Relancée en 2015, Antics LFB cherche à maintenir le lien entre les générations d’anciens élèves du Lycée Français de Barcelone. Son président, Guy Sabatier, lui-même ancien élève et enseignant au sein de l’établissement, revient sur l’histoire, les défis et les projets de l’association. Rencontre.
Parlez moi de votre parcours
J’ai toujours voulu être professeur. Je suis un ancien élève du Lycée Français et j’ai fait des études de commerce international. J’ai obtenu mon diplôme, mais cela m’a profondément déplu.
Mon père voulait que je reprenne son entreprise, sauf que ce n’était absolument pas ce que je voulais faire. J’ai quand même essayé, mais j’ai échoué. Puis j’ai dit à mon père que je voulais étudier l’histoire-géographie. Il m’a répondu que ce n’était pas ce qu’il avait prévu pour moi et que, si je voulais étudier cela, je devais me le payer. C’est ce que j’ai fait.
Je suis donc devenu enseignant en commençant à l’école Menéndez y Pelayo, sur la Via Augusta. Dès que j’ai vu qu’il y avait une place comme professeur ici, je suis venu en courant.
Beaucoup se plaignent de cette école mais, pour moi, c’est quand même le paradis de l’enseignant. Le pire qui puisse arriver, c’est qu’un élève ne fasse pas ses devoirs, ce qui n’est pas très grave. Cela fait maintenant 22 ans que j’enseigne, j’adore mon travail et j’en suis très content.
Vous avez relancé Antics LFB en 2015, qu’est-ce qui vous motivait ? Est-ce que vous avez eu des difficultés ? A quoi sont dues les coupures ?
Ça n’a pas été facile. Antics LFB est la quatrième association d’anciens élèves du lycée, avec une dénomination et un statut différents des précédentes.
La première a été fondée en 1939. À l’époque, c’était avant tout une association d’anciens élèves destinée à venir en aide aux réfugiés et à la communauté juive qui arrivait à Barcelone.
Ils y trouvaient refuge pendant un temps avant de partir vers l’Angleterre, le Portugal ou parfois le Maroc.
Pour l’anecdote, l’arrière-petit-fils du créateur de l’association est aujourd’hui élève au LFB : cela fait quatre générations qui sont passées par le Lycée Français.
La plus prestigieuse selon moi était Els Amics del Liceo Francès de Barcelona. Elle a été créée vers la fin des années cinquante et a disparu de façon assez étrange en 1964. Les anciens élèves y faisaient des œuvres théâtrales très critiques envers le régime. J’ai cherché dans les archives mais je n’ai rien trouvé. Je fais l’hypothèse qu’il y a eu des pressions sur certaines personnes qui ont été obligées de fermer l’association.
La troisième a ouvert dans les années 1980 et a repris le même nom : Amics. Cette association s’est peu à peu essoufflée et est restée quasiment sans activité pendant près de dix ans.
C’est Olga Tugues qui a réuni des anciens élèves de confiance pour faire renaître une autre association, puisque les responsables de la précédente ne voulaient pas la céder. Je suis très honoré qu’elle m’ait choisi pour l’aider dans cette mission.
Nous avons donc créé une nouvelle association et pris un autre nom : Antics LFB. Cela fait maintenant onze ans qu’elle existe. Le premier président était Àngel Llàcer, ce qui nous a beaucoup aidés puisqu’il est un acteur très connu en Espagne. Puis Olga Tugues a pris le relais et, finalement, je suis devenu président il y a un an.
Que fait concrètement l’association ?
Ce n’est pas facile de la faire tourner, c’est beaucoup de travail. Nous sommes tous bénévoles et nous nous investissons en plus de nos activités professionnelles.
Il y a dix ans, nous étions partis sur des projets très ambitieux mais, malheureusement, nous n’avons pas eu le succès que nous espérions. Nous avons donc recentré nos actions sur des projets plus simples et mieux réalisés.
Par exemple, nous organisons des réceptions au mois de juin. Cette année, c’est la promotion 2026, alors nous avons organisé une rencontre avec toutes les promotions qui se terminent par un 6. Samedi dernier, les promotions 1996, 2006 et 2016 sont venues.
Parfois, nous arrivons même à réunir les promotions des années 1970, et mon objectif est maintenant de faire venir celles des années 1960.
Pour le moment, mon défi personnel est surtout de réussir à faire venir les promotions des années 1980, qui ne sont presque jamais venues. Il y a eu seulement celle de 1983, en 2023, mais c’est tout. Nous avons beaucoup de mal à communiquer avec cette génération, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu’ils sont dans un autre moment de leur vie.
Aujourd’hui, nous aimerions commencer à élargir nos projets et nos objectifs.
Quel est le profil principal des membres de l’association ?
Nous essayons d’avoir toutes les générations et, pour le moment, c’est plutôt réussi. Bien sûr, parmi les bénévoles, beaucoup sont retraités car il faut avoir du temps à consacrer à l’association.
Il y en a aussi dans la vingtaine, mais ils ont souvent moins de disponibilité parce qu’ils étudient encore ou commencent leur carrière professionnelle.
Ils restent membres et, s’ils ne peuvent pas venir à certains événements, nous le comprenons parfaitement. Nous sommes dix membres au bureau.
Chaque année depuis 2015, le lycée nous aide à officialiser les adhésions. Tous les élèves de terminale deviennent membres si leurs parents choisissent de payer une adhésion à vie de 30 euros. Cette contribution permet de couvrir les frais de fonctionnement de l’association.
Et quels avantages un membre de l'association pourrait obtenir en la rejoignant ?
Les membres ont accès à l’annuaire de l’association. Il existe une liste contenant les coordonnées des membres qui ont accepté de les partager. Évidemment, cela n’est absolument pas obligatoire.
Un membre peut donc consulter cet annuaire et retrouver les informations — adresse mail, téléphone, etc. — que les autres membres ont accepté de rendre accessibles.
Selon vous, est-ce que le fait d’être un Lycée Français à l’étranger soude davantage les anciens élèves ?
Oui, je pense que le lycée français permet de créer des liens forts. Peut-être que les élèves actuels ne s’en rendent pas compte, ce qui est normal : ils sont jeunes. Mais avec le temps, ils réaliseront ce que le lycée leur apporte.
On parle souvent d’ouverture d’esprit, de prise de conscience ou encore d’esprit critique. Ce sont des expressions qu’on entend souvent mais elles correspondent, selon moi, à une réalité.
Je pense aussi que cela donne une certaine facilité à discuter de tout avec tout le monde. Et je parle ici du Lycée Français de Barcelone, mais aussi plus largement de tous les lycées français à l’étranger.
Par exemple, samedi dernier, il y avait la promotion 2016. Cela fait maintenant dix ans qu’ils sont partis, ils ont 28 ans, et ils étaient tous très heureux d’être là et de se retrouver. Ils parlaient librement de tout et de rien. C’était vraiment très agréable à voir.
Sur votre site, vous évoquez un impact important de la crise sanitaire. Comment cette période a-t-elle affecté l’activité de l’association ?
Nous avons été complètement bloqués. Rien ne pouvait s’organiser : aucune réunion, aucun événement. Nous avons perdu trois ans, de 2020 à 2023, à cause des restrictions. Notre activité repose sur les rencontres et les échanges. Une réunion en ligne ne remplace pas ce lien.
Et l'association a-t-elle réussi à venir en aide aux personnes touchées par la crise ?
Non, nous n’avons pas vraiment pu à cause des restrictions. Et chacun d’entre nous, à titre personnel, avait déjà ses propres difficultés, ses préoccupations et ses priorités.
Antics LFB a-t-il joué un rôle durant le centenaire ? Qu'est-ce que vous avez organisé ?
Nous avons servi de relais grâce à notre base de données. Je pense que nous avons largement contribué au succès de cette journée grâce au nombre de personnes qui sont venues. Pendant toute la journée, il y avait énormément de monde. Cela a eu lieu le 16 novembre 2024, et c’était une très belle journée.
Vous avez également écrit un livre à l’occasion de ce centenaire. Est-ce que vous l’avez écrit via l’association ?

Oui, c’était un projet que j’ai mené avec Monsieur Cailleau, professeur d’histoire au lycée. L’idée de départ était de faire un tout petit livre et puis cela a pris beaucoup plus d’ampleur.
Nous sommes professeurs d’histoire, donc forcément passionnés. Nous sommes allés chercher dans les archives et nous avons trouvé énormément de choses.
Nous avons commencé par le début de l’histoire du lycée, puis nous avons continué à chercher davantage, encore davantage, et cela est devenu une passion, voire une obsession.
Quand il a fallu arrêter, nous n’étions pas prêts. Nous avons dit à Monsieur Bastianelli — l’ancien proviseur du lycée — que nous étions allés au-delà du projet initial.
Finalement, nous avons réussi, même si cela n’a pas été facile, notamment pour le financement.
Je tiens à souligner que c’est l’association qui a pratiquement pris en charge tous les coûts de production. C’est un livre qui a coûté cher à fabriquer et son prix est ajusté à ces coûts. Il n’y a aucun objectif lucratif derrière.
Avez-vous d'autres choses à ajouter ?
Je suis président, mais je tiens à laisser une vraie place aux idées de chacun. Nous avons actuellement une très belle équipe, avec des membres exceptionnels.
Je tiens à citer leurs noms :
Lidia Crespo
Gemma Amorós
Anna Villaró
Víctor Bachs
Meritxell Ríos
Sònia Tapiolas
Valèria Laporte
Dolors Orta
Eduard Urtasun
Guy Sabatier
Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux membres, parce qu’il y a beaucoup de renouvellement, ce qui est normal.
Une nouveauté cette année est la mise en place de parrains et marraines pour chaque promotion, qui seront tous d’anciens élèves. Nous alternerons entre hommes et femmes, car la parité est importante. Cette année, il s’agit de Mar Coll, cinéaste espagnole reconnue.
Notre objectif est maintenant de retrouver progressivement tout ce que nous faisions avant la pandémie. Nous y arrivons petit à petit.
Par exemple, nous organisons des conférences thématiques et nous invitons des ingénieurs ainsi que des étudiants afin de créer des liens et d’accompagner les jeunes dans leur premier emploi.
Parce que le premier emploi est souvent le plus important. Il y a énormément d’anciens élèves à Barcelone et ailleurs dans le monde. Il faut profiter de ce réseau : c’est important, et c’est quelque chose que nous pouvons faire.
Sur le même sujet













