieurs options avec les labels mais nous avons préféré réaliser ce projet sans s'engager d'aucune manière auprès d'un organisme pouvant en influencer la marche. Avec le crowdfunding, nous proposons notre vision, et si elle intéresse suffisamment de monde, elle peut être délivrée sans trop de compromis.
Comment se déroule la campagne ?
Nous l'avons lancée mi-août, pour une période de 2 mois, donc jusqu'au 14 octobre. Notre objectif, correspondant au budget que nous avons établi, s'élève à 8500 ?. Le début s'est fait plutôt mollement, mais avec le temps qui presse, les dons affluent plus rapidement. Il reste aujourd'hui encore 3000 ? à rassembler, ce qui est un défi, mais réalisable. Nous comptons sur les gens intéressés pour parler du projet autour d'eux, sur les réseaux sociaux, etc. C'est le seul moyen d'y arriver, le partage est donc essentiel !
Propos recueillis par Anaïs Gontier (lepetitjournal.com/Berlin) lundi 6 octobre 2014
Savoir plus
http://knoblauchklezmerband.com/
Prochain concert le 8 octobre au Junction Bar. : https://www.facebook.com/knoblauchklezmerband?fref=ts
Dates des prochains concerts : https://www.songkick.com/users/knoblauchklezmer
La page du crowdfunding avec une video et un texte d'information sur le projet et détaillant les récompenses prévues pour les donateurs : http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/knoblauch-klezmer-band-our-first-full-album














































