L’Espagne repasse sous la barre des 10 % de chômage pour la première fois depuis dix-sept ans. Selon la dernière Enquête de population active (EPA) publiée par l’Instituto Nacional de Estadística, le taux de chômage s’est établi à 9,93 % à la fin de l’année 2025, un seuil symbolique qui n’avait plus été franchi depuis les premiers mois de la crise financière de 2008.


L’Espagne a créé plus de 600.000 emplois en un an, portant la population active à 22,46 millions, un sommet inédit. Le mouvement ne s’est pas essoufflé en fin d’année : entre octobre et décembre 2025, 76.200 postes ont encore été créés, soit plus du double de la hausse enregistrée sur la même période un an plus tôt.
Dans le même temps, le nombre de demandeurs d’emploi est retombé à 2,48 millions, son niveau le plus bas depuis 2008. Sur un an, le chômage recule de 118.400 personnes. Une baisse nette, mais moins ample que les années précédentes, qui suggère un ralentissement progressif de la décrue, malgré la solidité apparente du marché du travail.
Ces résultats s’inscrivent dans un environnement macroéconomique favorable. En 2025, le produit intérieur brut espagnol a progressé de 2,9 %, et les prévisions pour 2026 restent bien orientées, autour de 2,2 à 2,3 %, selon la Banque d’Espagne et le FMI.
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En Espagne, près d’un emploi créé sur deux est occupé par un travailleur étranger

@K. Mitch Hodge, Unsplash. / Étrangers et binationaux pèsent désormais 21,4 % du marché du travail, un record qui souligne l’attractivité de l’Espagne et sa dépendance à cette main-d’œuvre.
La dynamique de l’emploi s’appuie en grande partie sur la main-d’œuvre étrangère. En 2025, 258.000 des nouveaux emplois ont été occupés par des travailleurs venus de l’extérieur, soit 43 % des créations nettes, contre 342 000 pour les ressortissants espagnols.
Au total, étrangers et binationaux pèsent désormais 21,4 % du marché du travail, un niveau inédit. Un chiffre qui dit à la fois l’attractivité retrouvée de l’Espagne et la dépendance croissante de pans entiers de l’économie à cette main-d’œuvre.
L’Espagne, l’un des principaux pays d’immigration en Europe
Un marché du travail plus féminin et plus stable
Autre évolution notable : les femmes ont légèrement plus contribué aux créations d’emplois que les hommes en 2025 (+306.200 contre +299.200). Elles sont désormais 10,46 millions à occuper un emploi en Espagne, un record historique, même si les hommes restent majoritaires sur le marché du travail.
Sur le terrain de la qualité de l’emploi, la tendance à la stabilisation se confirme. Les contrats à durée indéterminée ont progressé de près de 550.000, tandis que les contrats temporaires n’augmentent que marginalement. Le taux de temporalité dans le secteur privé recule à 12,4 %, et la part de l’emploi à temps partiel se maintient à 13,75 %.
Pour le ministre de l’Économie, Carlos Cuerpo, ces chiffres attestent que « l’emploi maintient son dynamisme », mettant en avant « le rôle moteur du secteur privé, à l’origine de 92 % des créations de postes sur les douze derniers mois ».
Chômage des jeunes : une baisse encore loin des standards européens
Tout n’est pas réglé pour autant. Le chômage des jeunes, certes en recul, demeure à un niveau élevé : 23 % chez les moins de 25 ans. Un plus bas depuis 2008, mais encore très éloigné des standards européens.
Côté secteurs, les créations d’emplois se concentrent dans l’industrie manufacturière, le commerce, les services administratifs, la construction et les transports. À l’inverse, l’hôtellerie, le secteur de l’énergie et certains services décrochent, révélant une forte saisonnalité et des déséquilibres structurels persistants.
Inégalités sociales, un défi majeur aux multiples visages
Un tournant symbolique, pas une victoire
Le passage sous la barre des 10 % marque un tournant symbolique. Mais l’Espagne demeure l’un des pays où le chômage reste le plus élevé de l’Union européenne, très au-dessus d’une moyenne des Vingt-Sept qui gravite autour de 6 %.
La décrue ralentit, tandis que les fractures générationnelles et sectorielles persistent. Après cinq années consécutives de créations nettes d’emplois, l’enjeu des prochains mois est désormais moins quantitatif que qualitatif : ancrer cette dynamique dans la durée, et la rendre plus équilibrée et plus inclusive.
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