Édition internationale

Rencontre avec Reynald Naulleau, intrapreneur chez Refruiting

Installé à Castelldefels depuis plusieurs années, Reynald Naulleau travaille aujourd’hui pour Refruiting, une entreprise engagée dans l’inclusion des personnes en situation de handicap. Entre entrepreneuriat, expatriation et engagement social, il revient sur un parcours marqué par plusieurs tournants décisifs.

un homme se tient le menton devant un fond vertun homme se tient le menton devant un fond vert
@Reynald Naulleau, DR.
Écrit par Eva Andrieux-Brullmann
Publié le 29 juin 2026

Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre parcours en quelques mots ? 

Je m'appelle Reynald Naulleau, j'ai 46 ans. Je viens de Saint-Jean-de-Monts en Vendée, d'une famille rurale, mes parents étaient producteurs. J'ai fait des études de communication et je suis parti en Erasmus en Norvège. C'est là où j'ai rencontré mon épouse qui est italienne.

Aujourd’hui, je vis à Castelldefels avec elle et nos trois enfants. Nicolas, âgé de 16 ans, et des jumelles, Amélie et Carolina, qui ont 14 ans et sont nées prématurément. Pour Carolina, cette naissance prématurée a laissé des séquelles et elle vit aujourd'hui avec un handicap moteur.

Avant de m’installer à Barcelone, j’ai d’abord travaillé dans l'hôtellerie puis à la radio en tant que commentateur sportif pour les matchs de foot de Ligue 1.

La première chose que j'ai faite en quittant l'hôtellerie a été de créer une start-up spécialisée dans la livraison de produits locaux, avec l'ambition de soutenir les producteurs. Nous l'avons lancée à Nantes en 2014, ma ville natale, Saint-Jean-de-Monts, se trouvant à proximité. L'activité a véritablement décollé en 2017, avant de changer d'échelle en 2020 avec la pandémie de COVID-19. Les confinements ont poussé de nombreux consommateurs à privilégier une alimentation saine et locale, ce qui a fortement accéléré notre croissance.

Mais, une fois la crise sanitaire passée, les habitudes de consommation ont évolué : les clients sont progressivement retournés vers les supermarchés et notre modèle a perdu de son attractivité. Nous avons finalement cédé l'entreprise en 2022.

Après cette aventure, mon épouse a trouvé un travail à Barcelone, donc on est partis vivre à Castelldefels. Moi je suis parti marcher 1.000 km sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle pour comprendre ce que je voulais faire. Pendant le chemin, j’ai compris que je souhaitais entreprendre de nouveau, mais pour le handicap.

 

Comment avez vous rejoint Refruiting ?

De retour à Barcelone, je me suis mis dans le club des entrepreneurs Nuclio, où on m’a mis en contact avec Felipe Ojeda, le fondateur de Refruiting

Au début, j’étais un peu réticent. Puis, il m'a expliqué que c'était plus que des corbeilles de fruits en entreprise, que derrière toute la supply chain, ce sont des personnes en situation de handicap qui travaillent. Cela a tout de suite fait écho à mon chemin de Saint-Jacques et je me suis dit : au lieu d'être entrepreneur, je serai intrapreneur, c'est-à-dire entrepreneur au sein d’une entreprise. 

 

Quels types d’entreprises font appel à Refruiting ?

Ce sont surtout les grandes entreprises qui font appel à nous. Vu qu’on travaille avec des personnes en situation de handicap tout au long de notre chaîne logistique, les entreprises peuvent aussi déduire une taxe sur le handicap. [ NDLR : en Espagne les entreprises d'au moins 50 salariés doivent réserver au moins 2 % de leur effectif à des travailleurs en situation de handicap. Dans le cas contraire, les entreprises paient des amendes. ]

Si vous travaillez avec des services comme les nôtres, aux yeux de l’Etat, vous aidez à l’intégration aux personnes en situation de handicap.

 

Comment concrètement les personnes en situation de handicap sont-elles intégrées dans la supply chain de Refruiting

Refruiting emploie des personnes en situation de handicap dans toutes les catégories : préparation de commandes, livraison, service client, comptabilité, commerce. 

Quand les gens entendent le mot “handicap”, ils pensent souvent au handicap moteur, comme la trisomie 21 par exemple. Pourtant, 80 % des handicaps sont invisibles : ça peut être quelqu'un qui a un doigt au moins ou quelqu'un qui a fait un burnout sévère. Cela nous tient à cœur de travailler avec tous types de handicap : moteur ou invisible.

 

Pourquoi pensez-vous que les entreprises ne s’adaptent encore que très peu aux personnes en situation de handicap ? 

Parce que ce n'est pas facile de le faire, Nous-mêmes, on a connu quelques échecs. Il arrive qu'une tâche que l'on pensait adaptée ne le soit finalement pas. La productivité peut alors être plus lente et, dans un monde où tout s'accélère, notamment avec l'essor de l'intelligence artificielle, cela peut susciter des inquiétudes chez les employeurs.

Par ailleurs, certains handicaps impliquent des absences plus fréquentes pour des raisons médicales, ce qui peut également avoir un impact sur l'organisation et la productivité de l'entreprise. Donc il faut vraiment être motivé. 

 

Même si c'est compliqué, la plupart des entreprises ne devraient-elles pas s'engager pour une meilleure intégration des personnes en situation de handicap ?

Bien sûr. On le voit bien avec les personnes que l'on emploie à Refruiting qui veulent toutes décrocher un CDI et jouir des mêmes conditions que tout le monde. 

 

La meilleure façon de traiter la différence, c'est justement de ne pas faire de différence.

 

Aujourd'hui, quand je dis 80 % des handicaps sont invisibles, il faut savoir aussi qu'il y a beaucoup de personnes en situation de handicap dans des entreprises privées qui ne veulent pas le dire, par peur du jugement, de la stigmatisation.

Là encore, c’est complexe. En plus de ça, en France, le gouvernement est en train de réduire considérablement toutes les aides pour les entreprises qui emploient des personnes en situation de handicap : même si les entreprises veulent s'adapter, il n’y a plus d'aides. 

 

De façon plus générale, est-ce que vous observez de grosses différences entre la vie en entreprise en France et en Espagne ?

Oui. Ce qui me surprend, c'est surtout la protection des salariés qui est moindre comparée à la France. C'est-à-dire que du jour au lendemain, quelqu'un peut perdre son travail quasiment. De moins en moins, heureusement, mais en France vous ne pouvez pas mettre quelqu'un dehors comme ça, facilement. Il faut que ce soit justifié. 

Mais par contre, c'est vrai que cette disposition offre aussi plus de flexibilité. 

En tant qu’entrepreneur, cela peut être intéressant parce que parfois on peut se tromper sur des profils et il vaut donc mieux que les deux personnes se séparent assez rapidement. En tant que salarié, forcément, ça peut être soudain vu qu’il y a moins de sécurité d'emploi qu'en France. 

Les personnes en situation de handicap ne sont pas forcément plus impactées, car elles demeurent bien protégées. 

 

Si on vous proposait de quitter Barcelone pour revenir à Nantes, est-ce que vous accepteriez ? 

Bien sûr que non ! On est ici à Castelldefels depuis longtemps, nos enfants sont implantés ici, ce qui leur donne un côté international qu’il n’y a pas à Nantes. 

On y a déjà vécu pendant sept ans avec la famille. Mais, pour mon épouse qui est italienne, c'était pas si facile au niveau du climat et pour les enfants c’était dur de quitter l'Espagne pour venir en France.

Quand on est revenu en Espagne, l’intégration a été dure pour eux, la première année a été assez compliquée, donc maintenant on ne bouge plus.

 

Comment avez-vous découvert et intégré les réseaux entrepreneuriaux à Barcelone ?

Le réseau de la French Tech, je l'ai connu au travers de Guillaume Rostand, un super entrepreneur très accessible. Quand je suis arrivé à Barcelone, je me suis mis assez rapidement dans ce réseau.

Ensuite, l'opportunité que j'ai eu, c'était avec Nuclio, un autre réseau plus professionnel d'entrepreneurs et d'investisseurs. 

Je suis plutôt sympathisant de La French Tech, je la connaissais dans l'ouest de la France à Nantes notamment. Ici à Barcelone, c'est un network qui est plutôt efficace et qui est bien mené par Guillaume. 

 

Le mot de la fin ? 

Je pense que Barcelone est propice pour entreprendre. J’invite effectivement tous les entrepreneurs à venir ici.

Trouver du travail devient de plus en plus compliqué mais pour entreprendre, je pense que les conditions sont réunies. On peut se lancer dans un business et pivoter beaucoup plus facilement qu’en France.


 

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