Édition internationale

Guillaume Rostand : « Barcelone est devenue une ville où l’on vient pour construire »

De simple pari lancé en trois mois à événement attendu par 10.000 participants, l'AI Summit Barcelona change d'échelle. Son cofondateur Guillaume Rostand veut désormais faire de Barcelone un point de passage incontournable pour les entrepreneurs, investisseurs, chercheurs et entreprises qui façonnent l'intelligence artificielle en Europe. Entretien.

De gauche à droite : Tanguy Wincker, Adam Hruska et Guillaume Rostand, trois des cofondateurs de l’AI Summit BarcelonaDe gauche à droite : Tanguy Wincker, Adam Hruska et Guillaume Rostand, trois des cofondateurs de l’AI Summit Barcelona
De gauche à droite : Tanguy Wincker, Adam Hruska et Guillaume Rostand, trois des cofondateurs de l’AI Summit Barcelona. Crédit : AI Summit Barcelona.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 13 juin 2026

On va commencer simplement. Comment passe-t-on d'une idée un peu folle à un événement IA de 10.000 personnes à Barcelone ?


En ne se rendant pas tout à fait compte, au début, que l'idée est folle.

En 2025, avec Jérémie Benhamou, Tanguy Wincker et Adam Hruska, on est partis d'un constat assez simple : Barcelone avait tout pour l'IA, sauf un grand événement de référence. Il y avait les start-ups, les chercheurs, les grandes entreprises, les talents internationaux, le Barcelona Supercomputing Center... mais pas encore ce moment où tout le monde se retrouve au même endroit.

Donc on a monté la première édition en trois mois. Trois mois, c'est très court pour organiser un événement. C'est aussi très long quand on dort peu.

On n'avait pas de gros budget, pas de business plan très sophistiqué, mais on avait une conviction : il y avait un vrai manque. Résultat, la première édition a été sold out, avec 1.200 participants, 88 intervenants et 4 scènes. À ce moment-là, on a compris qu'on n'avait pas juste organisé un événement sympa. On avait touché quelque chose.

 

Et donc, en toute modestie, vous avez décidé de multiplier l'événement par huit ?

Voilà. La sobriété catalane.

Plus sérieusement, l'édition 2026 n'est pas un pari sorti de nulle part. Elle répond à une demande très concrète. Les partenaires reviennent, les speakers nous contactent, les communautés veulent s'associer, les institutions veulent participer. On ne pousse pas un produit artificiellement. On structure une énergie qui existait déjà.

Et puis l'IA va très vite. En un an, le sujet a changé de dimension. On est passé de "il faut comprendre ChatGPT" à "comment je transforme mon entreprise, mon métier, mon produit, mon organisation avec l'IA ?". C'est exactement le type de discussion qu'on veut accueillir.

 

Pourquoi Barcelone ? On pense souvent à Paris, Londres ou San Francisco quand on parle d'IA.

Justement, c'est une partie du sujet. Barcelone est souvent sous-estimée.

La ville a déjà une vraie légitimité tech. Le Barcelona Supercomputing Center est l'une des grandes infrastructures de calcul en Europe. L'écosystème startup est extrêmement dynamique. Les talents internationaux viennent ici, les grandes entreprises s'y installent, les fonds regardent de plus en plus la ville.

Et il y a aussi un truc très barcelonais : les gens ont envie de se rencontrer. L'écosystème est assez grand pour être intéressant, mais encore assez accessible pour que les connexions se fassent vite.

 

 

Barcelone est une ville qui a longtemps été perçue comme agréable pour vivre. Elle est en train d'être reconnue comme sérieuse pour construire.

 

C'est une jolie formule. Vous l'avez préparée ?

Oui. Mais je vais faire semblant que non.

 

Plus sérieusement, est-ce que l'AI Summit s'inscrit dans une ambition plus large pour Barcelone ?

Complètement. L'idée n'est pas seulement d'organiser deux jours de conférences. L'idée est de faire de Barcelone un vrai point de rendez-vous européen sur l'IA.

Paris a VivaTech, Londres a ses grands sommets IA, Lisbonne a le Web Summit. Barcelone a évidemment le MWC, qui est énorme, mais qui reste historiquement lié aux télécoms et à la technologie au sens large. Nous, on veut créer le grand moment IA de Barcelone.

Et ce n'est pas un projet isolé. On travaille avec la Generalitat de Catalunya, Barcelona Global, la Mission French Tech, Business France et beaucoup d'autres acteurs. L'AI Summit sera aussi l'événement central de l'AI Week Barcelona, une semaine de plus de 50 événements IA dans toute la ville, du 16 au 23 septembre.

 

L'ambition, c'est que pendant une semaine, Barcelone devienne l'un des centres de gravité européens de l'intelligence artificielle.

 

On parle de 10.000 participants. Qui va venir ? Des ingénieurs qui parlent en Python toute la journée ?

Il y en aura, et heureusement. Mais pas seulement. 

Notre audience est assez équilibrée : environ 35 % de dirigeants, C-levels, VPs et directeurs ; 25 % de profils techniques, CTO, ingénieurs AI/ML ; 25 % de startups et scaleups ; et 15 % d'investisseurs.

L'idée, c'est justement de mélanger les mondes. Un dirigeant de grand groupe doit pouvoir discuter avec le fondateur d'une startup IA. Un investisseur doit pouvoir rencontrer des profils techniques. Un chercheur doit pouvoir parler à une entreprise qui cherche à déployer une solution concrète.

Les meilleurs moments d'un événement ne sont pas toujours sur scène. Ils se passent souvent dans les couloirs, au café, ou quand deux personnes qui n'auraient jamais dû se rencontrer se retrouvent à parler pendant vingt minutes.

 

Vous voulez donc organiser des couloirs ?

Exactement. Avec quelques conférences autour.

 

Qu'est-ce qui va changer par rapport à la première édition ?

L'échelle, bien sûr. On passe de 1.200 à 10.000 participants, de 88 à plus de 200 intervenants, de 4 à 6 scènes. Mais le vrai changement, c'est la profondeur du programme.

Adam Hruska pilote le contenu et les speakers. Il a structuré le programme autour de six scènes : AI for Today, sur les déploiements concrets en entreprise ; AI for Tomorrow, sur la deep tech et la recherche ; AI for Growth, pour les startups et les investisseurs ; AI for Good, sur l'IA responsable ; AI for Builders, avec des workshops techniques ; et le Main Stage pour les grandes keynotes.

Tanguy Wincker pilote les partenariats. On a déjà plus de 30 partenaires engagés, dont Anthropic, Google Cloud, ElevenLabs, HP, Zurich, ESADE, le Barcelona Supercomputing Center et le Banco de España. L'objectif n'est pas d'aligner des logos, mais de représenter tout l'écosystème.

Jérémie Benhamou, qui est aussi fondateur de The Tech Nation, a conçu l'infrastructure technique de l'événement et joue un rôle clé dans l'activation des communautés locales et des side events.

Et autour de l'événement principal, on ajoute un hackathon de 300 personnes chez Norrsken House, un dîner VIP avec 40 Chief AI Officers français et espagnols, un side event VC, et une soirée avec Sónar pour clôturer le 23 septembre.

 

Une soirée avec Sónar, ce n'est pas très salon professionnel avec moquette grise.

Et c'est volontaire ! On ne veut pas faire un salon tech de plus. Barcelone a une énergie particulière. Il y a de la musique, de la création, du design, de la fête, de l'entrepreneuriat, de la recherche. L'IA touche tous ces sujets.

Notre inspiration, c'est plutôt un format de festival. Une sorte de SXSW européen de l'IA. Avec la rigueur d'un événement business et scientifique, mais aussi quelque chose de plus vivant, plus expérientiel.

L'IA ne doit pas être présentée uniquement comme un sujet anxiogène ou technique. Elle transforme déjà la création, la culture, les métiers, les entreprises, l'éducation. On veut montrer tout ça.

 

Justement, quels sujets seront au cœur de cette édition ?

On part d'un principe très simple : ce qui est sur scène doit être utile le lundi matin au bureau. On ne veut pas de panels trop abstraits, où tout le monde est d'accord pour dire que "l'IA est une révolution". Merci, on avait remarqué.

Les sujets qui nous intéressent sont très concrets : comment les entreprises déploient des agents IA en production, pas seulement en démo ; comment l'IA transforme des secteurs régulés comme la finance, la santé ou le secteur public ; comment mesurer le ROI réel de l'IA ; comment l'IA vocale et multimodale va changer l'expérience client ; comment les startups peuvent construire de vrais produits dans ce nouvel environnement.

Et on veut aussi parler de créativité. Par exemple, Sixte de Vauplane, le fondateur d'Animaj, viendra montrer comment l'IA peut transformer l'animation. C'est exactement ce qu'on aime : un cas concret, ambitieux, créatif, avec une vraie vision produit.

 

Des noms à annoncer ?

Oui, quelques-uns.

Chema Alonso, Vice President, Head of International Development chez Cloudflare, ouvrira l'événement. Il a une vraie profondeur sur les sujets tech, cybersécurité et innovation.

Jaroslav Beck, le créateur de Beat Saber, qui a généré plus de 350 millions de dollars de revenus, viendra présenter sa nouvelle entreprise BottleCap AI.

Yves Ubelmann, CEO d'Iconem, montrera comment l'IA peut contribuer à numériser et préserver le patrimoine mondial, de l'UNESCO au Vatican en passant par Pompéi.

Daniel Traca, directeur général d'ESADE, interviendra sur l'IA et l'éducation.

Neel Arora, Global Head of e-commerce chez Nestlé, parlera du futur du commerce à l'heure de l'IA, aux côtés du Chief AI d'eBay.

Et il y a encore d'autres noms en discussion ou sous embargo, notamment autour d'OpenAI, Revolut et Anthropic. Je m'arrête là avant que notre équipe communication ne m'envoie un message paniqué.

 

Vous avez aussi un side event VC. De quoi s'agit-il ?

Le 22 septembre, on organise un moment dédié aux startups IA du sud de l'Europe. L'idée est de faire pitcher une sélection de startups devant des GPs de fonds Tier 1 européens.

Mais on ne veut pas faire un concours de pitch classique, avec trois minutes, un gong et une photo LinkedIn à la fin. L'objectif est de créer du vrai deal flow. Des rencontres utiles. Des investisseurs qui découvrent des boîtes intéressantes. Des fondateurs qui repartent avec des connexions concrètes.

 

 

L'Europe a énormément de talents IA. Il faut aussi créer les formats qui permettent de les rendre visibles.

 

Quelle est votre vision à long terme pour l'AI Summit ?

Notre ambition est de faire de l'AI Summit Barcelona le grand rendez-vous européen de l'intelligence artificielle.

Mais je pense que, très vite, parler d'un événement "sur l'IA" sera presque trop large. L'IA va être partout : dans les entreprises, la santé, la finance, l'éducation, les médias, la culture, la création, les institutions.

Donc l'enjeu ne sera plus seulement de comprendre l'IA. Ce sera de comprendre ce qu'elle change dans nos vies, nos métiers, nos villes, nos entreprises, notre manière de créer et de décider.

C'est pour ça qu'on veut construire un format plus large qu'une conférence. Un événement où un dirigeant, un chercheur, un fondateur, un investisseur, un artiste ou un étudiant peuvent se croiser et repartir avec quelque chose de concret.

 

Et l'ADN que vous voulez préserver en grandissant ?

Ne pas devenir un salon de plus. C'est probablement notre obsession. Jérémie, Tanguy, Adam et moi ne venons pas du monde traditionnel de l'événementiel. On vient de la tech, du business, de l'investissement, des communautés. On construit l'événement qu'on aurait voulu trouver nous-mêmes : utile, ambitieux, vivant, moins corporate, plus connecté à ce qui se passe vraiment.

Si on réussit, les gens ne diront pas seulement : "J'ai assisté à des conférences intéressantes." Ils diront : "Il fallait être à Barcelone cette semaine-là." Et là, on aura fait notre travail.

 

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