Ils seraient près de 50.000 Français à vivre en Catalogne, dont 18.000 à 20.000 enregistrés à Barcelone. À peine 80 sont membres de la plus ancienne association française d’entraide à l’étranger : 181 ans d’existence, et pourtant une structure encore largement méconnue de la communauté qu’elle accompagne. Entre ces chiffres, un angle mort : celui de Français qui ignorent que la Bienfaisance existe, ou qui n’osent pousser sa porte qu’une fois leur situation devenue critique.


Nous cherchons des bénévoles pour trois missions identifiées : l'accompagnement social, la distribution mensuelle des colis alimentaires, la communication et l'organisation d'événements.
Quatre-vingts membres, cinquante mille Français : comment expliquez-vous cet écart ?
La Bienfaisance existe depuis 181 ans. Nous employons deux personnes à temps plein, nous gérons un patrimoine immobilier qui finance notre mission, et nous engageons plus de 100.000 € d'aide sociale chaque année. Ce n'est pas un guichet de dons ponctuels, c'est une organisation qui fonctionne.
Et pourtant, sur 50.000 Français estimés en Catalogne, dont 18.000 à 20.000 "empadronnés" à Barcelone, nous ne comptons que 80 membres. Cet écart dit que trop de gens ignorent qu'ils ont le droit de venir nous voir avant que leur situation ne devienne critique.
Notre indicateur de réussite n'est pas le nombre d'aides distribuées. C'est le nombre de personnes qui retrouvent leur autonomie et n'ont plus besoin de nous.
Comment fonctionne concrètement l'accompagnement et qu'attendez-vous en retour ?
Nous ne donnons pas pour donner. Chaque personne qui nous contacte remplit un questionnaire détaillé, sa situation est évaluée, un plan est construit avec elle reposant sur différents aspects : aide matérielle, démarches administratives, soutien financier, coaching, orientation vers d'autres professionnels si besoin. Ce suivi s’inscrit dans la durée, parce qu'une
réponse ponctuelle ne règle jamais une vraie difficulté.
Mais notre constat est clair : l'accompagnement ne produit ses effets que si la personne s'y engage elle-même totalement
avec l’acceptation d’évoluer personnellement. Notre indicateur de réussite n'est pas le nombre d'aides distribuées. C'est le nombre de personnes qui retrouvent leur autonomie et n'ont plus besoin de nous.
La Bienfaisance fête 180 ans de solidarité à Barcelone lors d’un gala au Majestic
Les chiffres confirment-ils une aggravation ?
Entre 2024 et 2025, nous sommes passés de 30 à 49 foyers accompagnés — de 46 à 81 personnes. Les colis alimentaires distribués sont passés de 124 à 153, les séances de coaching de 132 à 184. Soit une hausse d'activité de plus de 30 % en un an. 2026 est stable pour l'instant.
Mais le vrai changement est dans la nature des situations où les difficultés se cumulent. Quelqu'un vient pour un problème financier, et on découvre derrière un isolement, une fragilité psychologique, un dossier administratif bloqué depuis des mois. Et ce n'est plus réservé aux gens sans emploi : nous voyons désormais des personnes qui travaillent, qui ont un revenu, mais pour qui le coût du logement à Barcelone a rendu l'équilibre intenable.
Concrètement, de quoi avez-vous besoin, maintenant ?
Je préfère être précis plutôt que de lancer un appel vague. Nous cherchons des bénévoles pour trois missions identifiées : l'accompagnement social, la distribution mensuelle des colis alimentaires, la communication et l'organisation d'événements.
Nous cherchons également des spécialistes et des thérapeutes de l'addiction parce que certains cas dépassent aujourd'hui notre champ de compétence.
Nous cherchons des partenaires capables de nous fournir du pain, des produits secs et des conserves, en complément de ce que nous apporte déjà la Fondation Aurea. Et nous voulons construire un relais de volontaires à Tarragone, comme nous l'avons déjà fait en Gérone.
Il y a plusieurs rendez-vous prévus dans les prochaines semaines. Comment peut-on venir vous rencontrer ou vous soutenir concrètement ?
C'est important pour nous que ça ne reste pas abstrait. Le 1er octobre, nous avons organisé une soirée solidaire autour du documentaire Sur l'Adamant à l'Institut Français, sur la question de la santé mentale. Suivront un récital lyrique le 24 novembre, notre participation à "La France à Barcelone" le 28 novembre, le marché de Noël au Lycée Français le 5 décembre, et un spectacle pour les enfants le 12 décembre. Ce sont des occasions simples de venir voir qui nous sommes,
sans engagement, avant de décider si on a envie d'aller plus loin.
À ceux qui traversent une période difficile : venez tôt. Demander de l'aide n'est pas une faiblesse, et la vulnérabilité peut toucher n'importe qui, y compris des gens qui travaillent et qui pensaient être à l'abri.
Votre message à ceux qui hésitent à demander de l’aide ou à en donner ?
À ceux qui traversent une période difficile : venez tôt. Demander de l'aide n'est pas une faiblesse, et la vulnérabilité peut toucher n'importe qui, y compris des gens qui travaillent et qui pensaient être à l'abri. À ceux qui veulent s'engager : nous ne demandons pas du temps illimité, nous demandons de la constance sur les missions que nous proposons. C'est cette exigence, des deux côtés, qui fait qu'un accompagnement transforme vraiment une situation, et c'est ça, notre
définition de la solidarité réussie.
Sur le même sujet













