

La critique de Cannes avait boudé le film que Sophia Coppola a consacré à la jeune dernière reine de France. Superficiel et incohérent au regard de l'histoire avait-elle jugé. Mais la presse allemande se fait plus clémente et voit surtout dans Marie-Antoinette l'histoire d'une adolescente décalée. Le sentiment d'être expatrié, une constante dans le cinéma de Sophia Coppola.
Marie-Antoinette, sorti jeudi sur les écrans berlinois, raconte l'histoire d'une jeune fille qui a quitté à 14 ans son Autriche natale pour épouser le futur roi de France. Ainsi l'alliance entre le royaume de France et l'Empire des Habsbourg se trouvait-elle renforcée.
La jeune fille, "francisée"à la hâte arrive dans un monde totalement étranger où tout est codé, où chacun a son rôle. Le sien : être reine de France et épouse du roi. L'adolescente, désespérément seule dans l'univers hostile de la Cour de Versailles, se réfugie dans la superficialité, le luxe et la fête sans fin. Une vie absurde, comme sa mort en 1793. La jeune reine finira sur l'échafaud.
Une histoire française ?
Les films historiques sont souvent périlleux tant les contraintes peuvent être pesantes. Il a fallu beaucoup d'audace à Sophia Coppola pour s'attaquer à un tel mythe de l'histoire de France : celui d'une reine mal-aimée, à la veille de la Révolution Française. C'est sans doute parce que ce décor était trop lourd à porter que Coppola a choisi d'être carrément iconoclaste. Les anachronismes sont légion, les fêtes à Versailles sont baignées de Champagne sur rythme pop-rock, l'histoire n'est ici qu'un prétexte. Et c'est peut-être ça qui a tant choqué les Français, suggère Anke Westphal, du Berliner Zeitung, à son grand regret. "L'histoire de France appartient aux Américains autant que l'histoire des Etats-Unis appartient aux Français", souligne la journaliste qui rappelle que le film constitue bien le troisième volet de la trilogie de Coppola, après Virgin Suicides et Lost in Translation.
Sophia Coppola est une des rares cinéastes qui ait aussi bien pu rendre le sentiment d'étrangeté qu'on éprouve dans les situations de passage d'un âge à un autre, d'un pays à un autre. Décalés dans le temps, décalés dans l'espace, ses personnages semblent toujours enivrés par le bourdonnement incompréhensible du monde qui les entoure. Une dimension de Marie-Antoinette que saisiront sans doute très bien ceux qui sont loin de leur pays.
Cécile Boutelet. (www.lepetitjournal.com) lundi 6 novembre 2006
Marie-Antoinette, 2006, Etats-Unis, 123 mn.
De Sophia Coppola, avec Kirsten Dunst, Marianne Faithfull, Jason Schwartzman.
SALLES
Cinema Paris Berlin.
CinemaXx Postdamer Platz, Berlin.
Cinestar IM Sony Center Berlin (VO).
Filmtheater am Friedrichshain Berlin.
Kulturbrauerei Berlin.
Odeon Berlin (VOST).
Passage Berlin.
UCI Kinowelt Postdam Center.
Horaires par salle pour ce film: Berlinien.de














































